‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 248 sur 314 · LIVRE X, — ETRANGE PROPOSITION DK GUADET · texte numérisé non relu

LIVRE X, — ETRANGE PROPOSITION DK GUADET

tribune nationale. Et, au milieu des applaudissements les plus vifs : t Jurons tous de plutôt mourir à la tribune que d'en descendre lorsqu'on nous refusera la parole. » Tous ses collègues s'associèrent k ce serinent, qu'accueillirent d'unanimes acclamations (1).

Tel était l'aveuglement des Girondins et telle leur fureur qu'ils semblaient aller au-devant de tous les moyens propres à exaspérer leurs adversaires. A propos d'une adresse, peut-être concertée, et dont l'un d'eux, Ducos, donna lecture au nom de l'assemblée électorale du département des Bouches-du-Rhône, adresse où l'on rappelait à la Convention que le peuple avait conservé le droit de révoquer ses représentants, ils imaginèrent, par la bouche de Guadet, de proposer à la Convention d'autoriser par décret les assemblées primaires à se réunir pour prononcer sur le rappel des membres de la Convention qui auraient perdu la confiance du peuple. Or, il était facile de prévoir quels étaient les membres qu'à l'aide de tous les papiers publics dont le ministre de l'intérieur disposait, la Gironde dénoncerait aux soupçons du pays. Cependant, sur le premier moment et sans réfléchir, l'Assemblée adopta cette étrange proposition. Mais le piège était par trop grossier : les plus vives réclamations se firent jour aussitôt. Manuel, à moitié girondin pourtant, dénonça le stratagème : un parti puissant, dit-il, voulait purger la Convention de quelques hommes qui lui répugnaient. Autrement amer se montra Prieur (de la Marne). La motion de Guadet ne tendait, suivant lui, qu'à avilir l'Assemblée, et le décret, trop légèrement adopté, lui paraissait un appel anticipé à Paristocratie du jugement qu'on prononcerait contre le dernier tyran de la France. Ainsi percée à jour, la motion de Guadet eut contre . elle une imposante majorité, et la Convention rapporta son décret avec autant d'empressement qu'elle Tavait voté, en renvoyant toutefois la proposition girondine au comité de constitution (2)..

Robespierre était resté muet durant cette séance ; mais , trois jours après, aux Jacobins, il éclata et prononîça contre cette incorrigible faction de la Gironde un discours d'une extrême virulence.

(1) Journal dtts dibait tt tt9 ia corrmpondance de la tœiêîi âes^ Jacobins^ muniro 315.

(2) Moniteur du 11 décembre 1792.

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Le pouvoir exécutif, prétendait-il, était entre les mains de charlatans et de fripons politiques, car il appartenait à cette faction qui jadis disait à la cour : < Nous armerons le peuple contre vous si vous ne vouiez recevoir un ministère de notre main, » — allusion très-juste à la journée du 21 juin, — et qui aujourd'hui, en possession du gouvernement, désignait les patriotes aux poignards des fanatiques, c Quant à moi, » s'écria-t-il, s'il faut s'en rapporter à un journal assez suspect (1), « j'espère si peu de la liberté publique que je demande à être assassiné par Roland. » On n'aurait, sous le nom de république, poursuivait-il, que le despotisme d'un seul, gouverné par une trentaine d'intrigants, tant qu'un ministre, à qui il n'était pas permis de demander compte des sommes immenses déposées entre ses mains, serait maître absolu de la liberté de la pensée et aurait le pouvoir de calomnier impunément tous les amis du peuple. Le but de cette faction, disait avec raison Maximilien en terminant, est d'accabler tout homme qui ne lui est point dévoué et de plonger le poignard dans le sein de tous ceux qui auraient le courage de lui résister (2).

Chasles et Bentabole appuyèrent vivement Robespierre. Le premier dénonça le bureau de la formation de l'esprit public, imaginé par le ministre de l'intérieur et d'où partaient chaque jour les calomnies dont la République était inondée. Selon le second, la conduite de Roland équivalait à un véritable crime de lèse-nation, et il était temps d'apprendre à ce ministre que l'opinion ne lui appartenait pas. Robespierre reprit la parole au moment où l'on allait se séparer : il venait proposer à la société d'avancer chaque jour l'heure de sa réunion, afin d'entendre la lecture des deux principaux journaux de la faction girondine, le Patriote français et la Chronique de Paris, où les débats de la Convention étaient reproduits avec la plus insigne mauvaise foi; car, à son avis, il fallait lire les bons et les mauvais journaux pour montrer au public jusqu'où pouvait aller la perversité de certains journalistes et lui apprendre à distinguer les écrits empoisonnés (3). Nous avons déjà donné bien des preuves de la déloyauté de ces deux

(1) Journal des débatt Bt de la correspondanct de la Société des Jacobine ; le plu complet des journaux qui, en 1792, ont rendu compte des séances de la société. Comme le Moniteur et le Journal dee débats et des décrets de la Concentionj il était rédigé par des écrivains appartenant au parti le plus fort alors, o^est-à-dire à celui de la Gironde; mais avec un caractère tout particulier de mauvaise foi. Vivement dénoncé aux Jacobins, dans la séance du 21 décembre 1792 pour la perfidie de sa rédaction, son r^ dactcur principal avait été rayé de la liste Ides membres de la société, et s^était esquivé, « emporté par le vent des huées universelles, » numéro 324.

(2) Journal des débats etdsla correspondance,..^ numéro 319.

(3) Ibid,

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