LIVRE IX. ADMIRABLE REPONSE A LOL'VET
liation, Robespierre jeune répondait : Il n'y a point d'entente possible entre des hommes voulant la Révolution pour leur profit et des patriotes divisés d'opinions et qtielquefois de principes. Au milieu de ces partis divers, l'innocence succomberait peut-être, « mais, » répétait-il mélancoliquement, « citoyens de Paris, soyez calmes, laissez sacrifier Maximilien Robespierre, la perte d'un homme n'entraînera pas la perle de la liberté. » Des voix nombreuses se récrièrent, assurant qu'on ne laisserait pas sacrifier un tel homme. Robespierre sera justifié, s'écria Legendre, et il compara à une goutte d'huile nageant sur une masse d'eau sans la troubler, la promenade forieuse des dragons et des fédérés au milieu des rues de la capitale (4). Ce qui voulait dire qae les citoyens de Paris ne ^e laisseraient pas intimider. Prochain ea effet était le triomplte de Robespierre, car on se trouvait au soir du di* mandie U novembre, et le lendemain était le jour fixé par la Gonven* tioR pour entendre sa réponse à Louvet.
XVH
. Cette réponse était attendue comme un événement; amis et ennemis éprouvaient une égale impatience, les uns inquiets du résultat d'une causes! juste pourtant, les autres croyant déjà peut-être tenir la victoire, eln*ayant rien négligé pendant les huit jours qui venaient de s'écouler pour assurer la perte de leur adversaire. La veille même, une députation de fédérés était venue dire à la Convention qu'un certain nombre ^' ses mf?inbreâ étaient désignés aux poignards « des pros<;riplions tribonitieniies (2), » et l'on avait volé l'impression de l'adresse des fédérés. Uiie multitude de citoyens avaient passé la nuit aux portes de la salle pour entrer les premiers (3], et une fouie immense encombrait les abords de la Convention dans la matinée du 5. De fortes patrouilles sillonnaient la terrasse des Feuillants, comme si l'on se fût méfîé du I*«ple, comme si l'on eût redouté quelque entreprise de nature h peser sur la décision de TAssemblée [UY La séance était présidée par Hérault-
{\) Journal dès débats et de la correspondance ^ numéro 296.
f^ Journal des débats et des décrets de la Convention^ numéro 47.
(^) ^ofodioiu dt France et de Brabant^ et des royaumes qui^arborant la cocarde natiO' ^fe mériteront une p/ac« dans les fastes de la liberté^ par Camille Desmoulins et Merlin^ '^«Thionvilie), numéro 25.
(4) Rétolutions de Paris, numéro 174, p. 295.
Séclielles. C*étail déjà une garantie que Torateur ne serait point systématiquement interrompu dans sa justification. Quand le président annonça que Tordre du jour appelait la discussion sur la dénonciation de Louvet contre Robespierre, une sorte de frisson involontaire parcourut toute la salle; les citoyens garnissant les tribunes ne purent retenir leurs applaudissements, et le président dut les rappeler à .Fordre et au respect (1).
« Citoyens délégués du peuple, » dit Robespierre en commençant, c une accusation sinon très-redoutable, au moins très-grave et trèssolennelle a été intentée contre moi devant la Convention nationale; j'y répondrai parce que je ne dois pas consulter ce qui me convient le mieux à moi-même, mais ce que tout mandataire du peuple doit à Tintérét public. J*y répondrai parce qu'il faut qu'en un moment disparoisse le monstrueux ouvrage de la calomnie si laborieusement élevé pendant plusieurs années peut-être, parce qu'il faut bannir du sanctuaire des lois la haine et la vengeance pour y rappeler les principes et la concorde. Citoyens, vous avez entendu Timmense plaidoyer de mon adversaire ; vous l'avez même rendu public par la voie de l'impression; vous trouverez sans doute équitable d'accorder à la défense la même attention que vous avez donnée à l'accusation. »
Puis, répondant tout de suite au reproche d'aspirer au pouvoir suprême, dictature, triumvirat ou tribunat, car l'opinion de ses adversaires ne lui avait pas paru bien fixée sur ce point, il rappelait que le premier dans ses discours et dans ses écrits il avait réclamé une Convention nationale comme le seul remède aux maux de la patrie, et que cette proposition avait été dénoncée comme incendiaire par ceux qui aujourd'hui ^e proclamaient les fondateurs de la République. Et par quelle voie se serait-il frayé un chemin vers la dictature? Où étaient ses armées, ses trésors, les grandes places dont il était pourvu pour maîtriser Paris et les départements? Toute la puissance executive ne résidait-elle pas au contraire dans les mains de ses adversaires? Il aurait donc fallu démontrer qu'il était complètement fou; mais alors comment des gens sensés se seraient-ils donné la peine de composer tant de discours et d'écrits, auraient-ils déployé tant de moyens pour le présenter à la Convention et à toute la France comme le plus redoutable des conspirateurs?
Prenant ensuite un à un tous les faits articulés contre lui par Louvet, i4 répondit de la façon la plus précise, comme pour mieux contraster avec l'attaque, où tout était à dessein si nuageux et si entortillé. On
(1) Moniteur du 0 novembre 1792.