‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 23 sur 314 · LIVRE VI. — RËPO.VSE K BUUZAT · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — RËPO.VSE K BUUZAT

asâ regarder comme résolue une question encore indécise, celle de la goerre. Mais, si en effet elle était résolue dans le sens de Taction, œ serait pour le malheur du pays, s'était écrié Robespierre, qui s'était empressé de monter à la tribune pour répondre à Biauzat. La Jéciaratioa du roi devait être, selon lui, Tobjet du plus mûr examende hpartderAssemblée nationale.il ne s'agissait donc pas de savoir si le monarque était digne de plus ou moins de confiance, il s'agissait de décider la paix ou la guerre par la pression de L'opinion publique.

£i certes, s'il est un noble spectacle au monde, c'est celui d'un grand peuple discutant solennellement, et en pleine liberté, une afiaire rehli?eases plus chers intérêts. On peut essayer de persuader aux na* tions esclaves qu'il est indispensable de confier aux gouvernements le soin de trancher cette question vitale de la paix ou de la guerre, que le secret le plus absolu est nécessaire, et qu'elles ont tout à gagner à &e réveiller un beau matin avec le fardeau d'une guerre sur les bras, sans ayoir été appelées à donner leur avis; les nations libres entendent les choses autrement, et, laissant de côté la prudence imaginaire et les précautions machiavéliques des despotes, elles estiment que tous les poiots d'intérêt publie doivent être livrées à la discussion des <%eDs. Ainsi pensait Robespierre, relativement à la question de la P^ et de la guerre. « Je déclare, moi, » disait-il avec fermeté en répoDdaDt à Biauzat, « que je la discuterai selon ma conscience et le seotimeat impérieux de ma liberté. » Il n'accordait ni aux partisans de lacoor ni aux ministres le droit de toucher à sa liberté à cet égard;, iBûs, ajoutait^l, « je leur donne la permission illimitée de me calomnier, moi et tous les bons citoyens, autant qu'ils le trouveront convenable à leurs intérêts. » Danton appuya de sa grande et forte voix les Pvolesde Robespierre, et la société décida à l'unanimité la continuaûûa de la discussion (1).

Sris8ot n'avait pas parlé encore. Un discours de lui était attendu coomean oracle, car, malgré sa réputation compromise, il était par- ^ena à prendre sur l'Assemblée législative une influence considérable, e& d^à il était regardé comnve le chef de ce groupe d'hommes connus^ % le nom de Girondins,, et qui se grossit peu à peu d'une foule de S^ aux opinions les plus diverses. Nous avons parlé de sa réputation, ^^^'^'foiaise, et, en effet, quelle que soit la sympathie qu'on puisse. Vniuver pour un homme dont on ne saurait contester, je le veux "i^iQile talent, ni même le patriotisme, il est impossible de nier ses ^^■^ents fâcheux, ses liaisons à Londres avec des libellistes gagés,

0) JMmal det débats de la Société det Amià de la ConstUution, manâso 111.

écrasés de mépris, et enfin certains actes de sa vie passée auxquels sa récente polémique avec le pamphlétaire Morande avait donné beaucoup trop de retentissement. Malgré cela, il n'en était pas moins Tâme de ce parti remuant dont Tambition égalait largement le patriotisme, et dont les membres furent, à un autre point de vue, bien plus soupçonneux que le glorieux tribun auquel ils allaient tant reprocher ses défiances. Je n'aime point à procéder par suppositions, mais quand on voit, à un certain moment, les Girondins disposer, pour ainsi dire, en faveur de leurs créatures, de toutes les places laissées par la constitution à la discrétion du roi ; quand on lit surtout ce qu'a écrit à ce sujet une femme que ses liaisons bien connues avec Narbonne ont mise à même d'apprécier leur tactique et ont rendue témoin de leurs prévenances pour un ministre que le choix de son cœur avait donné à la France (1), il est bien permis de croire que, s'ils ont beaucoup aimé la patrie, ils ont aussi beaucoup aimé le pouvoir, et que dans la guerre ils ont cherché surtout un moyen de satisfaire leur ambition et de consolider leur influence.

« La guerre, la guerre! » écrivait Brissot dans son journal, le 15 décembre. Tel était, suivant lui, le cri de tous les patriotes français, le vœu de tous les amis de la liberté, dont il voyait déjà le drapeau sacré flotter sur les palais des rois, sur les sérails des sultans, sur les châteaux des tyrans féodaux, sur les temples des papes et des muphtis (2). Cependant ses vœux n'allaient pas alors au delà de ceux des minisUres, et ce ne fut pas une déclaration de guerre contre les rois qu'il vint le lendemain soir proposer aux Jacobins; il se contenta de leur demander d'appuyer Narbonne, dont il avait combattu les injustes préventions contre les patriotes opposés à la guerre. « Je viens, » dit-il, « défendre la proposition de la guerre contre les petits princes allemands. » Tout le mal, suivant lui, était à Coblentz. Il voulait bien rendre hommage aux intentions droites et patriotiques de ceux qui soutenaient un système contraire au sien, mais il prenait l'engagement de détruire jusqu'à la dernière de leurs objections. Loin de se méfier de la cour, il disait : < La défiance est un état affreux ; » et il ajoutait : « Vous avez voulu la guerre, le pouvoir exécutif va la déclarer, il fait son devoir, et vous devez le soutenir quand il fait son devoir. En le soutenant, il vous reste à le surveiller, et s'il vous trahit, le peuple est là. Il nous crie sans cesse : l'union! l'union! Eh bien!

(1) Madame de Staël. Conêidérationt tur la Rétolution françaii$ (t. II de la 3* édition, p. 30).

(2) Voyez le PatrioU françoU, numéro 857.

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