‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 218 sur 314 · LIVRE IX. — ADMIRABLE REI'OXSE A LOUVET · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — ADMIRABLE REI'OXSE A LOUVET

avait essâjré de l'écraser du nom de Marat, en le rendant responsable de l'élection de l*Ami du peuple; nous avons dit déjà de quelle façon victorieuse il répondit à ce chef daccusation au moins étrange (1). Il se montra certainement supérieur à Danton, en ne sacrifiant pas lâchement Marat aux ressentiments de la Gironde. Comme on Ta vu, il s'expliqua sur son compte, sans en dire ni plus de bien ni plus de mal qu'il n'en pensait; car, put-il ajouter sans crainte d'être démenti, «je ne sais point trahir ma pensée pour caresser l'opinion générale. » Lou* vet lui avait fait un crime d'avoir mal parlé de Priestley qu'avait rendu cher aux patriotes français la persécution dont le célèbre docteur avait été l'objet en Angleterre ; il opposa à cette assertion un démenti formel, et pourtant il eût eu quelque droit d'en vouloir à ce savant étranger. En effet, circonvenu par la Gironde, Priestley avait, dans des lettres soigneusement répandues par Roland, rabâché contre lui les déclamations calomnieuses des orateurs girondins. Pour en fmir avec Marat, dont on essayait de le rendre solidaire, il demandait si son amour et ses combats pour la liberté depuis le commencement de la Révolution ne lui avaient pas suscité assez d'ennemis sans qu'il fût besoin de lui imputer encore des excès qu'il avait évités et des opinions qu'il avait lui-même condamnées le premier.

Quant au singulier reproche d'avoir exercé aux Jacobins un despotisme d'opinion, c'était certainement la plus bizarre accusation qu'un ami de la liberté pût élever contre un citoyen ; car enfin cet empire appartenait à tout homme qui énonçait de grandes vérités, à la raison / éternelle et à tous ceux qui voulaient écouter sa voix. Pour lui d'ailleurs, depuis la journée du 10 août, il n'avait pas assisté plus de six fois aux séances de la société; et si le reproche portait sur l'époque aniérieure, c'était donc le procès qu'on faisait à la révolution même du 10 août, puisqu'elle avait été provoquée et avancée par les discus-

sions journalières dont cette société avait été le théâtre. Mais dès le Hiois de janvier précédent la lutte avait déjà éclaté entre lui et ses dénonciateurs. Elle était née à l'occasion des débats sur la guerre, et l'on n'a pas» oublié peut-être combien modérée avait été la conduite de Robespierre à côté de celle de ses contradicteurs irrités de la supérionié de leur adversaire. De quel droit, disait Maximilien, venaient-ils demander à la Convention de venger les disgrâces de leur amourpropre? Cette haine monstrueuse des Girondins contre Robespierre avait uniquement sa source, — nous le prouverons tout à l'heure par l^s propres aveux, — dans les échecs successifs qu'ils avaient subis

(1) Voyez le livre précédent.

au club des Jacobins. « Soyez au moins au^si généreux qu'un roi, i leur disait-il ironiquement, x imitez Louis XVI, et que le législateur oublie les injures de M. Louvet. » ,

Un des chapitres les plus travaillés du discours diffamatoire de Louvet était celui qui concernait la conduite de Robespierre au sein du conseil général. Il lui avait reproché jusqu'à la manière dont il s'était présenté dans la salle du conseil, et il avait vu une preuve de ses projets de dictature dans son affectation à diriger ses pas vers le bureau; car telle était la puérilité de la plupart des arguments de Tauteur de Faublas. 11 fallut que Robespierre apprit à la Convention que si, en effet, en arrivant dans la salle du conseil ii avait dirigé ses pas vers le bureau, c'était afin de faire vérifier ses pouvoirs (1). Ayant à défendre les actes de la commune, calomniés et défigurés par Louvet, il sVffaça noblement, et, ne voulant pas prétendre à une gloire à laquelle it n*avait pas droit, il se réjouit de ce qu*un grand nombre de citoyens avaient mieux que lui servi la chose publique. 11 se consolait du reste en pensant que les intrigues disparaîtraient avec les passions qui les avaient enfantées, tandis que les grandes actions et les grands caractères surnageraient seuls dans Ta venir. Impossible de mieux peindre, d'expliquer plus nettement les suites de la révolution du 10 août. Après avoir déclaré bien hautement, et sans que personne élevât la voix pour le contredire, que jamais au sein du conseil géuéral il n'avait appartenu à aucune espèce de commission, qu'il ne s'était mêlé en aucune manière à aucune opération particulière, qu'il n'avait pas un seul instant présidé la commune, et que jamais il n'avait eu la moindre relation avec le comité de surveillance tant calomnié (2), il

(1) Louvet, dans sa réplique intitulée : A Maximilien Robespierre el à ses roya/^tw, réplique non prononcée mais répandue à profusion, se rabattit sur ce que Robespierre était resté au bureau, et il trouva des airs de dictateur dans la façon même dont ses yeux mobiles parcouraient retendue de la salle (p. 13). On croirait à peine à de pareiUea inepties, si on ne les avait pas jous les yeux, reproduites par l'impression.

(2) M. Michel et ne voit dans oe mapiifîque plaidoyer de Robespierre, ai ferme, si net, si complet et si modéré, que a une humble et habile apologie. » Mais ce qui est plus grave, sa déplorable partialité Tvm traîne aux conjectures les plus hasardées, poor ne pas dire plus. Avec ce ton tranclmnt qui n'appartient qu'à lui, il prétend que Robespierre (c mentit hardiment sur deui^ points » (t. IV, p. 481) : en premier lien, parce qu'il avait déclaré n*avoir jamais eu la moindre relation avec le comité de snr\'eillance de la commune. Or, (sette déclaration que personne n'osa eontredire, pas id^im Louvet, dans le plus effronté libelle qui se paisse imaginer (ii Maximilien Robetpitrrt et à ses royalistes^ voyez, p. 41, le passage où- il parle de l'introduction de Blarstpar Panis au comité de surveillance) , cette déclaration, dis-je, M. Michelet a en 1« triste courage de la révoquer en doute. Et sur quoi ae fonde-t-il pour cela ? Sur ce ^ Panis « ne bougeait de chez Robespierre » Et qui le lui a dit : « Cent témoins 1« voyaient chaque matin venir prendre le mot d'ordre à la maison Duplay. » Il est vraiment fâcheux que sur cent témoins M. Michelet ne preime pas la peine de doik

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