‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 239 sur 314 · LIVRE IX. CONSIDI^RATTONS SUR LE PROCÈS DU ROI · texte numérisé non relu

LIVRE IX. CONSIDI^RATTONS SUR LE PROCÈS DU ROI

ce que la saine politique nous ordonne en ce moment est d* aider nos plus proches voisins à secouer le joug du despotisme, pour mettre des peuples libres entre nous et les tyrans, et de nous hâter d'appliquer toutes nos ressources et toute notre énergie à nos affaires domestiques, pour flxer enfin au milieu de nous la liberté , la paix, Tabondance et 1^ lois. » Mais il croyait fermement qu'on ne devait pas perdre l'occasion éclatante qui s'offrait de venger enfin toutes ]es calamités accu» mulées pendant tant de siècles par les rois sur l'humanité souffrante et avilie. Et en effet, le malheureux Louis XVI expiera, non -seulement le crime d'avoir appelé l'étranger sur le sol de la patrie, mais les horribles règnes de ses prédécesseurs. Fallait-il craindre qu'un acte de vigueur n'excitât à l'intérieur quelque révolte dans les esprits ou ne produisit une sensation fâcheuse dans les pays étrangers? De telles considérations ne sauraient détourner le législateur des principes républicains. De tous les points de la France ne réclamait-on pas la prompte punition du coupable, et avait-on à se préoccuper, de ménager les puissances européennes? Ce n'était point de la vie ou de la mort de Louis XVI que se souciaient les rois, mais bien de l'établissement de la liberté et de la fondation de la République. Et là, croyonsnous, Robespierre avait bien raison. La victoire était le seul moyen d'échapper à leur vengeance, disait-il encore ; les dompter ou périr, voilà les seuls traités qui convinssent à la République (1). Or, immoler leur complice à la liberté trahie, c'était les frapper d'épouvante, les dégrader dans l'opinion des peuples, jeter la terreur au fond de leurs palais, les annihiler. Et c'était aux représentants du peuple à statuer euxmêmes au nom de la nation, non en juges, mais en hommes d'État, sur le sort du roi déchu (2). Nous laissons à nos lecteurs le soin de peser «K-niémes ces considérations, nous réservant d'apprécier à notre tour la théorie de Robespierre en analysant les deux grands discours prononcés par lui dans le procès de Louis XVI.

Ce fut aussi dans cette séance du 3 décembre que, pour la première fois, tombèrent solennellement de sa bouche des paroles sanglantes et impitoyables. Oui, pour la première fois depuis la Révolution, il va rédamer l'application de la peine de mort contre un homme, contre le roi, lui l'éloquent adversaire de cette horrible peine, horrible et inutile, ne la

(1) Si faux sont les jugements de M. Michelot sur Robespierre, qu'il semble, en ▼^té, qu'il n'a jamais lu une seule ligne de tout ceci. Il lui refuse le génie révolutioimaire,. — je veux dire d\voir compris la Révolution. Voyez son Histoire dt la Révo- ^«*ion, t. V, tout le chap. vi.

(2) Lettres de M, Robespierre à ses commettans, numéro 6, article intitulé : Sur le parti à prendre à l'égard de Louis XVI,

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jugeant nécessaire, d'ailleurs, qu*à Fégard d'un seul indiytdu. McÎ8t|ie de fois déjà des paroles empourprées de sang s'étaientv enboutUonnaDt, échappées des Ifevres des orateurs ! Que de fois déjà nous aTons ententa les Guadet et les Isnard invoquer la hache des lois eontre les ennemis de la liberté ! Les ecclésiastiques transformés en martyrs par la rigueur des décrets rendus contre eux, n'était-ce pas Foeuvre des GiroodiDs! Nous avons dû montrer par qudle pente fatale la Révolution, provoquée de toutes parts, avait été précipitée ren la Terreur, gouffre dép entr'ouvert et duquel nous n'approchons paa sans frémir.

On nous a reproché d'avoir écrit une véritable histoire de la Révolution au point de vue d*un seul homme ; c'est là un reproche puérB, auquel nous avons répondu d'avance dans la préface de cet ouvrage. Pour mener à bonne fin une histoire de la Révolution, avec tous ies détails monographiques sur lesquels nous insistons, et pour cause, Q aurait fallu non point quelques volumes, mais cent volumes. Faire une simple biographie de Robespierre, en l'isolant pour ainei dire des hommes et des choses avec lesquels il fut chaque jour en contact, contre lesquels il eut incessamment à lutter, c'était entreprendre une œuvre inutile et nous mettre bénévolement hors d'état d'atteindre le but que nous poursuivons. Quand, par exemple, nous avons à le montrer étranger à tels ou tels actes dont jusqu'ici on a persisté à le rendre responsable ; force nous est bien d'entrer dans certains détails^ Ai de prouver quels sont les auteurs de ces actes ; quand on s'ingénie à présenter les Girondins comme ses victimes* il nous faut bien démontrer, par des preuves sans réplique, que ce fut lui qui, durant plus d'une année, fut la victime de leurs calomnies incessantes; que ce ne fut pas leur faute s'il ne succomba pas sous leurs coups, et que si, devenant agresseur à son tour, il finit, lui aussi, par être sans pitié à leur égard, il fut en quelque sorte comme le sanglier blessé, au ferme contre une meute de dogues.

C'est bien pour cela que nous avons adopté l'ordre chronologique, €ft que, pas à pas, heure par heure, nous avons suivi le grand citoyen dont nous nous sommes fait l'hÂstorien. Grâce à ce système, nous avons pu prouver à quel point il fut étranger aux premières sévérités de la Révolution. Décrets contre les prêtres réfractaires, lois violentes contre les émigrés, tout cela eut lieu sans sa coopération. Ce fut sur la motion de Buzot que, dans la séance du 23 octobre 1792, la Convention décréta le bannissement à perpétuité de tous les émigrés et la peine de mort contre ceux qui, au mépris de ce décret, reftiettraient les pieds sur le territoire français (1). Non que Maximilien blâmât des lois rendues

(1) Voyez le Monittur du 24 octobre 1792.

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