‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 209 sur 314 · LIVRE a. «MEOSES INaBQATIONS · texte numérisé non relu

LIVRE a. «MEOSES INaBQATIONS

Le grand mot était lâché, c Oh ! le scélérat! » s*écria un membre fei* gnant Tindignation, quelque compère (1).

Lanjuinais reprenant alors sa lecture un moment interrompue : «... Je ne connois guère qu un moyen de tempérer l'ardeur des assassins : ce seroit de solliciter la loi déjà proposée contre les provjDcateurs au meurtre ; et, sitôt qu'elle seroit promulguée, de mettre à leurs trousses des gens sûrs qui les dénonçass^t. » Nous avions donc bien raison de dire qu'un des deux buts du rapport de Roland était de pousser la Convention à voter la loi Buzot, cette loi aux dispositions de laquelle n'aura Certainement rien à envier la fameuse loi de 1815 contre les écrits séditieux. L'autre but était de frapper Robespierre.

Il était difficile de recourir à une manœuvre plus grossière. Mais il fallait amener Robespierre à la tribune pour avoir de nouveau Toccasion de le prendre à partie. Depuis la ridicule sortie de Barbaroux il n'avait ouvert la bouche qu'une seule fois, le dimanche 21 octobre, pour appuyer une demande de secours sollicités par la commune de Choisy (2). Gela n'offrait guère un texte d'accusation. La lettre anonyme adres* sée au vice -président Dubail convenait merveilleusement. On résolut donc de la lui jeter entre les jambes, espéranl bien qu'ainsi pris à rimprovîste, il se trouverait fort embarrassé, et qu'il ne manquerait pas de se récrier contre une insinuation perfide et dangereuse.

En effet, à peine Lanjuinais a-t-il terminé sa lecture qu'un certain nombre de Membres réclament 1 impression du rapport de Roland et son envoi i tous les départements. Robespierre indigné, — qui ae l'eût été à sa place ! — s'élance à la tribune pour parler sur le rapport du ministre et sur le fait qui lui était personnel. On lui dispute la parole avec un inqualifiable acharnement. Du pied de la tribune entourée par les meneurs de la faction, partent d€s interruptions continuelles. A cet homme odieusement, traîtreusement inculpé, cl qui demande à se justifier, le royaliste Henri Larivière trouve «me expression dictatoriale. « Maintenez la parole à l'orateur, » crie Danton au président, « et moi, je la demande après; il est temps que tout cela s'éclaircisse. » Mais le président était avec l'ennemi.

Au premier mot de Robespierre sur l'insinuation si traîtreusement dirigée contre lui, Guadet l'interrompt sous prétexte de le ramener à la

ttprimé an sojat de 1* fsmense lettre : « VhonnHe ministre jomt bq Mémoire une ontune lettre énigmatiqae, écrite par un homme taré, attaché à l'anoieune police, À un tiers qni Tavoit adressée à Roland... « Uttres de M Bobetpierre à tes cawnnât- (obi, p. 282, numéro 6. Cet homme taré, -c'était Maroandier.

(1) imtmal dts débaU «1 dêi déartf de la C&mmUion^ munéru 41, p. 747.

(2) leiires de M, Robeepierrê à m« cemmetUme, numéro 6, p. 202,

questioi), et il s'attire cette réponse bien méritée : « Je n*ai pas besdû de vos instructions, je sais sur quoi j*ai la parole, b Alors, pendant quelques minutes s'établit entre Torateur et le président une véritable lutte. Chaque fois qu'invoquant la justice de TÀssembiée et réclamant pour un représentant du peuple la même attention et la même impartialité qu'elle avait accordées au rapport du ministre, Maximilien veut essayer de se disculper, le président Tarrète. «Robespierre, si vous ne parlez pas contre Timpression, je vais la mettre aux voix. » — « Au moins, écoutez ce que je veux dire. » — Nous ne voulons pas le savoir, ripostent plusieurs voix. — «Comment! » reprend Robespierre, «comment, messieurs, je n'aurois pas le droit de vous dire que Ton vous fait de temps à autre des rapports dirigés vers un but unique, et que ce but est d'opprimer les patriotes qui déplaisent?...

— « De démasquer les imposteurs, » s'écrient plusieurs membres. Alors Robespierre, à bout de patience : « Si vous ne voulez pas m'entendre, si les choses qui vous déplaisent sont des raisons pour m^inter* rompre, si le président, au lieu de faire respecter la liberté des suffrages et la liberté des principes, emploie lui -môme des prétextes plus ou moins spécieux... » Ici de grands murmures l'arrêtent de nouveau. On prétend qu'il insulte le président; et Guadet, d'un ton patelin, et comme pour narguer l'orateur : « Vous voyez les efforts que je fais pour ramener le silence ; je vous pardonne une calomnie de plus; > comme si depuis un quart d'heure il n'était pas le premier à s'opposer à ce que Robespierre se justifiât de la plus déloyale des insinuations (1j. Cette facétie du président, qgi prenait là sa revanche d'une fameuse séance des Jacobins , est accueillie par les acclamations bruyantes de toute la faction girondine.

« Depuis que je parle, » reprend gravement Robespierre, « je n'ai cessé d'entendre autour de moi les clameurs de la malveillance... Je vois qu'avec des insinuations perfides, on s'applique à désigner sous le nom de factieux des hommes qui ont bien mérité de la patrie, et quoique je n'aie point cet honneur, on me fait cependant celui de me

(1) Outre les fréquentes interruptions du président, constatées par le Moniteur et par le Journal des débats et des décrets j voici ce que nous lisons dans le récit d'un témoin oculaire : c Robespierre s'élança à la tribune, où il essaya de se défendre an milieu <1«!S cris réit<*rés de la droite et des inâerruptions continuelles du président Guadet- • ^(' moires de Levasseur, t. I, p. 80. De son côté, Gorsas, devenu ultra Girondin, s'exprimait ainsi dans sa feuille : « Robespierre continue à affronter l'orage. Il accuse \fi président de faire cause commune avec ce qu'il appelle ses ennemis... Robespierre, loi àit»^ enfin, j'excuse en vous une calomnie de plus. » Ces derniers mots imprimés en grw caractères. £n vérité, ne seroble-t-il pas qu'on entend le voleur accuser le volé? Voyez le Courrier des tingt'trois départemens, numéro du 31 octobre 1792.

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