‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 244 sur 314 · UVRE X. — SON OPINION RIGOUREUSE DANS LE PROCÈS DU ROI · texte numérisé non relu

UVRE X. — SON OPINION RIGOUREUSE DANS LE PROCÈS DU ROI

1 0 août» ne relevaient-ils pas audacieusement la tête depuis la mise «n question de la culpabilité du roi, et les écrivains les plus décriés de l'aristocratie ne reprenaient-ils pas leur plume avec confiance? Ne témoignait-on pas pour lui un zèle bien tendre, quand on poursuivait ^vec un archarnement singulier les plus dévoués défenseurs du peuple! •Que serait-ce si le procès venait à traîner jusqu'au printemps! • Louis XVI, du fond de son cachot, combattait encore contre la République; des hordes féroces s'apprêtaient à déchirer en son nom le seia de la patrie, et Ton invoquait en sa faveur une constitution détruite l Mais alors, ajoutait Robespierre, on n'avait pas le droit de le retenir ea prison, et il n'y avait plus qu'à aller à ses pieds invoquer sa clémence* Non, ce n'était point là une grande cause, selon lui. Ceux-là seuls la gran- <lissaieniqui sans doute voulaient arracher le coupable à la vindicte populaire. La punition de Louis devait, pour être efficace et confondre la criminelle tentative des despotes de l'Europe, porter le cachet d'une vengeance publique. Mais il fallait se hâter, car tout retard entretenait inutilement l'inquiétude dans l'État. On avait proclamé la République, et depuis deux mois on n'avait pas encore fait une seule loi qui justifiât ce nom, et sous d'autres formes, on était encore en proie aux plus viles factions. La République enfin paraissait, à l'orateur, incompatible avec l'existence du roi déchu.

La peine de mort semblait trop cruelle ; elle répugnait d'ailleurs, en principe, à quelques membres, et Robespierre lui-même, on s'en souvient, avait le premier élevé la voix pour en réclamer la suppres- •sion. Il y avait donc de sa part une véritable contradiction à demander qu'elle fût appliquée à Louis XVI. Voici, à cet égard, comment il s'expliqua en terminant l'immense discours si rapidement analysé par nous : « Avocats du roi, est-ce par pitié ou par cruauté que vous voulez le soustraire à la peine de ses crimes! Pour moi, j'abhorre la peine de mort prodiguée par vos lois, et je n'ai pour Louis ni amour ni haine; je ne hais que ses forfaits. J'ai demandé l'abolition de la peine de mort à l'Assemblée que vous nommez encore constituante, et ce n'est pas ma faute si les premiers principes de la raison lui ont paru des hérésies morales et politiques. Mais, si vous ne vous avis&tes jamais de les rédamer en faveur de tout de malheureux dont lea délits sont moins les leurs que ceux du gouvernement, par quelle fatalité vous en souvenez-vous seulement pour plaider la cause du plus grand de tous les criminels! Vous demandez une exception à la peine de mort pour celui-là seul qui peut la légitimer. Oui, la peine de mort en général est un crime, et par cette raison seule que, d'après les principes indestructibles de la nature, elle ne peut être justifiée que

dans les cas où elle est nécessaire à la sûreté des individus ou du corps social. Or, jamais la sûreté publique ne la provoque contre les délits ordinaires, parce que la société peut toujours les prévenir par d'autres moyens et mettre le coupable dans l'impuissance de lui nuire. Mais un roi détrôné, au sein d'une Révolution qui n'est rien moins que cimentée par les lois, un roi dont le nom seul attire le fléau de la guerre sur la nation agitée, ni la prison ni Texil ne peuvent rendre son existence indifférente au bonheur public, et cette cruelle exception aux lois ordinaires que la justice avoue, ne peut être imputée qu'à la nature de ses crimes. Je prononce à regret cette fatale vérité... Mais Louis doit mourir parce qu'il faut que la patrie vive. Chez un peuple paisible, libre et respecté au dedans comme au dehors, on pourroit écouter les conseils qu'on vous donne d'être généreux. Mais un peuple à qui Ton dispute encore sa liberté, après tant de sacrifices et de combats, un peuple chez qui les lois ne sont encore inexorables que pour les malheureux, un peuple chez qui les crimes de la tyrannie sont des sujets de dispute doit désirer qu'on le venge... » La conclusion de Robespierre était qu'il fallait statuer séance tenante sur le sort du roi prisonnier, donner un grand exemple au monde dans le lieu même où étaient morts le 10 août les martyrs de la liberté, et consacrer à jamais cet événement par un monument « destiné à nourrir dans le cœur des peuples le sentiment de leurs droits et l'horreur des tyrans, et dans l'âme des tyrans la terreur salutaire de la justice du peuple (1). »

Hélas! l'événement mémorable s'est réalisé; mais point ne s'est accomplie la prophétie de Robespierre quant au reste. L'horreur de la tyrannie n'a pas disparu de la terre, et l'âme des despotes n'a pas été pénétrée de cette terreur salutaire dont il augurait si bien. Toutefois, c'est une erreur profonde de penser que l'échafaud de Louis XVI amena la résurrection du fétichisme monarchique. Quoi qu'on en ait dit, le 21 janvier porta à la royauté un coup dont elle ne se serait pas relevée sans des événements auxquels fut complètement étrangère la vengeance du roi décapité. Et lorsque, pour répondre aux injustes agressions des princes coalisés , la République française leur jetait en défi la tête d'un des leurs, elle affirmait énergiquement son principe; les factions seules porteront atteinte à ce principe, mais non pas l'étranger.

(1) Voyez Lettres de M. Robespierre à ses commettons^ numéro 8, p. 353 à 372, Monitevi du 5 d(^ccmbre et Journal des débats et des décrets de la Convention^ numéro 77. Ce disooors a en deux éditions. H fat imprimé d'abord par ordre de la ConYQntio& (iind* do 12 p. de rimp. nat.), et par ordre de la société des J.icobins (in^S" de 16 p.).

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