LIVRE IX. LES GARDES DU CORPS DE ROBESPIERRE
, citoyens d'abjurer toute discussion personnelle; et, sur sa demande, la société passa à Tordre du jour (1).
il faut dire un mot de ce que les farceurs ont appelé et appellent
encore les Gardes du corps de Robespierre, mot emprunté au voca-
I bulaire de Louvet (2). Il y a à cet égard une légende qui mérite d'être
\ rapportée. En le voyant perpétuellement en butte aux menaces d'une
I coterie puissante, de généreux citoyens résolurent de veiller mystérieu-
I sèment sur ses jours et de lui faire un rempart de leurs corps contre les
I poignards des bravi de la Gironde ou de l'aristocratie; car, si un langage
était bien propre à provoquer quelques fanatiques à l'assassinat, c'était
, celui du tendre auteur de Faublas. On cite, entre .autres, un fort de la
I halle, homme d'une vigueur peu commune, qui, à la nouvelle des dan«
; gersdont paraissait environné Robespierre, prit avec lui-même l'enga-
I gement de veiller à la sûreté du représentant menacé. Chaque malin,
armé d'une grosse canne, il allait Tattendre rue Saint-Honoré, le sui-
I vait à distance jusqu'à la Convention, et, le soir, ne le quittait que
lorsqu'il l'avait vu rentrer dans la maison de son hôte (3). D'autres
partagèrent ce dévouement obscur, ignoré de Robespierre, par exemple
l'imprimeur Nicolas et le serrurier Didier, ami de Duplay. Quant à lui,
il ne connut même pas la vigilance assidue dont il était l'objet de la part
de quelques amis connus et inconnus. Tels étaient ces fameux gardes
du corps de Robespierre: de braves gens bien désintéressés, et dont,
après Louvet et le facétieux Courtois, se sont moqués ces plaisants de
l'histoire qui, en revanche, ne manquent pas de s'incliner, pleins de
respect, devant les prétoriens des mnjestés royales.
XVÏ
Cependant les Girondins commençaient à n'être pas sans inquiétude sur les résultats de leur croisade contre Robespierre. Ils avaient espéré l'emporter de haute lutte, et compté que l'Assemblée, cédant à la force de
(1) Journal d»ê débats et de la correspondance^ numéro 293. Voici comment un jour- Cal girondin s'explique sur ce fait : « Baumier veut s'excuser, Je tonneiTe des tribunes lemenncCf on propose de le rayer; mais Robespierre, en ennemi généreux, demande s* grâce, il l'obtient. » Courrier des quatre-vingt-trois départemens, numéro du l*' novembre 1792.
(2) A Maximilien Robespierre et à ses royalistes y p. 23.
(3) Ce fait cité par M. Esquiros, dans son Histoire des Montagnards^ lui a été communiqué par notre illustre sculpteur David (d'Angers),
T. II. a»
498 HISTMftE DE R0BG8PI£1IR£
la coalition, frapperait leur ennemi sans Tentendre, comme dans la suite devaient Tobtenir de la Convention les Thermidoriens plus heurein. Cet ajournement à huitaine leur donrtait à penser. Us essayèrent de brusquer les choses. L^urs journaux portèrent aux nues le discours de Louvet (1 ). Seule la Chraniqne de Paris garda le silence. Placé entre la cause de la justice et les fureurs de ses amis» Condorcet prit cette fois parti pour la première. Mais Girey-Dupré, mais Gorsas s'en donnèreot à cœur joie ^2) ; il fallait perdre Robespierre dans Tesprit des départements.
Le lendemain même, 30 octobre, Buzot reproduisait son projet de loi contre les écrits séditieux. Bailleul, ne le trouvant point encore assez arbitraire, voulait que parmi les provocateurs au meurtre on englobât ceux qui, par affiches, imprimés ou de vive voix donneraient à entendre, etc. Ducos, indigné, demanda le renvoi de cette motion au
(1) M. Miclielut (t. IV, p. 478) ti*ouvc que Brissot se montra froid dans son joarml, comme si la liobespierride de Louvet n^eût pas eu toute son approbation. Viteourroas le Patriote françois : « Nous nous proposons de rendre compte de l'excellent disconn du courageux Louveti qui a formellement dénoncé ÏÏobespierre i (numéro 1177, du 30 octobre 1792), et le lendemain : «c Lonvet a prononcé un discours qu^il est impossible d'extrairt', parce que tout y étoit également fort, également beau, et réloqueiice de l'orateur a été au niveau de son courage » (numéro 1178). Que veut donc de plus M. Michelet?
(2) De tous les journalistes girondint^ qui rendirent compte de Tattaqne de Louvet contre Robespierre, il n*en est pas un qui ait apporté dans la reproduction des débats plus de mauvaise foi que le député girondin Gorsas. Du coup, Brissot et Gircy-Dnpré se trouvèrent dépassés. On peut voir dans son numéro du 31 octobre 179^ jnsqa'où peut aller le cynisme du mensonge. Il s'étend avec complaisance sur les passages du libelle do Louvet oii cet Arétin de la (îirondo s'ingénie à jeter à la face de ses adversaires le sang des journées de Septembre, comme si lui, Gorsas, — il n*y avait pas si longtemps, — n'avait pas loué lui-même ces atroces journées comme un acte de justice. Cette Iftche palinodie lui attira, du reste, d assez désagréables repi*êsaiUes. Un jour on lut dans le journal de Marat la lettre suivante : « Ami du peupîe, je ne conçois pas comment le nommé Gorsas, infAme libelliste de la faction des hommes d'Kttt, vendu à Pétion, Gensonné, Vergniaud et (luadet, qui se sont si longtemps décbaloi» contre le massacre du 2 septembre, a Timpudonce de déclamer avec ces tartufes, lui qui étoit Pun dos massacreurs de ces journées terribles, l'un des jtiges populaires de là Conciergerie.
* Le dimanche 2 septembre, à 11 heures du matin, il étoit au Palais-Royal, vwc des valets d'ex-nobles, à prêcher le massacre au milieu des groupes, et dans la naît du même jour, sur les deux heures, il étoit à l'œuvre, jugeant et égorgeant les victimes. Je détie à oe scélérat d^oser nier ces faits ; je peux lui en donner des prenvei juridiques.
c Signé : Lbghob, de la section du LouTre. » (Jourtial de la BépmUiqm frmçoi» noméro IfK)}.— Gor-as, à forw de calomnier les autres, a-t-il fini par être lai même h proie d^ine noire calomnie ? C'est ce que nous ignorons, et ce que nous n'avons pas à rechercher; ce qui est certain, c^est qne, comme nons Favons démontré dans aotre prfxsédent lirre, il fnt^ Tnn des thuriféraires des massacres, et qu'il bl&ma Rolin^ d'avoir écrit qu'il fallait jeter un voile sur la journée du 2 septembre.