‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 230 sur 314 · UVRC IX. — INCROYABLES MANOEUVRES DES GIRONDINS · texte numérisé non relu

UVRC IX. — INCROYABLES MANOEUVRES DES GIRONDINS

Sourds à cet appel à la^conciliation qui était comme le couronnement de la réponse de Robespierre à Louvet, les Girondins redoublèrent de ftireur, exaspérés par le triomphe de leur adversaire. Il est indispensable, pour renseignement des générations futures, de tracer avec quelque soin le tableau des incroyables menées auxquelles ils se livrèrent tant que Roland resta au ministère de l'intérieur et qu'ils purent, dans un vil intérêt de coterie, disposer des fonds mis à la disposition de leur ministre chéri. Les moyens ne leur manquaient pas : presque tous les journaux leur appartenaient; quelques-uns gardaient une sorte de neutralité entre eux et ce qu'on appelait la Montagne, pour laquelle un très-petit nombre seulement avaient pris hautement parti. Il ne faut pas demander s'ils cherchèrent à acheter les feuilles publiques qui, depuis le commencement de la Révolution, avaient acquia le plus d'influence : nous en avons la preuve dans une note des Révolutions de Paris. Ce journal refusa fièrement de se vendre, maïs il ne se prononça ouvertement ni pour ni contre les Girondins auxquels il s'efforça quelquefois d'être agréable (1). Hébert lui-même, le journaliste de la démagogie, le rédacteur à jamais fameux du Père Duchtsne^ ne fut pas, si Ton peut s'en rapporter à sa parole, à l'abri des sollicitations girondines ; lui aussi, on essaya de le corrompre et de l'enrôler dans le parti. Il vint avec indignation déclarer à la Société fraternelle que le ministre Roland lui avait fait proposer de rédiger son journal dans les principes ministériels, s'engageant à en prendre chaque jour mille à quinze cents exemplaires (2J. Dubois-Crancé affirma de son côté, dans une lettre adressée à ses commettants, lettre qu'il avait lue au sein de la société des Jacobins, et dans laquelle il prenait chaudement la défense de Robespierre contre tous ses calomniateurs, affirma, dis-je, tenir d'Hébert que le ministre de l'intérieur avait offert au Père Duchestie de prendre chaque

(1) RétoliUions de Paris^ numéro 169. Voici en quels tenues Prudhomme s^exprima AU sujet de la tentative dont son journal fut Pobjet : « ?lusieurs membres de la Convention, redoutant déjà pour eux et leur parti la sévérité du Journal des BévolutionSt et se disant autorieée par une portion du pouvoir exécutif provisoire^ ont osé me proposer de céder mon journal sous la condition qu'il porteroit toujours mon nom. On ne m*eût pas fait un plus grand outrage si on flit venu me proposer de me vendre moi-même en personne. » (Voyez cette citation dans VHiatoire parlementaire, t. XX, p. 52.)

(2) Déclaration de Dufoumy au club des Jacobins. {Journal des débats et de la cor' rrspondanee,,,. numéro 297.)

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jour deux mille de ses feuilles s'il voulait dire du bien de lui, ce qui le faisait s'écrier : « Roland, Roland ! ton portefeuille ressemble à la boîte de Pandore (1). j>

En même temps les Girondins continuaient, à l'égard des membres de la Convention, leur système d'obsessions continuelles. N'ayant pu les entraîner en masse, ils crurent être plus heureux en agissant indivisduellement sur chacun d'eux. Les pièces que nous avons entre les mains suffisent pour prouver que les tentatives d'embauchage eurent lieu sur la plus vaste échelle. On ne se contenta pas d'agir sur les incertains, on entreprit aussi ceux qu'on savait depuis longtemps attadiés à Robespierre; là c'était une double victoire en cas de succès, et l'exemple de Pétion semblait un encouragement. Nous avons déjà cité un extrait d'une lettre de Guiter, député desPyrénéesr-Orientales, révélant les intrigues dont il avait été entouré en arrivant à Paris. Levasseur (de la Sarthe] qui, en entrant dans la Convention, confondait dans une égale admiration et une même reconnaissance patriotique Robespierre et Pétion, Guadet, Danton et Gensonné (2), fut aussi cir- "^nvenu de la plus pressante façon, c On a tâché de me prévenir, ^ dit-il lui-même, o contre la députation de Paris, contre Robe^ierre que j'ai toujours aimé parce qu'il est bon républicain. J'ai répondu : J'aime les Parisiens parce qu'ils sont patriotes, mais je ne les crains pas; mon chef de ûle sera les principes (3). » Caractère ferme, nature énergique, Levasseur n'était pas homme à se mettre à la remorque d'une coterie; mais les Girondins échouèrent également en s'adressant à un personnage fort équivoque, que plus tard les Thermidoriens trouveront beaucoup plus accommodant, l'avocat Durand de Maillane. Void en quels termes ce dernier raconta lui-même à Robespierre les avances qui lui furent faites : « Mon patriotisme n'a jamais perdu de vue les enseignes du tien, et j'ai quelque mérite d'avoir su m'y tenir et m'y rallier dans un temps où j'ai été vivement sollicité d'en suivre d'autres... Tu ne voulois pas de la première guerre, et j'étois bien de ton avis; je l'écrivis à Pithion dans le temps, en 1792, et je lui^parlois de toi dans ma lettre avec bien de l'affection, le priant de te la communiquer. Tu m'as appris qu'il n'en fit rien. Oh ! que ton caractère étoit supérieur au sien l Que ton désintéressement, avec la fermeté, la glorieuse indépendance qu'il te donne, te donne aussi d'avantage sur tous les ambitieux, sur tous-

(1) Lft lettre de DaboUkCmioé ae tnmve inaéite An» 1m iUOrwdi Jf. IkèêAiritut * «M comflwMofw, nimiéro 9, p. 418. YoyeB «omî U Jomnml ém débaU §1 de I9 corru^ ftondcMce...f numéio 310«

{2) Mémoireê de Bêné LefMUtmr, 1. 1, p. 90.

(3) Journal des débats et de la correfpondance de la société dei Jacobine^ numéro 879»

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