LIVRE IX« — COKTBE-COUP AUX JACOBINS
iMDoies ne pou vaieat avoir prise, se passionna pour Robespierre, dont la fopultfUé 8*accrut encore de la persécution à laquelle il était en butte.
Le contre*GOup de la séance conventionnelle devait nécessairement lebire sentir avec beaucoup de violence aux Jacobins^. Appuyant la iiotion d*un membre inconnu, Bentabole demanda tout d'abord la raéation de Louvet. Mais, selon Legendre, il valait mieux ajourner la décision de la société au jour où la Convention elle-même aurait |rononcé; car, dit-il, «il est impossible que dans un pays libre la lertu succombe sous le crime. » — Et lui-même, s'en doiitait-il alors? liait destiné à être un des assassins de « la vertu. • — Fabre d*Ég antine lédama un délai pour Louvet. Mais en même temps il montra très-bien combien la peur de laisser échapper Robespierre avait mis Taccusateur tti contradiction avec lui-même. Louvet, en effet, s'étant rappelé qu'un jour Guadet avait naïvement engagé Robespierre à se condamner h l'ostracisme pour se punir < d'être Tidole du peuple, » avait pro- |06é, lui, à la Convention de rendre, comme dans l'ancienne Grèce, me loi de bannissement contre tout homme dont le nom aurait été un iiijet de division entre les citoyens, de manière à pouvoir proscrire Jbbespierre pour ses vertus si Ton ne pouvait le punir pour ses cri- &es. Après avoir signalé cette contradiction au moins singulière, Fabre demandait à la société d'inviter Pétion à se porter comme médiateur CDtre les adversaires. Il avait été témoin de sa douleur à la Conveu- IbQ en présence du scandale soulevé par ses amis de la Gironde, et il croyait pouvoir répondre que lancien maire de Paris ne se laisserait pas détourner par les intrigants.
Hélas l il connaissait bien mal Pétion. Merlin (de Thionville), qui soupçonnait sans doute ce qu'il y avait de faux et d'indécis dans ce caractère masqué sous un air de bonhomie, s'opposa vivement à cette idée de prendre Pétion pour juge entre Louvet et Robespierre, • entre ks principes et l'erreur. » Pétion n'était-il pas faillible ? « Eh ! où en serions-nouS} » s'écria-t-il, « s'il veooit à diverger. » Pétion n'était-il pas le commensal assidu de Roland? Ne recevait-il pas intimement Rrissot, La Source, Yergniaud, Barbaroux? Une pareille mesure lui paraissait donc de nature à avilir la société, à compromettre les prhi* opes; à sa voix, elle fut repoussée au milieu des plus vifs applaudissements. L'événement va prouver tout à l'heure à quel point Merlin avait raison (t).
Robespierre jeune monta à son tour à la tribune, tout ému des périls doDt son frère était environné. < Citoyens, j'ai eu un grand effroi, il me
(l) Jmirnai êm débatê et dé la corretponéanee dt la Société des Jaeobint, munëio 292«
4»G HISTOIRE DE ROBESPlERRIi:
sembloit que des assassins allaient poignarder mon frère. » Autour d< lui, dans la Convention même, il avait entendu des hommes 8*écrier qw Robespierre ne périrait que de leurs mains. Et cela au moment où 1« ennemis de son frère, maîtres du pouvoir législatif et du pouvoir exé* cutlf, disposaient de toutes les ressources de TÉtat. En présence d< tant de forces coalisées contre elle, l'innocence triompherait-t-elle ? I était bien permis d*en douter quand on songeait qu*un roman, un tissu de mensonges, avait été écouté du premier mot jusqu'à la fin, et méoM applaudi. Mais, ajoutait-il, « que Tinnocent succombe, la liberté ne périra pas, elle ne tient pas à un seul homme. » Puis, prenant à partie les persécuteurs de son frère, il racontait qu'en sa présence Anacbar^ Cloots disait à Pétion et à Danton qu*il était obligé de rompre des lances chez le ministre de Tintérieur pour Tunité de la République. C'est d'ailleurs ce que Cloots va longuement développer dans sa célèbre brochure Ni Roland ni Marat. Da'nton lui-même, en pleine Convention, avait formellement accusé Roland d'avoir songé, dans les moments de crise, à transporter le gouvernement autre part qu'à Paris. Les continuelles déclamations des Girondins contre la capitale contribuèrent singulièrement à forliQer cette opinion qu'ils voulaient rompre l'unité de la République ; et, pour avoir avec tant d'acharnement et de haine poursuivi des plus absurdes accusations et des plus noires calomnies des patriotes de la trempe de Robespierre, ils vont entendre, à leur tour, gronder autour d'eux de terribles accusations, et ils finiront par être victimes des passions violentes qu'ils ont eux-mêmes déchatnées.
Après Augustin monta à la tribune un homme dont Robespierre avait tenu l'enfant sur les fonts de baptême, c'était Deschamps, le marchand mercier de la rue Betbisy. Il venait dénoncer un membre même de la société qui, la veille, dans un restaurant, avait dit hautement qu'il fallait se débarrasser de Robespierre et de Marat comme de la personne du ci-devant roi, et que depuis longtemps on se serait défait du premier s'il n'était pas toujours entouré de coupe-jarrets. Et apercevant l'homme auquel il faisait allusion : t C'est Btiumier, le voilà, » dit-il, « qu'il réponde. »
Patriote sincère, Baumier, comme tant d'autres, avait été circonvei par les intrigants de la faction girondine. Après avoir rappelé les noz breux ouvrages publiés par lui en faveur de la liberté, ses discouf pleins de patriotisme, Baumier nia le propos qui lui était auribué; mais, sur la foi du serment, Deschamps attesta la vérité de sa dénoi dation, et déjà la radiation de Baumier était réclamée de toutes part quand Robespierre intervint. Au nom de la patrie, il conjura ses con*