‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 232 sur 314 · LIVRE IX. — ANTHOUIB CALOJINUNT ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — ANTHOUIB CALOJINUNT ROBESPIERRE

mener comme un enfant (t), était resté Tbôte de la respectable famille Duplay, c'était uniquement pour ne pas la chagriner par son départ* AnUioine savait cela mieux que personne. Un jour» cédant aux obsessions de sa sœur, Maximilien quittera pour un moment cette maison hospitalière ; mais il y reviendra presque aussitôt, ne pouvant pas plus désormais se passer de la famille Duplay qu'elle ne pouvait se passer de lui. Robespierre, d'ailleurs, n'avait consenti à y rester qu'à la condition de payer pension. Anthoine le savait très-bien, et il y avait certainement quelque chose de vil dans son propos diffamatoire; car lui aussi, comme ami de Robespierre, avait reçu dans cette maison une cordiale hospitalité. Mais ce n'est pas à nous de répondre, laissons ici parler la plus jeune des filles de Duplay, la femme vénérable que beaucoup d'entre nous ont connue, et qui fut la mère du savant Le Bas : « Ma mère nous voyait avec plaisir porter de l'amitié à Robespierre et à sa famille. Pour nous, nous l'aimions vraiment comme un frère; il était si bon I Lorsque ma mère nous grondait, il était notre défenseur. Pour ma part, il m'arrivait solivent d'être grondée, car j'étais jeune et un peu étourdie ; il me donnait de si bons conseils que toute jeune que j'étais, je les écoutais avec plaisir. Lorsque j'avais quelque chagrin, j'allais tout lui conter. Ce n'était pas un juge sévère, c'était un ami, un frère bien bon. Il était si vertueux, il avait pour mon père et ma mère tant de vénération, que nous l'aimions tous bien tendrement ! » De telles paroles n'ont pas besoin de commentaires (2j.

Tandis que les Girondins s'efforçaient d'enrôler individuellement dans leur faction quelques-uns des membres influents de l'Assemblée, ils continuaient dans les départements leur détestable propagande contre leurs ennemis particuliers. Et là se montrait bien dans toute sa noirceur leur insigne mauvaise foi. Non, ils ne rêvaient point le morcellement de la République en petits états; cette accusation, basée sur d'imprudentes paroles sorties de la bouche de quelques-uns d'entre eux, et qui deviendra contre eux une arme terrible, je la tiens pour mal fondée; seulement, afin de conserver le pouvoir, ils n'eussent pas hésité

0) Voyez à cet égard le témoignage de sa sœur. Mémoiru de Charlotte Robespierre^ \^ Manuscrit de madame Le Bas,

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à transporter tout aotre part qu'à Paris le siège du gouvemeoieiit; et quand ce pouvoir leor glissera des mains, ils jetteront à tous les échos de la France un cri de guerre civile qui, hélas ! ne sera que trop bieo entendu. Jamais hommes ne subordonnèrent autant qu'eux les grands intérêts du pays à leur ambition, à leurs rancunes, à leurs passions personnelles ; car, encore une fois, on ne doit pas l'oublier, et Diexk merci ! nous avons accumulé les preuves, cette guerre contre ce qu'on a appelé la Montagne, eux seuls la provoquèrent, la voulurent implacable, sans trêve ni merci, à mort

Il faut, pour apprécier leur conduite, se demander comment on jugerait aujourd'hui un gouvernement qui, mésusant de l'autorité pi»blique et des richesses dont il est le dépositaire, emploierait, pour écraser ses adversaires, TefFrayant système de calomnies imaginé par les Girondins afin de perdre ceux qui les gênaient. Maîtres de la plupart des Journaux de l'époque, ils s'en servaient pour égarer l'opinion. Le mensonge voyageait aux frais du gouvernement, comme le disait Robespierre, comblé c de caresses, de faveurs et d*assignats; » tandis que la vérité, obligée de se dérober aux regards jaloux de ce même gouvernement, avait à éviter à la fois les commis, les agents de la police et les juges (1). Chaque jour, du ministère de Tintérieur, partaient des ballots de journaux, de libelles et de pam{dilets; et bientôt les villes, les campagnes, les palais, les chaumières étaient inondés d'écrits dirigés contre Robespierre, présenté avec la plus noire perfidie comme un acolyte de Marat, dont, à dessein, on assombrissait encore la sombre figure. L'armée même n'était pas à l'abri de ces envois : un jour l'abbé d'Ëspagnac, arrivant de Belgique, annonça aux Jacobins que le libelle de Louvet y avait été distribué aux troupes sous le couvert du ministre de Tintérieur, et il témoigna tout son étonnement de ce que la réponse n'eût pas au moins été jointe à l'attaque (2).

Ces menées, ces calomnies répétées à satiété, entretenaient l'inquiétude générale, divisaient de plus en plus un pays qui aurait eu tant besoin d'union et de concorde. N'esl-il pas superflu de dire avec quelle facilité sont en général accueillis les plus grossiers mensonges? De temps à autre arrivaient aux Jacobins des adresses de sociétés affiliées qui, égarées par les libelles girondins, demandaient la radiation de Robespierre (3). Tantôt c'était la société des Amis de la liberté d'An-

(1) Lettres de M, Robespierre ^à ses commettansj numéro 6. Article intitulé : De* fapiers publics, p. 243.

(2) Journal des débats et de la correspondance .^ etc., numéro 312.

(3) Toutes oes adresses étaient sur un mode uniforme. On devinait tout de auite qui avait donné le ton. £n voici un échantillon : c Jacobins, le voile est déchiré, la fiu>

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