‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 223 sur 314 · LIVRE IX. AI»IUIUBL£ lUî^PONSE A LOUVET · texte numérisé non relu

LIVRE IX. AI»IUIUBL£ lUî^PONSE A LOUVET

reste-^trÂl k aire coalre des accusaleurs qui s'accusent eux-mêmes?., n Et alors, terminaat avec une sorte de pitié dédaigneuse dont resta mortellement blessé l'orgueil des Girondins, il disait : a Ensevelissons, s'il est possible, ces méprisables manœuvres dans un éternel oubli. Puissions- nous dérober aux regards de la postérité ces jours peu glorieux de notre histoire, où les représentans du peuple, égarés par de lâches intrigues, ont paru oublier les grandes destinées auxquelles ils étoient appelés. Pour moi , je ne prendrai aucunes conclusions qui me soient personnelles; j'ai renoncé au facile avantage de répondre aux calomnies de mes adversaires par des dénonciations plus redoutables. J'ai voulu supprimer la partie offensive de ma justification. Je renonoe à la juste vengeance que j'aurois le droit de poursuivre contre mes calomniateurs. Je n'en demande point d'autre que le retour de la pait et de la liberté. Citoyens, parcourez d'un pas ferme et rapide votre superbe carrière. £t puissé-je, aux dépens de ma vie et de ma réputation même, concourir avec vous à la gloire et au bonheur de notre commune patrie (1)1 j>

Tel était ce discours magistral, véritablement magnifique. Nous avons dû Tanalyser avec quelques développements et en mettre d'assez longs extraits sous les yeux de nos lecteurs, parce qu'il est le véritable point de départ de l'influence de Bobesjpierre sur la Convention. Les Girondins, on ne peut se le dissimuler, s'étaient imaginé qu'ils auraient fadlement raison de lui ; il avait eu beau se tenir à l'écarX depuis l'ouverture de la Convention, son nom seul inquiétait leur ambition. Mais le jour où ce vieil athlète de la liberté, — si jeune encore! — entreprit de se défendre, il les écrasa. A leur exaspération on va juger coipbien grande fut leur déception.

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Robespierre avait quitté la tribune au .milieu des pins vives -acclaaatioas. On demandait à gcands cris ^impression de son discours et

.'1) Le Moniteur du 6 novembre 1792 et le Journal des débats et </*•» dtcrats de la Convention, numéro 48, reproduisent à peu près in extenso le discours do Robespierre, BHUB imsc des inexactitudes et des variantes assez graves. Voyez le discours imprimé par <adre de la Convention^ Jléponse èe Maanmilim Bobespisrre à l'aoeusation de J.-B. tour et (de rimprimerie nationale, 1792, in-8«» de 2(i). Voyez également les Lettres de M. Kdbesfierre à ses roniTnf//on«, numéro 4, p. 115 îi 186. Ce discours a été reproduit <ians VHistoire parlementaire ^ t. XX, p. 198, et dans les œuvres recueillies par Laponneraye, t. II. p. 185.

renvoi aux quatre-vingt-trois départements. La Convention, presqtfà Tunanimité, — tant la Gironde avait perdu de terrain en quelques heures l — vota Timpression. Le discours de Loiivet ayant été tiré à quinze mille exemplaires, Merlin (de Thionville) aurait voulu qu'on enjoignit au ministre de Tintérieur d'avoir à répandre celui de Robespierre à un chiffre égal, dans toute retendue de la République, ce dont se gardera bien Roland. Il était temps cependant de clore cette discussion; un grand nombre démembres réclamèrent Tordre du jour. C'était là précisément ce que redoutaient les Girondins.

Louvet s'élance à la tribune, on refuse de l'entendre. Tandis que Saint-Just, Jean-Bon Saint-André, Manuel et Garnier s'inscrivent pour parler en faveur de l'ordre du jour pur et simple, Pétion, Delaunay, Barère, Buzot et quelques autres demandent la parole, les uns sur, les autres contre. — Je vais répondre à Robespierre, s'écrie Louvet, qui, furieux, s'obstine à rester à la tribune. — Vous répondrez dans la SerttinelUy lui crie-t-on. — Mais Louvet, inébranlable, demande à parler contre le président. Ce n'était plus son ami Guadet. Surpris, le président consulte l'Assemblée pour savoir si elle veut entendre Louvet; à une très-grande majorité elle décide qu'il ne sera pas entendu.

Barbaroux, de son côté, se démenait comme un possédé. Il criait, gesticulait. Ne pas consentir à l'entendre, c'était le réputer calomniateur. Il voulait descendre à la barre, signer sa dénonciation, la graver sur le marbre. Voyant ses efforts demeurer infructueux, il use d'un stratagème qu'il croit ingénieux, quitte sa place et se rend à la barre où il réclame la parole. comme citoyen. Mais il est accueilli par des miu'mures et des rires; on ne le prenait plus au sérieux. Cependant Véquivoque Barère, suivant l'expression de Robespierre qui le connaissait bien (1), était à la tribune. On se tromperait étrangement si l'on s'imaginait qu'il vint en cette circonstance prêter aide et assistance à Robespierre. Barère était toujours du parti des forts, et la Gironde était encore toute-puissante. Ce fut au contraire pour essayer d'amoindrir la victoire de Robespierre qu'après des considérations presque injurieuses pour lui, il proposa un ordre du jour motivé sur ce que la Convention ne devait s'occuper que des intérêts de la République. Ainsi ce n'était plus l'accusation enterrée sous l'ordre du jour pur et simple; on semblait mettre tes parties dos à dos.

Pendant ce temps Barbaroux était resté à la barre, soutenu par Lanjuinais devenu l'un des coryphées du parti. Une virulente apostrophe de Couthon parvint seule à l'en déloger, et, tout confus, il re-

(l) Ltkrts de M. Robespierre à ses commettans, numéro 8, p.. 3ô6.

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