‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 211 sur 314 · XI · texte numérisé non relu

XI

Ce h*est pas sans tristesse que nous nous appesantissons sur ces débats navrants; mais il le faut, car ils sont le point de départ des plus borribies calamités. Âb! quand on songe aux déplorables conséquences de ces querelles intestines, on ne saurait trop maudire ceux qui les ont SQscilées! Non, pour de simples questioûs d'ambur-propre et d'ambition, jamais fureurs pareilles à celles de la Gironde ne furent déployées chez aucun peuple ni dans aucun temps.

Louvet tira de sa poche un volumineux discours que depuis longtemps il tenait en réserve, car ce n'est un doute pour personne à présent que raiïaire était un coup monté, comme le dit fort bien Legendre

aux Jacobins (1). Louvet en convint lui-même plus tard de la meill^m grâce du monde. Depuis longtemps, dit-il dans une réplique que de dégoût la Convention refusa d*entendre> sa dénonciation étaitpréparce;mai8 Barbaroux l'avait prévenu. Il s'était tu alors, espérant un avenir meilleur, jusqu'au jour où il avait vu Robeî>pierre « renouer ses infâmes intrigues, et devant la Convention même poursuivre ses forfaits (2)# • Or, comme on a pu s'en rendre compte, Robespierre, depuis la grossière attaque de Barbaroux, avait gardé un silence à peu près complet (3), et, en combattant dans son journal le projet de loi sur la garde départemeotaie, il n'était pas sorti des bornes d'une polémique courtoise. Mais il ne faut pas demander de la logique à ces enfants perdus de la fiironde. Quand on lit aujourd'hui de sang-froid la Robespierride de Louvet, laquelle, suivant l'expression de Y équitable madame Roland, c méritoit d'être prononcée dans un sénat qui eût la force de faire justice (i) ; » on se demande comment une assemblée sérieuse a pu entendre jusqu'au bout un pareil galimatias, et sa patience à l'écouter suffit à prouver de combien de rivalités intérieures elle était travaillée. Ce morceau déclamatoire, ampoulé, entrecoupé d'apostrophes et d'objurgations réunies çàetlà avec un grand talent de riiéieur, et pompeusement intitulé Acmsation contre Maximilien Robespierre, ne contenait que des allégations vr.gues, des dénonciations ne s'appuyant sur aucun document; tout cela noyé dans des phrases vides et sonores sur le despotisme, et finissant par un trait de saltimbanque (5). C'était, en somme, un acte d'accusation générale contre la commune du 10 août, coupable de\)A s'être pas complètement asservie à l'Assemblée législative; contre le corps électoral, coupable de n'avoir pas nommé les candidats girondins; contre le comité de surveillance , contre Marat, contre l'ancien ministre de la justice Danton, et enfin contre Robespierre que , par un

(1) Journal des débats et de la correspondance y numéro 292.

(2) A Maximilien Robespierre et à ses royalistes^ p. 10. Rien ne saurait mieux que cette brochure peindre rincohérence et le débraillé des idées che* cette espèce de maniaque.

(3) Le journal de Brissot lui-même le constate, et voici en quels termes amers : « Robespierre, enseveli sous le poids du mépris qu'il s'étoit attiré la seule fois qn'il avoit pris la parole , Robespierre qui sembloit s'être apprécié enfin en se condam^sD^ au silence, paroît à la tribune. » {Patriote françois, numéro 1178, du 31 octobre \'92,)

(4) Mémoires de madame Boland, édit. Barrière et Berville, t. Il, p. 162.

(5) Voici comment s'exprime à ce sujet un journal chaud partisan des Girondins- « En parlant de Marat l'orateur emploie un de ces tours qui, pour être exagénS manquent leur effet. Il le qualifie d'abord, dans le moment, d'homme unique dans les fastes du monde, d'enfant perdu de l'assassinat; puis, l'ayant nommé, il s'interrompt en s'écriant : Dieu ! je l'ai nommé ! » Annales patriotiques^ numéro 305, du 31 octobre 1792. Carra, il est vrai, n'était pas à Paris k cette époque, ce qui cxpliqM l'impartialité relative de cette feuille.

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