‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 216 sur 314 · UVRE IX. — ROBESPIERRE A LA GUILLOTINE · texte numérisé non relu

UVRE IX. — ROBESPIERRE A LA GUILLOTINE

Roland et les Barbaroux. Sur les boulevards, devant lés cafés, ils s'arrêtaient et chantaient des couplets de circonstance dont le refrain , qu'ils répétaient à tue-tète, était :

La tête de Marat, Robespierre et Danton, Et de tous ceux qui les défendront, 0 gné!

Du récit d'un journal du temps, assez peu favorable d'ailleurs à Robespierre, il semble résulter que la plupart de ces soldats étaient avinés. Ils quittaient la table pour aller crier par les rues : « Vive Roland ! A LA GUILLOTINE ROBESPIERRE ! Point dc procès au roi (1) ! » Qui les avait payés?

Dénoncés le soir aux Jacobins par Bentabole et par quelques autres membres, ces faits y excitèrent de légitimes colères; mais combien elles restaient au-dessous des fureurs de la Gironde! Qu'on lise le compte rendu des débats de cette séance dans un journal complétemetit hostile à Robespierre, payé et rédigé par ses adversaires, et Ton verra de quelle gravité demeura enveloppée l'indignation de cette société, si calomniée elle aussi (2) ! Et qui n'eût partagé cette indignation quand on sut que le ministre de l'intérieur, s'autorisant d'un décret qui lui permettait de répandre les bons ouvrages aux frais de l'État, venait de faire tirer à quinze mille exemplaires le discours de Louvet, et de l'envoyer dans tous les départements avec l'odieux pamphlet de Brissot (3) ? Or, la Convention avait bien décrété l'impression du discours de Louvet, maïs non pas son envoi aux départements, voulant, pour rendre toutes choses égales, attendre au moins la justification de Robespierre. Aussi entendit-on Thuriot s'écrier que s'il était prouvé qu'au mépris du vœu formellement exprimé par la Convention, Roland eût fait distribuer ledis-

(1) Bévolutûms de Paris^ numéro 174, p. 295.

(2) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Jacobins^ numéro 295.

(3) Voyez à ce sujet les réflexions des Révolutions de Paris, numéro 174, p. 295. Quant au libelle de Brissot, intitulé : A tous les Républicains de France, et autres écrits girondins^ voici une faible partie de ce que Roland paya de son propre aveu : « Au citoyen Lepage, pour 600 exemplaires du numéro 1167 du Patriote françois ; pour 500 exemplaires du numéro 1196; pour 500 exemplaires du numéro 1212; i)our 1600 exemplaires de l'adresse à tous les républicains, et pour 1000 exemplaires de la Réponse à Clootg, 1200 livres. » Ainsi tel était Pemploi que le vertueux Roland faisait des fonds de la République, et le trésor était aux abois. Voyez ce curieux compte Rndn de Roland, aux éclaircissements historiques, dans les Mémoires de madame holand (t. II, édit. Barrière et Berville, p. 357 et suivantes). Et il est bien évident ^ue Roland n'a pas énoncé la dixième partie des fonds qu'il consacra à cet odieux colportage.

cours de Loiivet, il fallait poursuivre et punir Roland. Et sur-le-champ Merlin (de Thionville) déclara tenir de l'imprimeur lui-même, de Baudoin, que, par Tordre du ministre de rintérieur,on avait tiré quinze mille exemplaires du discours de I.ouvet, et que le bon en avait été remis aux commi^saires de la salle (t}. £h bien ! je le demande à tous les hommes impartiaux, si aujourd'hui même, à l'heure où j'écris ces lignes, un ministre se permettait un acte analogue à celui du vertueux Roland, s'il employait les fonds de TÉtat à répandre à profusion dans nos communes un odieux libelle contre un membre du Corps législatif accusé par un de ses collègues, si par là enfin il le désignait ouvertement aut ressentiments des esprits trop crédules, et peut-être au poignard de quelque fanatique, n'y aurait-il pas contre lui un déchaînement uoiversel? Et pourtant nousn'avons point la prétention de vivre sous un régime de liberté. HélasI en quelles mains était tombée la République française ! En vérité, je le répète, quand après cela je vois des gens s*élonner hautement de Topposition faite au ministre Roland par les démocrates de 1792, je me dis que ces gens-là sont ou bien naïfs ou bien ignorants.

Robespierre jeune dénonça toutes ces manœuvres comme étant destinées à abattre le courage des amis de la liberté. A Paris on opposait des baïonnettes aux patriotes; dans les départements on les combattait par d'atfreux libelles. Saint-Just parut aussi à la tribune, le cœur ulcéré des persécutions dirigées contre Thomme auquel l'attachait si étroitement une ailmiration sincère. Car la vertu, comme le vice, a ses prosélytes. Et certes, Saint-Just n'était pas d'une trempe à se laisser subjuguer par un esprit médiocre ou à servir des intentions liberticides, même chez son plus cher ami. Il ne savait quel coup se préparait; mais ces agitations de la capitale, ces troupes inconnues qui la sillonnaient en tous sens, tout cela lui semblait horriblement suspect. « On propose des accusations contre des représentans du peuple, » disait-il, « encore un moment et Ton proposera de juger le peuple, et Barbaroux donnera des conclusions contre le souverain. » Et il laissait échapper cette parole magnifique : « Quel gouvernement que celui qui plante l'arbre de la liberté sur l'écbafaud et met La faux de la mort entre les mains de la loi ! 1» Il ne se doutait guère alors combien fatal et contagieux serait l'exemple des Girondins; car, et ce sera leur tache éternelle, ce sont eux, les insensés! qui ont poussé la Convention à porter la nain sur ses propres membres*

A quelques citoyens qui mettaient en avant des moyens de conci-

(1) Journal dtê débats et de la corretpondafice..,^ numéro 396. Séance du Snofemb**

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