‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 226 sur 314 · LIVRE IX. — PÉTION SE JETTE DANS LA MÊLÉE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — PÉTION SE JETTE DANS LA MÊLÉE

pressé son bras (1). La plus simple délicatesse, son devoir de galant hoaune, lui commandaient une expresse discrétion sur unfaitsemblable» s'il était vrai. Mais comment croire qu'en un pareil moment, en de si tristes conjonctures, sous les yeux de son frère humilié et de sa bellesœur dévorée par les larmes, une jeune princesse, élevée décemment, ait pu se laisser aller à de si grossières pensées? La supposition de Pétion nous paraît donc tout à fait gratuite et insensée ; et, en se van* tant, par une fatuité béte, d*avoir été l'objet des avances d'une fille de France, Jérôme Pétion s*est couvert d'un ridicule immortel.

Un pareil homme devait être facilement le jouet et l'instrument d'une eoterie. On le prit, sans nul doute, par Tamour-propre. Aussi bien il gardait à Robespierre une rancune mal dissimulée de ce qu'il ne lui avait pas été préféré par les électeurs de Paris. On a vu comment, n'ayant pas été élu au premier tour de scrutin, il avait décliné l'honneur de représenter la capitale à la Convention. Cette rancune, à coup sûr, ne fut pas étrangère à son alliance avec les gens de la Gironde, car, député de Paris, il n'eût pas fait chorus avec la bande de ceux qui ne cessaient d'aboyer contre les représentants de la grande cité. Il accepta donc un rôle dans la petite conspiration ourdie contre Robespierre, et comme on fondait un grand espoir sur sa popularité, encore assez bien assise, on le réserva pour frapper le coup de la fin. Heureusement pour lui, le triomphe imprévu de Robespierre lui épargna Todieux d'avoir à lui porter le coup de pied de l'âne (2).

N'ayant pu prononcer son discours à la Convention, il se dépécha de le faire imprimer et de le publier en le faisant suivre d'une lettre à la société des Jacobins, où toute l'amertume de son cœur se condensait, comme la pensée intime se réserve pour le post-scriptum. Qui avait lu les rapports de Roland et de Buzot,lepremier hbellede Louvet, connaissait d'avance le discours de Pétion. A un éloge tempéré du conseil général

(1) L'original de cette relation est aux Archives, section administrative, F. 7, 4385. Kn voici un extrait : « Madame Elisabeth me fixoit- avec des yeux attendris... Nos yeux se rencontroient quelquefois avec une espèce dUnteUigence et d'attraction. Nos bras étoient enlacés, le mien touchoit vers son aisselle. Je sentois des mouvemens qui se précipitoient... Les regards de madame Elisabeth me sembloient plus touchans... Je puis me tromper; mais je pense que si nous eussions été seuls, elle se seroit laissée aller dans mes bras, et se seroit abandonnée aux mouvemens de la nature, etc. »

(2) Voici, d'après Camille Desmoulins, quelle avait été l'attitude de Pétion pendant la fameuse séance du 5 novembre: c J'observai Pétion, et je le dis avec regret pour l'honneur du genre humain, au milieu de cette éclatante justification de son collègue, il paroisBoit crucifié de son triomphe, et après Louvet et Buzot, c'est lui qui m'a semblé souffrir davantage des applaudissemens donnés à Robespierre, et je ne crois pas <ta*Amaii, tenant la bride du cheval de Mardochée, fit une plus mauvaise figure. » {fiétolutioM de France, etc, numéro 25.)

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qull avait baudé, disait Robespierre^ comme Achille boudait les Greoi^ il fiiélait les déclamations ordinaires de ses nouveaux alliés couU^ h vaillante commune. Répudiant toute espèce de solidarité avec te hommes de Septembre, il s'atlribuait modestement tout ce qui s'étak fait de grand et de bien dans la Révolution, au 20 juin, au 10 août. No» avons déjà dit dans notre précédent 'livre comment RobeepieiTe vépoo^ dit à cette partie du discours de Pétion, et le railla sur ses prétenlioas. Quant aux projets de dictature attribués à son ancien ami, Pétion n'f croyait aucunement. < Je ne puis me persuader que cetie chimère ait sérieusement occupé ses pensées, qu'elle ait été l'objet de ses désirs, le but de son ambition (1). > Alors pourquoi donc venir appuyer après coup, d'un long paiopklet, une accusation qu'on reconnaît sans fondement. Ah ! c'est qu'il fallait aux yeux du pays tout entier déconsidâ^r Robespierre. £t, Pétion aidant, on le présentait à tous comme un être fionbrageux et dâiant, au tempérament bilieux, à l'imagination atrar bilaine, oomme un être apercevant partout des complots, des trahisons, des [ffiécipioes^ n'écoutant que lui, ne supportant pas la contranétë, ne pardonnant jamais à qui avait pu blesser son amour-piropre, ne convenant jamais de ses torts, dénonçajiit avec légèreté, s'irritant du plus lé-' ger soupçon, ne iConoaissant point les convenances, voulant par-dessus tout les faveurs du peuple, cherchant avec affectation les apjdaudissemenls de la multitude, vantant ses services enfin ^ parlant de lui avec peu de réserve (2). Et c'est Pétion qui s'exprimait idnsi, le modeste Pétion qui quelques pages plus loin se flattait d'avoir sauvé plus d'une fois Paris. La kyrielle éUiit longue, comme on voit, et Dieu sait si elle sera ressassée plus tard par kfi survivants de la ûir(»ide^ par ceia-la mêmes que Rûbeis|ûecre arrachera à Téchafaud, par les Thermidodens et toute leur ségu^le.

Mais ce n'était pas tout : dans la lettre insérée à la suite de son libelle, Pétion, obéissant au mot d'ordre de la coterie, se donnait le ridicule d'accuser Robespierre de lâcheté pour ainsi dire; il le montrait tremfolanl;, roulant fuir, n^osant se montrer à TAssemblée : et à son tour il se vantait de l'avoir arraché à la persécution en s'attachaota son fiort. Geftte fois ce n'était plus Busot qui avait la gloire de sauver ce malheureux jeune homme. On ne fut pas peu surpris aux Jacobins^ où l'on avait été iéraorn de l'héroïque attitude de RobespierX'e, d'apprendre

(1) Page 21 an fiimwrt de Pétion,

(2^ Page 20. iie Biscoun dt Jtrâmg PéHtm «ur Vcujeutation inêentte Aonlrs < IMfjpterre, devenu trëg-rare, forme vn in- 8» de 28 pages. De l'impriinfiâe de C-F- Patria, imprimear fle la oomnrane. On le trouve 'dais VSittoin •porl—nintff» t. XXI, p. 98.

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