LIVRE I\. ADMIRABLE REPONSE A LOUVET
répondait celte fois comme ce consul de Rome accusé par Clodius d*âvoir \doIé les lois en étouffaut la conjuration de Catilina : a Je jure que noos avons sauvé la patrie. » On s'était plaint de quelques arrestations illégales, comme si en temps de révolution il était possible d'i^pprécier, k co ie crinainel à la main, les précautions exigées par le salut public. Pourquoi ne pas recueillir aussi les plaintes de tous les écrivains royalistes dont les plumes s'étaient trouvées brisées? « Que ne nous reprochez- vous, > cotitinuait-il, • d'avoir consigné tous les conspirateurs aux portes de cette grande cité? Que ne nous reprochez- vous d'avoir désarmé les citoyens suspects? d'avoir écarté de nos assemblées les ennemis reconnus de la Révolution? Qiie ne faites-vous le procès à la fois et à la municipalité, et à rassemblée électorale, et aux ifisembiées primaires mêmes des cantons, et h tous ceux qui nous ont imités? Car toutes ces choses-là étoient illégales, aussi illégales que la Bévolution, que la chute du trône et de la Bastillt^ aussi illégales que la liberté elle-même. »
Il faudrait tout citer dans cette admirable réponse, mais la place BOUS manque. Cependant, comment ne pas mettre sous les yeux du lecteur ces réflexions si vraies : « Quelle idée s'e^t-on donc formée de la dernière révolution? La chute du trône paraissoit-elle donc si facile avant le succès? Ne &*agis.^oit-il que de faire un coup de main aux Tuileries? Nefalloit-il pas anéantir dans toute la France le parti des tyrans» et par conséquent communiquer à tous les départemens la commotion salutaire qui venait d'électriser Paris? Et comment ce soin pouvoit-il oe pas regarder ces mêmes n.agistrats qui avoient appelé le peuple à HosurrectioD? 11 s'agissait du salut public, il y alloit de leurs têtes, et OQ leur a fait un crime d'avoir envoyé des commissaires aux autres communes pour les engager à avouer, à consolider leur ouvrage ! Que ^-je? la calomnie a poursuivi ces commissaires eux-mêmes. A peine ^ circonstances qui avoient encbatné les ennemis du peuple ont- elles ^^^> les mêmes corps administratifs, tous les hommes qui conspiroient contre lui sont venus les calomnier devant la Convention nationale elle-même. Citoyens, vouliez- vous unç révolution sans révolu-
«citer nn seul. Le témoignage de Sergent, fort Tagnement et fort légèrement in\*ofoi «illeurs pour pnmrm une espèce d^intimité exialaDt entre Panis et Aobespierre, ^sautait être d'aucun |>oids. Nous avons dit, et nous avons prouvé dans notre présent livre que Panis était surtout Tami intime de Danton. 11 eut également, jusqu^à ^ mort de oe dernier, des rapports d'an>îtié arec Robespierre, tneis sur un pied beau- P^P moins large. Ce sbbt là -des erreurs iiifiDimeat graves de M. Micbelet et qu'il '^porte de signaler à tous les lecteurs sérieux.
Nous relèverons tout à l'heure le second démenti que, sans plus de fondement, il ^"^ à Robespierre.
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tion? Quel est cet esprit de persécution qui est venu reviser pour aîDsi dire celle qui a brisé nos fers? Mais comment peut*-on soumettre à un jugement certain les effets que peuvent entraîner ces grandes commotions? Qui peut, après coup, marquer le point précis où dévoient se briser les flots de l'insurreclion populaire? A ce prix quel peuple pourroit jamais secouer le joug du despotisme? Car, s'il est vrai qu'une grande nation ne peut se lever par un mouvement simultané, et que la tyrannie ne peut être frappée que par la portioii des citoyens qui est plus près d'elle, comment ceux-ci oseront-ils l'attaquer, si, après la victoire, les délégués venant des parties éloignées de l'État, peuvent les rendre responsables de la durée ou de la violence de la tourmente politique qui a sauvé la patrie? Ils doivent être regardés comme fondés de procuration tacite pour la société tout entière. Les François amis de la liberté, réunis à Paris au mois d'août dernier, ont agi à ce titre au nom de tous les départemens; il faut les approuver ou les désavouer tout à fait. Leur faire un crime de quelques désordres apparents ou réels, inséparables d'une grande secousse, ce seroit les punir de leur dévouement. Ils auroient le droit de dire à leurs juges : Si vous désavouez les moyens que nous avons employés pour vaincre, laisseznous les fruits de la victoire. Reprenez votre constitution et toutes vos lois anciennes, mais restituez-nous le prix de nos sacrifices et de nos combats. Rendez-nous nos concitoyens, nos frères, nos enfants qui sont morts pour la cause commune. Citoyens, le peuple qui vous a envoyés a tout ratifié. Votre présence ici en est la preuve; il ne vous a pas chargés de porter l'œil sévère de l'inquisition sur les faits qui tiennent à l'insurrection, mais de cimenter par des lois justes la liberté qu'elle lui a rendue. L'univers, la postérité ne verra dans ces événements que leur cause sacrée et leurs sublimes résultats; vous devez les voir comme eux. Vous devez les juger, non en juges de paix, mais en hommes d'État et en législateurs du monde. Et ne pensez pas que j'aie invoqué les principes éternels, parce que nous avons besoin de couvrir d'un voile quelques actions répréhensibles. Non, nous n'avons point faibli, j'en jure par le trône renversé, et par la République qui s'élève. »
Celte fermeté de langage jointe à tant de modération, la vérité des tableaux mis par l'orateur sous les yeux de l'Assemblée, — car il avait su dépeindre admirablement les derniers événements, — impressionnaient vivement la Convention ; elle se sentait sous le charme, et d'instant en instant éclataient de chaleureux applaudissements (1).
(1) Voyez à cet égard le iionitwr du 6 uoTembre 1792 ; le Journal dès débats et de»