‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 212 sur 314 · LIVRE IX. — LA ROBESPIERDIDE DE LOUVET · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LA ROBESPIERDIDE DE LOUVET

de ces tours familiers aux casuistes les plus retors, Louvet s'efforçait de rattacher directement ou indirectement à tous les faits qu*il dénonçait. Revendiquant pour lui et pour ses amis la gloire delà journée du 1 0 août, journée à laquelle cependant les Brissot, les Yergniaud et les Guadet s'étaient montrés si manifestement opposés, il essayait de rejeter sur ses adversaires, et cela avec la perfidie la plus étonnante, la responsabilité du sang de Septembre.

En résumé, il accusait Robespierre d*avoir, aux Jacobins, exercé le despotisme de la parole; de n'avoir pas soutenu les patriotes qui, après le 10 mars 1791, s'étaient saisis des rênes du gouvernement, c'est-àdire lès amis de Brissot; d'avoir permis qu'on le désignât publiquement comme l'homme le plus vertueux de France; — c'était aussi le crime d'Aristide, selon certain bélître d'Athènes, — de s'être laissé nommer officier municipal à la suite de la révolution du 10 août, après s'être en quelque sorte engagé h n'accepter aucune fonction et s'être démis de celle d'accusateur public, comme s'il y avait quelque rapport entre une place largement salariée et la fonction d'officier municipal; d'avoir, comme tel, voulu dicter des lois à l'Assemblée législative, et menacé de faire sontier le tocsin si, conformément au désir de la commane. elle ne changeait pas l'ancien directoire du département en simple commission des contributions publiques; d'avoir accusé les plus dignes représentants du peuple d'être vendusà Brunswick ; d*avoir enfin marché à grands pas vers ce pouvoir dictatorial, où, ajoutait-il, l'attendaient plusieurs hommes de cœur qui avaient juré, par Brutus, de ne pas lelui laisser plus d'un jour. Quant au crime de Septembre, Louvet, moins affirmatif que son compère Brissot, n'osait aller jusqu'à en rendre Robespierre personnelle.nent responsable; seulement il le jetait, comme nous l avons dit, à la tête de tous les adversaires de In faction girondine, à laquelle il réservait complaisamment toute la gloire du 10 août. Ce singulier acte d'accusation concluait à l'examen de la conduite de Robespierre par un comité, et h la mise en état d'accusation immédiat de Marat (1); Danton était épargné. Peut-être espérait-on encore l'enrôler dans la coterie.?

La lecture de ce tissu de mensonges et de calomnies froidement méditées fut très-favorablement accueillie; Louvet quitta la tribune au milieu des applaudissements, et l'impression de son discours fut décrétée séance tenante (2).

il) Le discoars de Louvet se trouve m extento dans le Journal des débats et des décrets ^ te Contention, numéro 41.

(2) Accusation contre Maximilien Robespierre, par J.-B. Louvet, in-8« de 15 p. (de rimprimerie nationale).

Ce fut au milieu de Témotioa générale que Robe^erre se présenta à la tribune, non pour répondre tout de suite» mais pour demaoder à la Convention de fixer le jour auquel il serait entendu. Il aurait certainement pu, avec sa faculté d'improvisateur, pulvériser d*un coup ce réquisitoire si laborieusement échafaudé; mais il voulut sans doute laisser à Topinion publique le soin de faire justice elle-même des eur gérations de son accusateur, et en cela il se montra fort habile. Comno* les murmures Tempèchaient de parler : a Citoyens, » dit-il d'une voii forte, (c je vous demande la parole par un décret qui me Tassure, ou que vous rendiez contre moi un décret de proscription. » Quelques murmures accueillirent encore ces paroles^ mais lui, sans se troubler: (( Mon intention li'est pas de répondre en ce moment h la longue diCEimation préparée dès longtemps contre moi. Je me bornerai à faire une motion d'ordre que I9 justice nécessite... Je demande un délai pour examiner les inculpations dirigées contre moi, et un jour fixe pour y répondre d'une manière satisfaisante et victorieuse (l). » « C'est justei c*est juste, s'écrièrent d'une voix presque unanime les membres de l'Assemblée ; et sur la proposition de Robespierre, la Convention décréta qu*il serait entendu le lundi suivant, 5 novembre (2). 11 était six heures du soir quand fut levée cette longue et dramatique séance.

Cette lutte prodigieuse d'un homme isolé, vivant à l'écart, étranger h toutes les intrigues, n'appartenant qu'à un parti, celui de sa oons* cience, a certainement une grandeur qui a échappé à une foule d'historiens intéressés à rapetisser Robespierre (3). Les Girondins, aveuglés par la haine, ne virent pas que leurs traits s'émoussaient impuissants, par la violence même de leurs coups, et qu'au lieu d'écraser leur vietime, ils allaient la grandir. Le peuple de Paris, sur lequel leurs ca-

(1) Journal des débats et des décrets de ia Convention^ numéro 41, p. 768.

(2) Louvet a écrit dans ses Mémoires : « L*accusation que j^intentai contre hii pro* duisit H plus grand effet; cinquante députés attestèrent les attentats que j« rappelais, et dont le moindre dewit conduire cet lu>mme à l'écliafaud. Le lâche crut sa dernière heure arrivée ; il vint à la tribune me demander grâce » (p. 52). C'els ne donne- 1* il paa bien la mesure de la niaiserie de ce brouillon ?

(3) Il serait injuste d'oublier queTissot, MM. Esquiros, Lamartine et L. BUmcont peint sons les couleurs les plus vraies cette latte héioïqne de Robespierre eentre b Gironde.

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