‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 234 sur 314 · LIVRE IX. UNE LETTRE D£ ROLAND A LA COMMUNE d'aRRAS · texte numérisé non relu

LIVRE IX. UNE LETTRE D£ ROLAND A LA COMMUNE d'aRRAS

bfique, reçoivent périodiquement de mes bureaux tous les imprimés qui sont à ma disposition. Plus vous m*avez fait connoitre pour votre commune le besoin d'instruction, plus je dois être affligé de la suspension que vous avez éprouvée, et plus je me flatte que vous recevrez avec plaisir Tassurance, que je vous réitère, de l'alimenter, par votre organe, des écrits les plus propres à l'éclairer et à la rallier autour des bons principes... Vous recevrez dès aujourd'hui une collection la plus complète possible (1 ) . »Et la Commune d'Arras recevait, en effet , trois exemplaires du compte rendu moral de Roland, sa lettre aux Parisiens, son rapport sur Fétat de Paris, et deux exemplaires de Taccusation de Louvet. On s'était gardé, bien entendu, de joindre à cet envoi la justification de Robespierre, imprimée cependant par Tordre de la ; Convention nationale. « Ce seul trait, » répondirent les représentants i de la commune d'Arras, « si nous avions pu penser un seul instant que I Robespierre, pauvre, opprimé, sans trésors, sans armée, ennemi de foutes les factions, aspirât à la dictature, cette gaucherie nous eût desâné les yeux et démontré jusqu'à l'évidence l'absurdité de l'accusation romancière de votre lecteur Louvet (2). » Et ce n'était pas seulement la commune d'Arras qui se plaignait, car les intrigues de Roland ne faisaient pas fortune partout. < Nous nous souvenons trop bien des Feuillans pour ne pas nous tenir en garde contre les intrigans, > écrivait une société affiliée (3); et une autre, celle de Fontenay, en Vendée, s'étonnait profondément de recevoir le poison sans le contre-poison {4}. On chercherait vainement dans l'histoire l'exemple d'une pareille conspiration de la part d'un parti contre la réputation d'un

(1) Lettre de Roland aux représenlans de la Commune d'Arras, imprimée avec la TépODse, in-8<* de 7 pages (de riraprimerie de Potiez de Lille). Robespierre jeuno donna lecture de la lettre de Roland et de la réponse des représentants de la cornorane d'Arras, dansla séance du lundi 7 janvier 1793, aux Jacobins. Ia société arrêta ^'il ferait fait mention honorable dans son procès- verbal de la conduite des administratenn du Pas-de-Calais, et, sur la proposition d'un de ses membres, elle arrêta Timpresticm de la lettre do Roland et de < la réponse immortelle » des concitoyens de Robespierre (Journal des débats et de la correspondance, etc., numéro 335). D'uU procès- verbal de Paasemblée des administrateurs d'Arras, en date du 17 janvier 1793, procès- Terbal que nous avons sous les yeux, il résulte que les administrateurs de la ville d'Arras, qui sans doute tenaient à ne point se brouiller avec le ministère de Pintélîeur, alors tout-puissant, ne sont point les signataires de la. réponse à Roland; mais, eomme le tit observer un membre, cette erreur n'était que le fait du journaliste Corsas, dans son numéro du 11 janvier, et il n'y avait pas à s^en occuper. La lettre deBoIand avait été adressée au C4)nseil général, et non point à Tadministration de la commune, c^était donc le conseil général qui avait répondu.

(2) Lettre de Boland et réponse, p. 5.

(3) Journal des débals et de la correspondance de la Société des Jacobins, numéro 298.

(4) P}id., numéro 30B.

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seul hommey auquel on eût été bien embarrassé d'adresser un giief fondé.

Mais, selon madame Roland» alors toute à Buzot, qui, en allumant dans son sein une passion irrésistible (1), Tavait aussi pénétrée àt fiel dont son cœur était gonflé, c'était là un en4>k)i bien entendu des fonds mis à la disposition de Roland pour répandre des écrits utiles. Son mari, a voue-t-^Ue, — et cet aveu est bien prétieux, ce me semble,— < profita des papiers publics alors en crédit, et les fît expédier gratis aux sociétés populaires, aux curés et aux particuliers zélés qui s'an* nonçoient pour désirer de concourir au bien de l'État (2). » N^est-il pas joli, en vérité, de voir le ministre Roland, dont les amis étaient si en-^ rages contre les prêtres, charger les curés de colporter la diffamatimi -contre l'honmie qui, presque seul, eut aux heures les plus somlnes le courage d'élever la voix en leur faveur !

Si invoquer le nom de la Providence était, aux yeux des GirondÛB comme Guadet, un véritable crime , ils ne dédaignaient pas, à l'occasion, comme on vient de le voir, de faire servir d'instrument à leurs passions les ministres d'un Dieu dont ils reprochaient à Robespierre d'avoir invoqué le nom, l'accusant assez niaisement de vouloir par li ramener le peuple sous le joug de la superstition ; on n'a point oublié la fameuse scène des Jacobins. Quel excellent moyen aussi l Qui donc, dans les campagnes et dans les petites villes, refuserait d'ajouter foi aux libelles des Louvet et des Brissot, aux écrits calomnieux des Gîrey- Dupré et des Gorsas, quand à des hommes simples de cœur et facilement enclins à la crédulité ces libelles seraient pieusement apportés par le curé de la paroisse? Ah ! ces Girondins étaient des gens d'esprit!

Tandis que leur ministre favori prenait ainsi pour agents ces pau*» vres serviteurs du culte qu'ils avaient rudement maltraités cependant, un des leurs, s'inspirant de Guadet, ne trouvait rien de mieux, pour expliquer les invectives dont son journal poursuivait Robespierre, que de lui imputer à crime capital d'avoir parlé de la Providence et de l'éternité. Ce serait à n'y pas croire si nous ne mettions les preuves mêmes sous les yeux de nos lecteurs.

(1) Voyez à oe anjet les lettres réceinment paUlées de madame Roland à Buiot

(2) Mémoires de madame Roland (édit. Barrière et Berville, t. Il, p. 5)).

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