‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 249 sur 314 · LIVRE X. — APPEL EN FAVEUR DES DEFENSEURS DE LA PATRIE · texte numérisé non relu

LIVRE X. — APPEL EN FAVEUR DES DEFENSEURS DE LA PATRIE

feuilles girondines : nous en fournirons bientôt de nouveaux exemples qui dépassent toute croyance.

De plus en plus les esprits s'aigrissaient; le moindre incident servait de prétexte aux récriminations les plus passionnées. Guadet ayant, dans la séance du 13 décembre, proposé, au nom des comités militaire, diplomatique et des finances réunis, un décret destiné à prévenir la désorganisation des bataillons de volontaires nationaux et contenant, entre autres dispositions, un article en vertu duquel devaient être poursuivis comme voleurs les volontaires qui, en rentrant dans leurs foyers, auraient emporté leurs capotes ou leurs fusils , Robespierre s'éleva énergiquement contre l'excessive rigueur de cette disposition. Si la République ne croyait pas pouvoir laisser aux généreux défenseurs dont le sang avait coulé pour elle une capote et leurs armes, n'était-ii pas aussi cruel qu'impolitique de transformer en scélérats ceux qui se seraient crus autorisés à les conserver comme leur propriété ? Cette observation si juste amena la suppression de l'article « bonteux, » suivant l'Ami du peuple , qui flétrissait si gratuitement les soldats de la République (1).

Le lendemain, aux Jacobins, un soldat blessé étant venu demander des secours à la société , Robespierre se plaignit de la négligence du gouvernement à Tégard des défenseurs du pays. Signaler cette négligence, c'était bien en effet; mais, à son tour, il fut injuste, suivant nous, en l'attribuant à un projet préconçu de mécontenter l'armée et d'encbatner le peuple. Hélas! que n'avait-on pas fait pour l'amener, lui aussi, à se laisser égarer par les préventions personnelles. Il fut mieux inspiré en invitant ceux de ses collègues dévoués comme lui aux vrais principes, à se réunir à lui, afin de faire obtenir aux défenseurs de la patrie des récompenses proportionnées à leurs services. Ces dernières paroles furent accueillies par des applaudissements réitérés : elles étaient justes et bonnes, et elles retentirent profondément dans le cœur de tous les vrais patriotes (2).

Immédiatement après, Real, au nom de l'assemblée électorale, donna lecture de deux pétitions adressées à la Convention, pétitions dont le double objet était de demander un traitement, sous forme d'indemnité, pour les électeurs, et la cassation d'im arrêté du pouvoir exécutif provisoire qui avait annulé la nomination de LuUier à la place de procureur syndic du département. Robespierre engagea Real à supprimer

(i) Voyez UitTM de M, Robespierre à ses commettans^ ntunéro 11, p. 426, et Journal ^ '« Bépubliqus /^an^oiV , niiméro 75.

\2; Journal des débats et de la correspondance de la Sodiété des Jacobins , numéro 320

quelques expressions tin peu trop ripublicaines , et à ne point fonder la réclamation du corps électoral sur des raisons de localité, mais bien sur le droit naturel qu'avait tout citoyen d*étre indemnisé du temps consacré au service de la patrie. Real approuva ces observa» tions et promit de les mettre à profit. Dans cette même séance, et comme pour légitimer ce qu'avaient eu d'acerbe les premières paroles de Maximilien, un membre arrivant de Lyon se plaignit vivement de ce que le discours de Robespierre dans le procès du roi avait été ea* voyé tronqué et dénaturé aux sociétés populaires, sous le cachet du ministre de l'intérieur. Le président de la Société lyonnaise avait voulu le lui remettre; mais, jugeant que l'effet serait plus grand si cet exemplaire était adressé de la part de la Société de Lyon, ce membre de la société*mère avait invité le président à le garder précieusement avec l'enveloppe portant le cachet de Roland. Puis il donoa lecture de la lettre de réclamation adressée par les citoyens de Lyon à la Convention nationale, lettre dont le club arrêta immédiatement l'imptession et l'envoi au ministre de l'intérieur (1)* Ainsi, en toutes choses éclatait la mauvaise foi girondine.

Brissot et ses amis ayant vu tomber sous le mépris public cette formidable accusation de dictature à l'aide de laquelle ils avaient eBçéré foudroyer Robespierre, changèrent de batteries, et imaginèrent de lui prêter le projet de mettre le duc d*Orléaas, Philippe Égalité, sur le trône (2). Louvet se chargea d'accréditer ce bruit par ses libellée, et comme il n'est pas de sottises que n'admette avec empressement It crédulité humaine, on pensait bien ensevelir enfin sous cette nouvelle et non moins ridicule accusation une popularité qm avait résisté k tint de coups.

Ensuite, pour se donner à bon marché les airs d'un rigorione r<pu* blicain, les Girondins proposèrent, le 16 décembre, la proscriptios éternelle de tous les membres de la famille royale. Busot, Louvet et Lanjuinais, dans un langage emphatique, déclamèrent contre d'Orléew

(1) Jowmai du dibau ê»d$U mrmi^9»4Mne$ iê <a <oci4lt eu Jo/sMmê^ wmét9 W (2; Voyez les Mémoiru de Brissot. t. lY, p. 198, omx 4e Loa¥tt, p. W et fB«,i ^ le libéU« de.Loavei, intitiilé t À MasimiUm Mobmri^rrt H à m fitf^Mm.

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