LIVRE l\. ADMIRABLE RÉPONSE A LOUVET
Il était impossible, je le répète, d'expliquer plus naturellement et avec plus d'éloquence des événements dont on ne pouvait charger exclusivement la mémoire de quelques hommes, qu*à la condition de laisser peser sur toute une population une accusation de lâcheté mille fuis plus odieuse que n'eût été la cruauté de ceux à qui les Girondins iraient à présent la prétention de les attribuer. Comme Robespierre aurait eu beau jeu à retourner Taccusation contre ses adversaires! mais en déclinant toute solidarité dans ces événements, il se montra généreux, s'inspira uniquement de' sa conscience, et donna, je persiste à le dire, la seule explication véritable, celle qui restera vraie devant rhisloire.
Son dénonciateur, en des termes violents et outrageux dont on a la satisfaction de ne pas trouver d'équivalent dans sa réponse, lui avait reproché d'fltoîr conthiuellement tourmenté , méconnu et outragé le Corps législatifs espèce de figure oraljoire, disait Robespierre, par laquelle Louvet travestisait deux pétitions qu'au nom du conseil général de la commune il avait eu mission, lui Robespierre, de présenter i TAssemblée législative. Nous avons parlé dans notre précédent livre des trois occasions où Robespierre avait été chargé d*exprimer des vœux au sein du Corps législatif, deux fois par la commune, une fois par sa section. Une députation de la commune était venue un jour prier l'Assemblée de supprimer le directoire du département, lequel, sur la proposition de Lacroix, avait été transformé en simple commission des contributions publiques. Le décret de TAssemblée ayant été dénaturé par le ministre de l'intérieur, la députation de la commune était revenue pour se plaindre, et à ce sujet Maximilien s'était trouvé accusé par Louvet, dont Tallégation avait été soutenue par Lacroix, d'avcHf fflenacé le Corps législatif du tocsin, s'il n était pas fait droit aux prétentions de la commune. Robespierre, tenant à ne laisser sans réponse aucune des inculpations de son accusateur, réfuta vivement celle-ci; comme on Ta vu déjà, Lacroix s'était trompé. Quelqu'un, en effet, dans UQ moment d'humeur avait tenu le propos imputé à Maximilien, propos assez compréhensible d'ailleurs au lendemain même d'une révolution violente, mais lui-même en avait sur-le-champ blâmé l'auteur. Un ancien membre de l'Assemblée législative, nommé Renaud, étranger ata passions qui divisaient la Convention, se leva alors et dit : a J'atteste le fait que vient d'énoncer Robespierre (1). »
0)Ce qnî n'avait pas empêché Brissol, tant il j avait vue toacbante eatente entre ^ Girondins pour calomnier Robespierre, d*éerire dans son facttrai : « Un jour il *^iiAÇa de faire sonner le tocsin . » Toycz ce libelle de Brissot dans VBhloire parle- •«'airf, t. XX, p. 135.
Cet incident vidé {!), il avait à répondre k un autre reproche, celui d'avoir dénoncé, le jour même des massacres, quelques hommes du parti de Ja Gironde qu'il supposait vendus à Brunswick et dont, avait insinué Louvet, il aurait voulu compromettre la sûreté. Nous avons rapporté plus haut ses explications siclaires à cet égard, nous passerons donc rapidement. « J'ai déjà, d dit-il, « répondu à cette infamie en rappelant que j'avois cessé d'aller à la commune avant ces événements qu'il ne m'étoit pas plus donné de prévoir que les circonstances subites et'extraordinaires qui les ont amenés (2). » En dénonçant, après beaucoup d'autres membres, dans la soirée du 2 septembre et non pas du l®^ un parti puissant vendu à Brunswick, avait-il indiqué nommément quelqu'un? Cela est au moins douteux. Ses paroles n'ont pas été recueillies ; et le procès-verbal de la commune, déjà cité par nous, mentionne son discours en trois lignes (3), Peut-être désigna-t-il Carra et Brissot; nous avons dit pourquoi; mais on sait quel démenti énergique, non relevé, il donna à Vergniaud le jour où ce dernier lui
(1) Le Moniteur est muet sur cet incident. Vojez le Journal des débats et des décrelt de la Concention^ numéro 48, p. 82. D^^aprcs Robespierre, la vérité de son récit Tut aussitôt attestée par plusieurs membres de PAssemblée législative, députés à la Convention. Lettre de Robespierre à ses commettans^ numéro 4, p. 180.
(2) C'est ici que M. Michelet, avec sa légèreté habituelle, accuse Robespiemd'avoir menti pour la seconde fois ; et cela parce que, repoussant avec horreur cette insinuation de Louvet qu'il avait voulu compromettre la sûreté de quelques députt^s en les dénonçant durant les exécutions, Robespierre avait répondu à cette infamie eu rappelant qu'il avait cessé d^aller à la commune avant ces événements, — > ce qui était vrai, — et que rien n'avait pu les lui faire prévoir. A quoi donc a pensé M. Michelet en insinuant que Robespierre avait voulu dissimuler sa présence à la commune dsos les soirées du 1" et du 2 septembre? (t. IV, p. 482.) C'est, en vérité, par trop naïf I M. Michelet s'iroagine-t-il que les 288 membres du conseil général Teusscnt attendu pour donner un démenti à Robespierre? Celui-ci vint à la commune le 1" septembre pour y donner lecture d^uue adresse aux quarante-huit sections, dont la rédaction luiavtit été confiée ; il revint le 2, parce que ce jour-là la gravité des événements lui fit un devoir d'êtipe à son poste de conseiller; mais tout nous porte à croire qu'au moment où, «près quelques autres membres, il parla, lui aussi, d'un parti puissant qui projetait de mettre Brunswick sur le trône, il ignorait encore les exécutions que, d'après sa propre déclaration, il n'apprit que par le bruit public et plus tard que la pins gitudc partie des citoyens. Ce jour-là, en effet, l'assemblée électorale avait commencéses opérations; et à partir du lendemain Robespierre cessa de fréquenter le eonseii général pour se consacrer tout entier à ses fonctions d'électeur. ,'Voyez aussi la discussion lumineuse de M. Louis Blanc. Histoire de la Révolution^ t. VII, p. 373 et 374.
(H) M. Michelet est d'avis « qu'il ne nomma pas » (p. 477). Pourquoi donc écrit-il plus loin que « durant les exécutions, il vint, dénonça et de la langue égorgea ses ennemis » l'p. 481) ? Ces contradictions sont familières à M. Michelet. Hélas! quel malt de la plume, il a fait à cet illustre Robespierre !
Ab ! malheur k l'apAtrc et mallieur au tribun 1
Et voyez la justice de M. Michelet! Ces cris de fureur déchaînés contre Robespierre par les Girondins : À la guillotine, Robespierre / et les poignards invoqués par Jjouvet, il B^est bien^gardé d'en dire mot, lui qui à chaque page revient sur cette dénonciatioa d'un parti vendu à Brunswick.