‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 215 sur 314 · LIVRE l\. EFFORTS DESESPERES DE LA GIRONDE · texte numérisé non relu

LIVRE l\. EFFORTS DESESPERES DE LA GIRONDE

grand inquisiteur et un article additionnel pour Vauto-ia^fi (1). On Toil où les Girondins en arrivaient, dans leur désir immodéré de sauvegarder le pouvoir dont ils étaient maîtres, et quel respect ils avaient pour la liberté, que finissent toujours par détruire les lois censément destinées à réprimer la licence. Le vrai parti de Tordre, auquel appartenait Robespierre, n'aime pas la liberté transformée en bacchante; mais il déteste les lois de rigueur édictées contre les écrits séditieux, car il sait combien est élastique ce dernier terme, et à quelles interprétations dangereuses pour la liberté il peut prêter. D'observations assez étendues présentées par Lepeletier, il résulta clairement pour tous que Buzot, Roland, Bailleul et leurs amis laissaient loin derrière eux les réacteurs du comité de révision de la Constituante, a La liberté de la presse ou la mort! » s'écria Danton d'une voix tonnante aux applaudissements de la plus grande partie de l'Assemblée.

Mais les Girondins n'étaient pas hommes à abandonner si facilement la partie. Barbaroux rentra dans la lice, et après de longues considérations tendant principalement à prouver la nécessité de casser le conseil général de la commune et d'établir à sa place une commission provisoire nommée par le directoire du département, — ce qui, par parenthèse, était un assez violent démenti donné au principe de l'élection par ce fervent républicain de la Gironde, — il reprit contre Robespierre sa thèse du 25 septembre dernier, accrue de toutes les inventions plus ou moins absurdes dont Louvet avait émaillé son discours. Pour le coup, la patience de la Convention se lassa ; les Girondins finissaient aussi par trop laisser passer le bout de Toreille. « Nous demandons une seconde lecture du rapport de Louvet, » s'écrièrent ^ la fois plusieurs membres. Après des observations réitérées, le président, qui la veille avait mis tant d'acharnement à empêcber Robespierre de répondre à une insinuation perfide de Roland, — c'éuil Guadet, — voulut birti s'apercevoir qu en effet Barbaroux était fort loin de la question, et d un ton presque affectueux : « Barbaroux, on m'observe et je vois effectivement que vous n'êtes pas dans la question (2). » Mais, tout en réservant pour un autre jour ses dénonciations contre Robespierre, Tardent Marseillais coatinua sa diatribe, et, comme un mensonge de plus ou de moins ne lui coûtait guère, il prétendit que la section des Piques, présidée par iiobespvrre, avait invité la comniune à envoyer à chaque municipalité, non pas un, mais vingtquatre exemplaires d'un arrêté municipal cassé par la Convention et

(1) Voyez le Monitiur dn l" novembre \792,

(2) fbid.

par lequel le conseil général avait protesté contre la formation d'une garde départementale autour de la Couvention. Or, non-seulement Robespierre ne présidait pas sa section (celle de la place Vendôme, devenue section des Piques), mais, depuis l'ouverture de la Convention, il n'y avait pas paru, comme nous l'avons démontré plus haut (1). L'Assemblée, sans s'occuper davantage du projet de loi de Barbaroux, se contenta de mander à la barre dix membres du conseil générai qu'avait inculpés le ministre de l'intérieur ; toutefois elle ne donna pas de suite à l'accusation, désarmée qu'elle fut le lendemain par d'a3sez plates explications de Chaumette, orateur et futur procureur de la commune.

En même temps, et pour avoir des hommes sûrs à leur disposition, les Girondins, de leur autorité privée, faisaient venir des départements une masse considérable de recrues et de gardes nationales, soldats indisciplinés qui, appelés dans la capitale, sous le prétexte de rétablir le calme, y répandaient l'inquiétude et le désordre. Ce n'étaient plus les soldats de la patrie, c'étaient les soldats d'une faction. Dans les villes où ils séjournaient en passant, ils se disaient destinés à contenir à Paris le parti de Marat et de Robespierre (2). C'était, en effet, une tactique des Girondins, tactique odieuse, d'accoupler désormais les noms de ces deux hommes, de caractère si différent, et si étrangers l'un à l'autre. Les sections s'émurent de voir dans Paris un tel rassemblement de troupes inattendues, et elles se plaignirent au nouveau ministre de la guerre, Pache, qui, depuis peu, avait remplacé Servan. Pache, sur lequel la Gironde avait compté comme sur un instrument docile de ses haines, répondit qu'il n'avait pas appelé de troupes à Paris; qu'il ne connaissait auôune cause qui y rendît leur présence nécessaire, et que le premier ordre qu'elles recevraient de lui serait celui de leur départ, parce que ce n'était pas le moment d'enchaîner ici le courage des légions de la République (3). Mais déjà la capitale était inondée d'hommes armés, tout pleins des passions de ceux qui les avaient mandés.

Dans la journée du 3 novembre, des dragons de la liberté et des fédérés, au nombre de six cents environ, parcoururent la ville au galop de leurs chevaux, le sabre nu à la main, en poussant des clameurs menaçantes contre les patriotes désignés à leurs vengeances par les

(1) On voit d*où est venuo Terrear du trop crédule M. Michelet. Maïs, dépassaut toujours le but, rillustre historien a attribué à Robespierre lui-même (p. 467) ce qao Bnrbaroux n^ivait du moins osé mettre que sur le compte de la section tout entière.

(2) Lettre de la Société d^Auxerre à la Société de Paris. Journal des débats <t di /•» rorrexpondance des Jacobins, numéro 295.

(3) Voyez la lettre de Pache aux membres du conseil général de la commune, dans le Moniteur du 3 novembre 1792.

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