‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 222 sur 314 · UVRE IX. — ADMIRABLE REPONSE A LOUVET · texte numérisé non relu

UVRE IX. — ADMIRABLE REPONSE A LOUVET

reprocha d'avoir incriminé la plupart des membres de la Gironde. Et quand l'impudent Louvet, qui de son propre aveu n'assistait plus aux séances du conseil général, lui prêta, dans cette réplique dont la Convention refusa d'entendre la lecture, une phrase où se trouvent inculpées la Gironde en masse et la commission des Vingt-et-un tout entière , il commit un abominable mensonge (1) ; mais c'était un moyen de grossir le nombre des ennemis de Robespierre.

Revenons à cette magnifique défense dont la fin est empreinte d'un caractère de grandeur qui acheva de subjuguer la Convention. Robespierre ne pouvait manquer, en passant, de dire un mot ni du dernier rapport de Roland, signal de cette levée de boucliers contre lui, ni de cette lettre énigmatique gauchement présentée, disait-il, à la curiosité de l'Assemblée, lettre anonyme dont on connaissait Fauteur, ce vil Marcandier, ni de tous ces journaux, pamphlets et libelles distribués à grands frais dans toutes les communes par les soins du ministre de l'intérieur. « 0 homme vertueux, homme exclusivement, éternellement vertueux, où vouliez-vous donc aller par ces routes ténébpeuses? Vous avez essayé Fopinion... Vous vous êtes arrêté, épouvanté vous-même de votre propre démarche... Vous avez bien fait; la nature ne vous a moulé ni pour de grandes actions, ni pour de grands attentats... Je m'arrête ici moi-même, par égard pour vous... Mais une autre fois examinez mieux les instruments qu'on met entre vos mains... Vous ne connoissez

(1) Dans sa brochure À MaximUien Rohtsfiierre et à ies royalistes, Louvet qui, de r^pe, a perdu tout à fait la tfite, place à la date du !•' septembre la scène qui n'eut lieu que le 2 au soir à la commune. Le 1" septembre il ne fut question ni de Bruns- Tfick ni de ses partisans, comme dn peut s'en rendre compte par le procès-verbal da la commune. Voici maintenant les paroles que Louvet, qui n'assistait pas à la séance, met dans la bouche de Robespierre : c Personne n'ose donc nommer les traîtres ? eh bien ! moi, pour le salut du peuple, ie les nomme. Je dénonce le Itbertioide Bris* sot, la faction de la Gironde, la scélérate commission des Yingtret-un de T Assemblée nationale Je les dénonce pour avoir vendu la France à Brunswick et pour avoir reçu d'avanoe le prix de leur lâcheté. » Combien Louvet, homme d'imagination et menteur passé maître, dut regretter de ne pas avoir inséré ce petit discours dans sa première Ro^Mpterrûle / (P. 42 de sa brochure, éd. de Tan IlL) Un historien de nos jours, si Ton peut appeler de ce nom un véritable pamphlétaire, M. Mortimer Temaux, a, sur la foi de Louvet, attribué ces paroles à Robespierre. Mais M. Mortimer Temaux, qai n'y regarde pas de si près, qui ne distingue pas les assemblées de section ordinaires, des assemblées de section fonctionnant comme assemblées primaires, ne s'est pas aperçu que Louvet avait positivement confondu la séance du !«■' septembre avec celle du 2, et il a fait, lui, un double emploi. Après avoir montré Robespierre prononçant, le l«', les paroles citées plus haut, il lui fait tenir le lendemain un langage identique. Maintenant, ce qui est plus grave, M. Mortimer Temaux se garde bien d'indiquer la source impure où il a puisé ces paroles, en sorte que le lecteur de bonne foi peut croire qu'il lésa trouvées dans un document authentique, et non dans un libelle plein de 6el et de boue. Nous avons donc raison de dénier à cet écrivain le titre d'iiistorien, et après avoir signalé chez lui des supercheries ou des erreurs capitales, nous croyons devoir dédaigner de nous occuper désormais d^nne œuvre qu'il est impossible de prendre au sérieux.

pas l'abominable histoire de rhomtne à la missive énigmatlque; cherdiez-la, si vous en avez le courage, dans les monumens de la police... Vous saurez, un jour, quel prix vous devez attacher h la modération de l'ennemi que vous voulez perdre. Et croyez-vous que si je vouloîs n'abaisser à de pareilles plaintes, il me seroit difficile de vous présenter des dénonciations un peu plus précises et mieux appuyées? Je sais qu'il y a loin du dessein profondément conçu de commettre un grand crime à certaines velléités, à certaines menaces de mes ennemis dont j'aurois pu faire beaucoup de bruit. D'ailleurs je n'ai jamais cru au courage des médians. Mais réfléchissez sur vous-même, et voyez avec quelle maladresse vous vous embarrassez dans vos propres pièges... Vous vous tourmentez depuis longtemps pour arracher à l'Assemblée une loi contre les provocateurs au meurtre; qu'elle soit portée, quelle est la première victime qu'elle doit frapper? N'est-ce pas vous qui avez dit calomnieusement, ridiculement, que j'aspirois à la tyrannie? N'avezvous pas juré par Brutus d'assassiner les tyrans? Vous voilà donc convaincu, par votre propre aveu, d'avoir provoqué tous les citoyens à m'assassiner. N'ai*je pas d^à entendu, de cette tribune même, des cris de fureur répondre à vos exhortations? Et ces promenades de gens armés qui bravent, au milieu de nous, Tautorité des lois et des magistrats! Et ces cris qui demandent les létes de quelques représentants du peuple, qui mêlent à des imprécations contre moi vos louanges et l'apologie de Louis XVI ! Qui les a appelés ! qui les égare, qui les excite? Et vous parlez de lois, de vertu, d'agitateurs!...

« Mais sortons de ce cercle d'infamies que vous nous avez fait par* courir, et arrivons à la conciusion de votre' libelle.

« Indépendamment de ce décret sur la force armée que vous cherchez i extorquer par tant de moyens, indépendamment de cette loi tyranntque contre la liberté individuelle et contre celle de la presse, que vous déguisez sous le spécieux prétexte de la provocation au meurtre, vous demandez pour le oûnistre une eq[)èoe de dictature militaire, vous demandez une loi de proscription contre les citoyens qui vous déplaisent, sous le nom d'ostracisme. Ainsi, vous ne rougissez plus d'avouer oavertemeirt le motif honteux de tant d'impostures et de machinations; ainsi^vous ne parlez de dictature que pour rexercer vaus-mème sans aucun frdn; ainsi, vous ne parlez de proscriptioii et de tyrannie qwe pour proscrire et pour tyranniser ; ainsi, vous avez pensé que pour &îre de la Convention nationale l'aveugle instrumoit de vos coupables desseins, il vous sufiiroit de prononcer devant die un roman bien astucieux, et de lui proposer de décréter, sans désemparer, la perle de la liberté et son propre déshonneur! Queioe

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