‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 231 sur 314 · LIVRE IX. — ONE LETTKE DE MIltAKD DE MAILLANE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — ONE LETTKE DE MIltAKD DE MAILLANE

les républicains à grandes et petites places, et pour eux et pour leurs amisl C'est ma pierre de touche... » Ce Durand de Maillane. après avoir presque cwistamment voté avec la Montagne jusqu'au 9 Thôrmidor, écrivit plus tard une prétendue Histoire de la Convention natio^ naUy qui n'est qu'une longue et lâche diatribe contre Robespierre. Noos laissons aux lecteurs de bonne foi à juger maintenant ce qu'elle vaut(1).

(1) Il est essentiel de mettre sons les yeux des lecteurs la lettre tout entière de Dnnnd de' Maillane, écrite pendant les plus sombres jours de la Terreur, en ventôse de l'an II, et quand ils l'auront lue, ils se trouveront suffisamment édifiés, je crois, sur la moralité de ceux qui ont le plus contribué à noircir la réputation de Robes- pierre :

« Je m'adresse à toi, mon cber et ancien ooUègue, avec toute la confiance que je n'ai cessé un seul instant, depuis 1789, d'avoir en tes lumières, en ta droiture et surtout dans la pureté et l'intrépidité de ton patriotisme, pour te conlier, comme dépôt, l'acte ci-joint. C'est à toi à le juger et à décider, en le jugeant, de sa destinée; car si tu ne trouves pas à propos de le communiquer au comité de Salut public, ou si ? tu veux attendra pour le faire, je to laisse à cet égard entièrement le maître , et je le dois parce -que je ne peux être au courant de la législation politique et révolutionnaire comme toi et tes collègues, membres de ce comité qui nous gouverne si bien.

« Tu sais ou tu dois savoir que sans que je te voie, sans que je te parle, je te suis entièrement attaché. Tes principes ont toujours été les miens. Passe-moi quelques dissonances dans certaines opinions. Je t'assure que mon patriotisme n'a jamais, perdu de vue les enseignes du tien ; et j'ai quelque mérite d'avoir su m'y tenir et m'y rallier dans un temps où j'ai été vivement sollicité d'en suivre d'autres. Dès le 6 de juin j'ai écrit au comité de Salut public pour l'engager à presser la constitution.. A 1» même époqu(;, lorsque les faux républicains de Marseille entrât noient tout un département dans la révolte, j'ai écrit contre eux, en faveur delà Convention, au maire de Marseille et à SoUier l'ex -constituant, ton frère, Ricord, Albite et N'ioche. Nos commissaires représentans ont eu les lettres sur les lieux, et en ont rendu ici témoignage'à leur venue, ainsi que des preuves qu'ils y ont recueillies de ma persévérancedans le vrai chemin de la liberté. Je fis plus alors, car je ne voyois de salut que dans la plus prochaine constitution. Je pressai Jac et d'autres députés du Gard, dont les troupes étoient au pont Saint-Esprit ; on avoit perfidement répandu le bruit que la Montagne ne vouloit pas de constitution. Je leur fis écrire le contraire, comme j*avois écrit, et nous avons su depuis que mes lettres n'avoient pas peu contribué ii désarmer les troupes fédéralisées et à grossir l'armée de Carteaux.

« Tu ignorois peut-ôtre cela quand tu as si bien parlé en faveur de ceux du côté droit qui n'ont eu qu'une erreur de suflFrage à se reprocher. J'ai toujours été aussi bien content de toi dans toutee les occasions où tu as parlé religion ; et cela me fait espérer que tu m'entendras sans peine, si ce n'est avec plaisir, dans l'écrit que je te soumets sur cette matière ; enfin, mon cher collègue, continue à défendre le faible, lliomme trompé, en n'épargnant ni les chefs des complots contre-révolutionnaires, ni les traîtres bien assurés. Tu ne voulois pas de la première guerre, et j'étois bien de ton avis; je l'écrivis à Péthion, dans le temps, en 1792, et je lui parfois de toi, dans, ma lettre, avec bien de l'affection, le priant de te la communiquer. Tu m'as apprise qu'il n'en fit rien. Oh ! que ton caractère étoit supérieur au sien ! Que ton désintéleisement, avec la fermeté, la glorieuse indépendance qu'il te donne, te donne aussi d'avantage sur tous les ambitieux, sur tous les républicains à grandes et petites placer et pour eux et pour leurs amis! C'est ma pierre de touche ; car si, dans mon obscurité^ je ne i arle pas, je juge, et je juge sans partialité et sans flatterie. J'ai des principes-

La coterie fut plus heureuse dans ses démarches auprès d'un homm qu'eu aurait cru plus solide et plus attaché à ses anciens principes. L'ex-constituant Anthoine, qu'on appelait Tami de Robespierre avec lequel il avait jusqu'alors marché de conserve dans la carrière de la Révolution, lui qui, à diverses reprises, avait furieusement dénoncé Brissot, et que, vers la fin de rAssemblée législative, on avait projeté aussi de mettre en état d'accusation, se laissa suborner au point de calomnier lui-même Robespierre. Acéusé un jour en plein club des Jacobins d'être le commensal de Roland et de dîner souvent avec les Brisso^ tinsj il donna à cette assertion un démenti formel (1); mais il ne put nier qu'il n'eût tenu contre Robespierre les propos les plus outrageants. Bourdon (de l'Oise) vint l'accuser publiquement de lui avoir dépeint Robespierre comme un tartufe, —mot des Girondins, — pour s'être introduit dans une maison respectable, dans la maison de Duplay, afin d'y vivre aux dépens de la famille; comme un homme qui ruinait la maison de ce citoyen, et rendait la vie dure aux enfants de Duplay (2). 11 était peut-être assez étrange d'entendre répéter, à la tribune d'une société politique, dés paroles, — si absurdes fussent-elles, — échappées dans une conversation particulière; mais à cette époque, ne Tonblions pas, la vie privée n'existait pas pour ainsi dire, et il semblait que tout le monde dût compte à la patrie de ses paroles et de ses actes les plus intimes. Or, si Robespierre, qui dans la vie privée se laissait

à moi qui ne tiennent ni aux événemens, ni aux premières formes. J'ai toujours été et je suis encore sans liaisons comme sans prétentions; je n'ai eu absolument en Tue, dans une députation, que le bien, que le triomphe de la vérité, de la liberté, de Tégalité, par les moyens qui m'ont paru les plus propres à cette belle fin. Bien des victoires m'ont consolé, m'ont réjoui. Mais qu'il seroit triste, après tant de combats, de traverses inutiles contre nos efforts, contre les tiens, d'échouer au port ! Apre» avoir terrassé les rois eu France, les nobles, le haut clergé, les parlemens, la féodalité, etc., craignons de nous en prendre à Dieu même, qui nous a aidés dans ces merveilleuses conquêtes. Lis cet écrit| et fais-moi, après, réponse, si tu le juges à propos. — Salut et fraternité.

t Dur AND-M AILLAS E, député,

c Rue Neuve-de-l'Êgalité, Cour des Miracles, c Paris, le 9 ventôse, Tan II de la République une et indivisible. »

Et maintenant qu'on ouvre YHistoire de la Convention, par ce Durand-Maillane, si Ton peut surmonter le dégoût qu^on en éprouve, et l'on y lira : « Robespierre, — qu'il appelle le lâche, — déclamoit contre la guerre dans laquelle Pétion, en bon politique, ne voyait qu'un sÛr moyen d'attacher les^Français à la liberté, 9 etc., etc., p. 49.

Durand-Maillane croyait alors sa lettre anéantie, et il ne se doutait pas qu'elle reparaîtrait un jour pour être un témoin vivant dans le grand procès que nous plaidons aujourd'hui. Cette lettre faisait partie de la collection Portiez (de l'Oise).

(1) Journal des débats et de la correspondance de la société des Jacobins^ numéro 331.

(2) Ibid., numéro 320.

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