‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 240 sur 314 · LIVRE IX. — L£ BOSTfi DE MUIABEAU BRIsé · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — L£ BOSTfi DE MUIABEAU BRIsé

nécessaires pevit-toe par des cûrcongtances iiapérieufieft» mais encore coDvfent-il d*en laisser la responsabilité à ceux qui en ont pris Tiiûtiative. De même, si nous rencontrons sur son chemin tel personnage conâdérable de la Révolu tioa, comme Mirabeau par eiempley n'avons-notis pas un intérêt essentiel à lÀen établir les pointa de rapport et de dis*semblance ayant existé entre eux? Et si nous n'avions point procédé ainsi, nous le répétons, notre <euvre eût été ioeonpièle ou sans portée, comme la plupart des moBOgr8q[)bi68 puUiées jusqu'à ee jour sur tes hommes de la Révolution.

rai nommé Mirabeau. Le jour était arrivé où l'on attait demander compte à sa mémoire des faiblesses coupables auxquelles il avait suocombé dans la dernière partie de sa vie.

Je ne croîs pas avoir été injuste envers ce puissant génie; j'ai dit ses qualités éminentes, et j'ai ditaussi en quoi il fut in&dële à la liberté. La Révolution ne saurait donc le renier sans injustice ; mais elle ne peut le compter non plus parmi ses plus purs serviteurs. Il est impossible de ne pas sourire quand on entend certains publicistes le reven- <3iquer comme le plus illiiWe apôtre de la liberté. Nous avons suffisamment démontré la différence énorme qui existe à cet égard entre Mirabeau et Robespierre, l'un s'écartant à différentes reprises des véritables principes de la Révolution, Tautre y restant invariablement aUacbé. Le premier se montra partisan des lois martiales, le second les combattit toujours à outrance (1). Dans une foule de grandes ques* tiûDs, notamment dans celle du droit de décider la paix ou la guerre et dans celle de La sanction royale, Mirabeau passa du côté de la cour; Robespierre demeura le défenseur immuable des principes révolutionnaires» C'est en ce sens que Cbâteaobriand a dit avec raison qu'aux yeux de la postérité Mirabeau apparaîtrait comme Thomme de l'aristo-

(1) Mais, objoete-t*oii, la loi niaortiftle proposée par Mirabeau ne devait armer que les municipalités électives. Qu'importe? Tarme était*elle moins meurtrière? £t d'abord toutes les municipalités allaient devenir électives. Ensuite, la loi Mirabeau était proposée en vue surtout de la capitale et de ses environs. (Voir le Courrier de Provence, numéro 54 j. £nfin Tesprtt de cette loi passa tout entier, comme nous Tavons indiqué t* I. p. 153), dans la loi martiale adoptée par TAs^mblée eonstitoante, loi qui fut si fatalement exécutée au Cbamp-de-Mars en juillet 1791, Voyez le projet de loi présenté par Mirabeau dans le Manitevr du 14 au 15 octobre 1789.

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cralie et Robespierre comme Thomme de la démocratie (1). C'est une parole vraie.

Maintenant , quel que fût réloignement instinctif du grand orateur pour la démocratie pure , il ne nous semble pas douteux qu'il n*eût imprimé à ses actes politiques une tout autre direction si, dans les derniers temps de sa vie, il n*eût pas conclu avec la cour un marché honteux. De son vivant, cela était soupçonné, entrevu, mais nullement prouvé, et quand Tarmoire de fer trahit ses secrets, Tindignation éclata plus violente. Dans la séance du 5 décembre 1792} Ruhl, au nom de la commission des Douze, vint lire une série de pièces infiniment compromettantes pour la mémoire de Mirabeau, dont les intrigues se trouvaient mises à nu. Après la lecture de ces pièces, un membre de l'Assemblée, appliquant énergiquement à Mirabeau l'épithète de traître, demanda que son image fût immédiatement proscrite du sein du Corps législatif, son corps retiré du Panthéon, et que désormais les honneurs de l'apothéose ne pussent être accordés à un citoyen que dix ans après sa mort (2). La Convention renvoya ces propositions à son comité d'instruction publique, qu'elle chargea d'examiner la conduite de Mirabeau; et, en attendant un rapport, elle décréta que le buste de l'illustre défunt, placé dans le lieu de ses séances, serait couvert d'un voile.

Mais le soir, aux Jacobins, les choses se passèrent d*une façon beaucoup plus expéditive. Ce fut l'hôte de Robesçierre, le menuisier Duplay, l'homme Bntique.vir probus, qui émit la proposition que la société proscrivit le buste de Mirabeau. Sa motion fut sur-le-champ et vivement appuyée par Robespierre. Nous avons montré combien défavorable avait été*à l'origine l'opinion de celui-ci sur Mirabeau. « Son caractère moral lui a ôté toute confiance, » écrivait-il en mai 1789 (3). Subjugué" plus tard par le génie de l'homme, il ne put s'empêcher de rendre pleine justice à ses immenses qualités et de lui être véritablement reconnaissant des services réels rendus par lui à la cause de la Révolution. Il n'y ti donc pas à s'étonner si, sans s'arrêter aux accusations de vénalité planant déjà sur Mirabeau à l'époque de sa mort, et à son attitude équivoque dans les derniers temps de sa vie, il s'associa à la demande d'honneurs extraordinaires réclamés pour l'incomparable orateur, au moment où il venait d'être si brusquement enlevé à la France. Mais il n'y a pas à s'étonner non plus si, le jour où les doutes devinrent à peu

(1) Mémoireê d'outre-tombê^ t, II.

(2) Ni le Moniteur du 6 décemb're, ni le Journal des débats et des décrets de la Contenu /l'on, numéro 79, ne donnent le nom du député auteur de cett« motion.

(3) Lettre à Buis&art en date du 24 mai 1789. Voyez notre premier volume.

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