‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 246 sur 314 · LIVRE X. — ATTITUDE DES GIRONDINS DANS LE PROCÈS DU ROI 5«T · texte numérisé non relu

LIVRE X. — ATTITUDE DES GIRONDINS DANS LE PROCÈS DU ROI 5«T

étonné. Garât demandait au député girondin si tous pensaient comme lui de son côté : « Tous ou presque tous, ^ lui aurait répondu Salles (1). Si cet aveu de Salles est exact et sincère, il montre bien jusqu'à quelles limites d'aveuglement et de crédulité peut aller la haine. Maintenant on doit lire avec quelque méfiance le mémoire justificatif de Garât, lequel, écrit et publié après le 9 Thermidor, contient évidemment beaucoup de choses inspirées par le seul intérêt de la défense personnelle. Nous aurons d'ailleurs à revenir sur ce sujet.

Quoi qu'il en soit, la proposition de Buzot, faite le lendemain du jour où Robespierre avait prononcé son discours sur le parti à prendre à l'égard de Louis XVI , souleva dans la Convention une formidable tempête. D'une objection plus ou moins opportune, présentée par Merlin et appuyée par Chabot, sur le droit des assemblées primaires, Guadet tira une étrange conséquence : il y vit la clef d'un projet, énigmatique selon quelques-uns, mais formé depuis quelque temps suivant lui , de substituer un despotisme à un autre. Cette interprétation déloyale lui attira de la part de Bazire une virulente apostrophe : « Vous venez d'entendre le plus lâche , le plus infâme , le plus atroce des calomniateurs (2) 1 » Il y avait dans les paroles de Guadet comme une réminiscence de ces calomnies de Barbaroux et de Louvet dont la Convention avait fait justice. Robespierre ne crut pas devoir demeurer muet, et il demanda la parole pour une motion d'ordre. Mais l'Assemblée, au milieu du tumulte, passa à l'ordre du jour sur l'incident et adopta purement et simplement la proposition de Buzot (3).

Cependant Robespierre ne voulait pas laisser la Convention sous l'impression des paroles injustes de Guadet. On venait de reprendre la discussion du procès de Louis XVI ; il monta à la tribune après Philippeaux et Pétion; mais, devinant son projet, les Girondins s'efforcèrent d'étouffer sa voix sous les clameurs. Si, profitant d'une minute de si» knce, il ouvrait la bouche, les cris recommençaient. Et comme, indigné, il prenait à témoin ses collègues dé la manière indécente dont on violait la liberté des délibérations, un membre, par dérision sans doute» dénonça le despotisme. •• de Robespierre. Lui, impassible : « Je réclame contre cette intrigue abominable... » Aussitôt les cris : « À l'Abbaye! à l'Abbaye ! i retentirent autour de lui, poussés par de véritables forcenés. Et au milieu de cette effroyable oppression d'un homme par

{k) MémoireêA^ Gant, p. 101 de Tédit. de 1862.

(2) JourtMl des débals et des décrets de la Convention, nnméro 78, p. 85.

(3) « Ce décret, » ne manque pas d'écrire BrJssotdans son journal, a a paru atterrer quelques-uns des agitateurs, et on doit observer que Robespierre ne s'est pas levé pour et décret, adopté par la presque unanimité. > Patriote françois, numéro 1213.

une partie de TAssemblée, le président, — c'était Barère, — ne prenait aucune mesure pour faire respecter la dignité de la Convention outragée dans un de ses membres. De guerre lasse, Robespierre quitta la tribune. Mais alors éclatèrent de bruyantes réclamations. Le président se décida à tenter quelques efforts pour ramener le calme, et il r^ulit la parole à Robespierre. Revenant alors sur ses pas, Maximilien traversa la salle au milieu des acclamations d'un grand nombre de ses collègues et des spectateurs et il remonta à la tribune où les applaudissements le suivirent encore.

Il se plaignit d'abord, en termes dont la modération contrastait avec la violence de ses adversaires, de la violation du droit de représentant plusieurs fois répétée en sa personne par des manœuvres multipliées, et il se demanda s'il n'y avait pas un projet de perdre la Convention nationale, en mettant le trouble dans son sein. Ne fallait-il pas, pour juger le ci-devant roi, qu'elle fût dans un état de délibération calme et digne d'elle, et surtout qu'elle fût justement pénétrée des principes de la justice et de l'intérêt public. Arrivant ensuite à la motion insidîmise de Buzot, il détruisit en ces termes tout Teffet des imputations des meneurs girondins : « Si on avoit écouté des explications nécessaires, qui auroient en même temps contribué à diminuer les préventions et les méfiances, on auroit peut-être adopté une mesure grande, qui auroit honoré la Convention : c'étoit de réparer l'outrage fait à la souveraineté nationale par une proposition qui supposoit qu'une nation avoit le droit de s'asservir à la royauté. Non, c'est un crime pour une nation de se donner un roi. Ce qu'il m'a été impossible de proposer dans le tumulte, je le propose dans le calme de l'Assemblée nationale, réfléchie et pensant aux intérêts de la patrie. Je demande que d'alx>rd il soit décrété en principe que nulle nation ne peut se donner un roi. » Puis , reprenant sa thèse de la veille et combattant la permanence de la Convention, réclamée par Philippeaux pour le jugement du roi, comme de nature à entraîner des longueurs funestes, il demanda que Louis XVI fût jugé tout de suite, sans désemparer, et condamné sur-lechamp en vertu du droit d'insurrection. Mais déjà l'Assemblée s'était prononcée à cet égard, et adoptant une idée émise par Pétion, elle décida que tous les jours, depuis midi jusqu'à six heures, elle s'occuperait du procès de Louis XVI (4 ),

(1) Voyez pour cette séance le Moniteur du 6 décembre 1792 et le Journal des débats et du décrêUf numéro 78.

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