LIVRE IX. — ADMIRABLE REPONSE A LOUVET
Louvet, en faisant allusion dans son discours aux massacres de Septembre, avait généralisé de la façon la plus vague. C'était, comme nous Tavons dit déjà, la tactique des Girondins d'essayer de rejeter sur leurs adversaires la responsabilité du sang versé dans ces journées. Si vaguement formulée qu'ait été ici la calomnie de Louvet, un journal, qui flottait entre l'un et l'autre parii, ne put s*empêcher de manifester son étonnement qu'on eût insidieusement rappelé ces journées dans une accusation dirigée contre Robespierre. « Le peuple n'a pas été peu surpris d'entendre inculper l'Incorruptible dans l'affaire du 2 septenibre (1)1 » Bien différent des Girondins dont les uns s'étaient extasiés, dont les autres avaient complaisamment jeté un voile sur ces massacres, et qui aujourd'hui s'en faisaient assez déloyalement une arme de parti, Robespierre se contenta d'expliquer historiquement les causes de ces sombres et fatales journées, et son explication , en dépit de toutes les narrations mensongères des historiens-Iibeilistes, restera la vérité dans l'histoire. Nous nous sommes suffisamment expliqué sur ce sujet dans notre précédent livre, nous n'avons pas à y revenir (2). Renoettons seulement sous les yeux du lecteur ces fières paroles que ni Lôuvet, ni personne, ne releva : < Ceux qui ont dit que j'avois eu la moindre part aux événements dont je parle, sont des hommes ou excessivement crédules ou excessivement pervers. Quant à l'homme qui, comptant sur le succès de la diffamation, a cru pouvoir imprimer impunément que je les avois dirigés, je me contenterois de l'abandonner au remords si le remords ne supposoit une âme! » Mais Louvet, qui maintenant accusait avec tant d'acrimonie le conseil général de la coni^ mune, oii ses amis ni lui n'avaient pu dominer, et l'assemblée électorale qui ne l'avait point élu, ne s'était pas toujours montré animé à leur égard d*aussi mauvais sentiments; Robespierre le lui rappela assez cmellement. « Honneur au conseil général de la commune, il a fait sonner le tocsin, il a ^auvé la patrie I ».tel avait été à peu près le début emphatique d'une des affiches de la Senlinelle^ ce journal rédigé par Louvet aux frais du ministre de l'intérieur, c'est-à-dire de l'État. « C'était alors le temps des élections, » ajoutait Robespierre.
Louvait sentait bien où le bât le blessait. 11 avait déclaré assez présomptueusement, dans sa harangue, que ses adversaires Prieraient quand il mettrait le doigt sur la plaie; il fut, paralt-il, singulièrement
iêcnti de la Convention, uumérô 48, et les Annahs palriotiques, — feuUle girondine, — où Ton peut lire : c Ce discours est souvent interrompu par des applaudissemens. » >*ninéro 3J5, 6 novembre 1792.)
(1) Rétolutionê de Paris, numéro 173, p. 246.
(2) Voyez le livre précédent.
MO HISTOIRE DR AOBESPIERnE
touché lui-même à l'endroit sen>ible, car il cria de douleur, et cria très-fort. « Je m'engage à répondre à toui (1). » — « C*étoit, » continua Robespierre, c dans les premiers jours de septembre. On assure qu'un innocent a péri... C'est beaucoup, sans doute; citoyens, pleura cette méprise cruelle; nous l'avons pleurée dès longtemps; c'étoitun ■ bon citoyen ; c'étoit donc l'un de nos amis. Pleurez même les victimes coupables, réservées à la vengeance des lois, qui sont tombées sous le glaive de' la justice populaire; mais que notre douleur ait un terme comme toutes les choses hnmaines.
a Gardons quelques larmes pour des calamités plus touchantes. Pleurez cent mille patriotes immolés par la tyrannie ; pleurez nos citoyens expirant sous leurs toits embrasés, et les fils des citoyens massacrés au berceau ou dans les bras de leurs mères. N'avez- vous pas aussi des frères, des enfans, des épouses à venger? La famille des législateurs françois, c'est la patrie ; c'est le genre humain tout entier, moins les tyrans et leurs complices. Pleurez donc, pleurez l'humanité aballoe sous leur joug odieux. Mais consolez- vous, si, imposant silence à toutes les viles passions, vous voulez assurer le bonheur de votre pays et préparer celui du monde. Consolez- vous, si vous voulez rappeler sur la terre l'égalité et la justice exilées, et tarir par des lois justes la source des crimes et des malheurs de vos semblables. La sensibilité qui gémit presque exclusivement pour les ennemis de la liberté m'est suspecte. Cessez d'agiter sous mes yeux la robe sanglante du tyran, ou je croirai que vous voulez remettre Rome dans les fers. >
(1) Rien n^est curieux comme ]a manière épilcptique dont Louvet, pour parer le coup, se démène dans sa broclinro A Maximilûn Bobeapierre et à set royeUistet. Il est d'abord au paroxysme de la ruge. a Robespierre, tu mens, tu mens à dessein, tu mens ù ta conscience. » Examinons donc comment, en efTet^ Robespierre ment à desseinj et ittent à sa conscience. Le nnméro 57 de la SentmeUe ne coBtient pas, paratt-il, textnellemeut les paroles rappelées par Robespierre; ce journal est introuvable a^joaidluû; nous n*avons donc pu TériKer par nous-même, mais nous voulons bien nous en rap porter à Louvet. Au lieu de: Honneur au conseil gén^'ral^ il a fait sonner le (oc*in, «'« sauté la patrie !ï\y aurait dans le journal : c Bonneur au conaeil général de la cammu»e ; il vient de prouver qu'en effet il vouloit saucer la patrie^ et mériter la reconnaûsance des départemens de Tempire... il vient d'arrêter que le tocsin alloit sonner, qn« le canon d^alarme seroit tiré. » ^Voyezp. 32 et 37.) Louvet veut prouver par U qne 1* . tocsin u*aitait pas sonné, et que le canon d'alarme n'était pas tiré encore au moncnt oii il écrivait ces lignes. Qu'est-ce qne cela signifie, en vérité? Le numéro 57 delà Sentinelle a-t-il paru le 3 septembre, c^est-à>dire le lendemain du jour où avaie>^ commencé les opérations électorales ? Là-dessus il n'y a pas Tombre d'un donte, et Louvet ne peut nier. Qu'à deux mois de distance Robespierre, citant de mémoire, tit varié snr les mots, qn' importe s'il n*a pas modifié le sens? Or, je le demande^ n'est-il ]>tts absolument «différent qne Louvet ait écrit : c Le conseil général a.fâit sonner le tocsin, » ou, « il vient d'arrêter que le tocsin alloit sonner? » Ce qui cJtctrttrtt c'est qu'il en a fait honneur au conseil général de la commnnC| et cela nu moment cle* élections.