‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 235 sur 314 · LIVRE IX. — UNE CUftlECSB EXPLICATION DE CORSAS · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — UNE CUftlECSB EXPLICATION DE CORSAS

II arriva un jour, en effet, qu'un très-honnête homme, — c'est Gorsas lui-même qui le qualifie ainsi, — abonné au Courrier des quatre-vingttrois départemens depuis l'origine de celte feuille, s'étonna profondément du brusque changement d'opinion de cette feuille à l'égard de Robespierre. Pendant près de trois ans, on le lui avait présenté ûomme le citoyen rectiligne, comme le pur des purs,- comme le patriote par excellence, bien avant qu'il fût question du patriotisme si Tante des Girondins ; et tout à coup le glorieux démocrate de la Constituante, rincomiptible, est ravalé au niveau d'un tribun vulgaire, 4'un agitateur de la pire espèce, d'un courtisan du peuple, d'un aspirant à la dictature; et cela précisément au moment où des gens de grand talent assurément, mais fort ambitieux, et dont on chantait les louanges naintenant au lieu de celles de Robespierre, avaient le pouvoir entre les mains et disposaient de toutes les places. Cela parut à bon droit infiniment louche au brave abonné, et il ne put s'empêcher de demander des explications au rédacteur du Courrier des quatre-vingt-trois éipartemens, Gorsas daigna répondre, et la réponse est vraiment superbe. € Robespierre ! » dit-il, « j'ai pu être sa dupe lors de l'Assemblée constituante, mais depuis très-longtemps mes yeux se sont dessillés. » Il prétend l'avoir entendu défendre Marat à la tribune des Jacobins. On connaît assez l'opinion de Robespierre sur l'Ami du peuple ; je n'ai point à y revenir. Mais là n'est pas le grand grief de Gorsas contre Maximilien : « Je l'ai pris sur le fait, parlant au peuple de la Providence; dès lors je me suis dit : Voilà Tartufe. » Il ne l'avait point jugé tel quand, au sein de la Constituante, Robespierre, avec tant de noblesse et de générosité, avait défendu la cause des ecclésiastiques 'tieax et infirmes. Alors, il est vrai, les Girondins, dont le patriotisme était encore à l'état d'incubation, n'avaient pas une foule de faveurs a distribuer aux journalistes bien pensants. Quel criminel que ce Robespierre! Dans un moment où, selon Gorsas, son empire de tribun déclinait, on l'avait entendu parler au peuple de la Providence et de i'éternité! « Qui osera démentir ce fait? » s'écria-t-il triomphalement (1). Nous ne savons si l'abonné du Courrier des quatre-vingt- ^ois àipartemens se trouva bien satisfait de cette réponse ; mais chez tout homme de cœur et de bon sens elle ne peut exciter que la pitié et indignation.

(I) Voyes le Courrier det qwUre-f)ingt-troi$ dêparttmenê^ numéros de« 14 et 20 novembre 1792.

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Vers cette époque s'agitait la grande question du procès de Louis XW. De tous les points de la France, depuis Touverture de la Convention nationale, — nos lecteurs le savent sans doute, — la mise en accusation du monarque déchu était impérieusement réclamée ; et par jugement, on entendait la mort. D'avance, on pouvait prévoir le sort du malheureux roi; sa mort était dans Tair.

A la fin du mois de novembre, on avait déjà entendu Timmense rapport de Valazé sur les crimes du ci-devant roi (1), et celui de Mailbe^ sur les questions relatives au jugement de Louis XVI (2), discours terribles qu'avaient accueillis des applaudissements d'un sinistre augure. Morisson, Saint-Just, Fauchet, Rouzet, avaient parlé tour à tour à des points de vue différents; mais on était arrivé au dernier jour du mois sans que la Convention eût pris une détermination. Ces solennelles discussions sur le jugement du ci-devant roi étaient d*ailleurs interrompues à chaque instant par des discussions incidentes. On avait proposé, au sein de la Convention, la suppression des fonds af* fectés au culte, et cette mesure, très-grave en ce moment, n'avait point paru déplaire au comité des finances. C'était son rapporteur ordinaire, Cambon lui-même, qui s'était chargé de la soutenir. Mais à la simple nouvelle de cette proposition, d'épouvantables désordres avaient eu lieu sur quelques points du territoire, désordres augmentés encore par la rareté des subsistances. Dans la séance du 30 novembre, Lecointe- Puyraveau et Biroteau, tout récemment arrivés du département d'Eureet-Loir, tracèrent un sombre tableau des pays qu'ils venaient de parcourir, et où ils avaient presque couru risque de la vie. Les curés n'avaient pas été les moins acharnés contre eux; ils avaient exaspéré les paysans en accusant la Convention de vouloir détruire le culte catholique. Danton s'écria qu'on bouleverserait la France avec l'application de principes trop philosophiques. C'était à ses yeux un crime de lèse-nation que de vouloir ûter au peuple ses idées, ses chimères, tant que des officiers de morale ne seraient pas parvenus à dissiper l'erreur dans les chaumières. Une autre cause de la fermentation générale

(1) Voyez le rapport cité m extenso dans V Histoire parlementaire, t. XX, p. 239. — Séance du 6 novembre.

(2) Ibid., p. 278. Séance du 7 novembre.

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