LIVRE DIXIÈME
DÉCSMBRJC 1792 - JUIN 1T93
Loois XVT peat-il ître jugé ? — Opinion rigoureuse de Robespierre. — Attitude 4af Gîron^ns dans le procès du roi. — Qu'une naition ne peut se donner un roi. — Défense de Boland. — Dû la polioe des Mtenbléee déUfairantos. <— Surlanéoesaité de l'ordre. — Étrange proposition de Guadet. — Furieuse sortie contre les Girondins. — Les volontaires nationaux. — Appel en faveur des défenseurs de la patrie.
— Sëanœ du 14 décembve ans JneoUna. — OpinioD de Bobaspiene ear la pra^poeition de bannir tons les Capet. — JRésiatanQe des eectiane pariiiennea. «— Cfimpamiien de Louis XVI à la barre. — Robespierre recommande le calme. — Plaidoyer de Deaèze. — L'appel au peuple. — Second discours de Robespierre sur le jugement dn roi. -^ Réponse envenimée de Veigirisod. — Piepasttien dVnvojér à tomes les sociétés jacobines les discours de Robespienre. ^ Effet des menées girondines. — Gensonné et les oies du Capitole. — Portraits dififérenciés de Robespierre et de Maimt. — Adrene du département du Finistère. — Discussion sur la permanence des seeiiiMia. — Lettre à Vergnlaud, Goadei CreBeoDiié et Brissot. *- J^ubois de Fossenx, maire d'Arras. — Triple appel nominal. — Vote motivé de Robespierre. — Condamnation de Louis XVI. — Réfutation des défenseurs du roi. — Le vote de Phflip^ ËgnSité. — Rejet da sursis. — 'Assassinat de Lepeletier Sarnt-Fargeau.
— Honneurs rendus à sa mémeire ; les Girondins menacés. «.- Robespierre combat une motion tendante à faire punir de mort quiconque recèlerait l'assassin de Lepeletier.'— Oraâson Amèbre de Miobel Lepeletier. — Démission de Roland. — Fuear des Giroodfau. — Des ^âls de la âtcation. — Guerre à PAngleterre. -^ Des moyens de combattre utilement. — Quelques mots sur riustruction publique et la constitution. — Observations à propos d'une pétition sur les subsistances. — Les députés de Paris à leurs commettants. — Troubles du mois de février. >— Adresse des Jaoobins aux sociétés affiliées. — La question des émigrés. — Le condamné I^ianoue. — Robespierre appuie les propositions de Lacroix. — La section Bonne-Nouvelle. — Événements du 10 mars. — La contrainte par corps abolie. — Demande d'un gouvernement plus actif. — Le tribunal révc^ntionnaire. — Opinion de Robespierre sur les troyibles publics. — Vaine tentative de réconciliation. — La société populaire d'Amiens. — Adresse marseiUaiae. — Défaite de Dumouriez à Neerwinden. — Mesures révohitîonnaîres. — Le comité de défense générale. — Demande d'expulsion contre les Bourbons. — Vive sortie «jontre Dnmonnex. — Danton attaqué par les Girondins. — Déchirement suprême entre les Girondins et les Montagnards. — Robespierre soutient DantOD. — Trahison de Dumouriez. — Violente sortie ooatie Bnssot. — Oiéation du comité de Salut publie. — Démission de Rebeoqui. — Séance du 10 avril à la Convention. *- Héqnisitoire de Robespierre contre la Gironde. — Réponse de Vergniaud. — Les Girondins et la contrainte par corps. — Encore Pétion et Guadet. — Décret d'arrestation contre Marat. — Robeapierre piêohe le calme aux Jacobine. — L'Ami du peuple mis en étal d'accusation. — Conseils de modération. — Débats snr la Constitution. — Discours sur la propriété. — Déclaration des droits de l'homme. — Triomphe de Marat. — Mort de Lazouski. — La réquisition et les Girondins. — Mesures révolutionnaires *— Diiooan anr la constitution. — Orise imminente. — Journées des 31 mai et 2 juin. — Cenclusion de oe livre.
nOO HISTOIRE DE ROBESPIERRE
Aujourd'hui encore, quand, reportant nos regards en arrière, nous jetons les yeux sur le grand procès instruit, du mois de novembre 1792 au mois de janvier 1793, par la Convention nationale, une sorte de trouble involontaire nous saisit, et nous sommes tentés de nous demander si le peuple français n'a pas commis un sacrilège en portant la main sur l'héritier de tant de rois. Gela tient évidemment à ce que nous sommes toujours sous Tempire des préjugés monarchiques, et que nous ne pouvons nous habituer à considérer comme de simples mortels les individus que le hasard ou la fortune a placés sur les marches d'un trône. Si le prisonnier du Temple eût été un homme ordinaire, sa condamnation et son supplice eussent été à peine aperçus. « Il a été puni, et c'est bien fait, » dirait-on. Miiis c'était le roi, le roi de France! aussitôt la pitié, qui dédaigne tant de victimes innocentes, tant d'obscurs malheureux, s'éveille sur le coupable, et charge de malédictions les juges consciencieux qui l'ont frappé !
Moi-même, si j'interroge mon cœur, je suis saisi d'une compassion puissante en présence de ce personnage tombé de si haut. Et lorsque j'envisage son éducation première qui, dans ces millions de citoyens s'élançant à la conquête de la liberté, lui montrait des sujets en révolte, lorsque surtout je vois une poignée d'intrigants, ayant uniquement souci de leurs intérêts particuliers, lui présenter l'appui des rois étrangers comme une assistance légitime, je sens presque fléchir en moi la rigueur des principes. Mais, pour apprécier sainement ce terrible épisode de notre Révolution, il faut s'élever au-dessus des considérations vulgaires, et se dire que, si la pitié est une bonne chose en général, elle court risque de s'égarer quand elle s'exerce au détriment d'un peuple. Aux yeux de nos pères, Louis XVI vivant, c'était la contrerévolution en armes, c'était à l'intérieur la tranquillité publique incessamment troublée par les partisans du roi déchu, c'était l'émigration ouvrantelle-méme aux puissances coalisées le chemin de la France; c'était Brunswick vouant d'avance à une mort ignominieuse tous les défenseurs de la liberté, et menaçant la ville de Paris d'une destruction totale (1); c'était enfin la République éternellement contestée. Il n'y avait
(1) On lit dans le Mémorial de Gevenior Morris, qui était alors ministie des États- Unis près le gouyernement français : c 20 juillet. Ce matin, Bremoud m'apprend qae,