‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 25 sur 314 · LIVRE VI. SA REPONSE HODCREE A BRISSOT · texte numérisé non relu

LIVRE VI. SA REPONSE HODCREE A BRISSOT

firissot il voyait à Coblentz la cause de tous nos maux ; il fallait CM fioir avec Coblentz, disait-il, et c'en était fait du fanatisme et de I^giotage.

Robespierre monta à la tribune au milieu des applaudissements prodigua au dernier orateur *(1); l'opinion de la société semblait donc entièreoMDt à la guerre, lorsqu'il commença en ces termes : « La gœrre! s'écrient la cour et le ministère, et leurs innombrables partisans. La guerre ! répètent un grand nombre de bons citoyens, mus par im sentiment généreux, plus susceptibles de se livrer à l'enthousiasme du patriotisme qu'exercés à méditer sur les ressorts des révolutions et sur les intrigues des cours. Qui osera contredire ce cri imposant? Personne, si ce n'est ceux qui sont convaincus qu'il faut délibérer mûrement avant de prendre une résolution décisive pour le salut de l'État et pour la destinée de la constitution ; ceux qui ont observé que c'est à la prédpitation et à l'enthousiasme d'un moment que sont dues les mesures les plus funestes qui aient compromis notre liberté , en faivorisant les projets et en augmentant la puissance de ses ennemis ; qui savent que le véritable rôle de ceux qui veulent servir leur patrie est de semer dans un temps pour recueillir dans un autre, et d'attendre de Texpérience le triomphe de la vérité.

« Je 1» viens point caresser l'opinion dumomentni flatter la puissance donnante; je ne viens point non plus prêcher une doctrine pusillalûne, ni conseiller un lâche système de faiblesse et d'inertie; mais je viens dévoiler une trame profonde que je crois assez bien connaître. Je veux aoBsi la guerre, mais comme l'intérêt de la natinn la veut : domptons nos ennemis intérieurs, et marchons ensuite contre nos ennemis étr«igers, s'il en existe encore.

« La cour et le ministère veulent la guerre et l'exécution du plan qails prcqiosent ; la nartion ne refuse point la guerre, si elle est nécessaire pour acheter la liberté ; mais elle veut la liberté et la paix, s'il est poasBde, et ^le repousse tout projet de guerre qui serait prq)osé pour anéantir la liberté et la constitution , môme sous le prétexte de les défendre. » Ainsi, dès les premiers mots, on le voit, il a bien soin

(1) La Chronique de Paris, qni mentionTie à peine le discours de Kobespierre pour £i« qa'U n*a pas fait dans la société de nombreux prosélytes, ajoute, en vantant beaucoup le disocnn de Bœderer, que les i^plaudissements qu*il a reçus prouvent assez que les sentiments des Jacobins au sujet de la guerre ne sont pas équivoques (nu- 3Déro354 de Tannée 1791). Le Patriote françoiê nVst pas moms explicité, et se flatte, afiês avoir eité un long fragment du diaconn de BÏsderer, que tons les esprits sont à la guerre. On con^rend maintenant quel sera le dépit des journaux girondins qnand, après plus de six semaines de luttes, la société des Jacobins se sera presqua tout entière convertie à Popinion de Robespierre.

d*étabUr une distinction formelle entre les partisans de la cour, c'està-dire les Feuillants, les royalistes, et ces bons citoyens mus par un sentiment généreux et l'enthousiasme du patriotisme, c*est-à-dire les Girondins.

Reprenant ensuite des arguments qu'il' avait fait valoir déjà, et les discutant avec plus de force, il se demanda de quelle sorte de guerre la France était menacée. S'agissait-il de la guerre d'une nation contre d'autres nations, d'un roi contre d'autres rois? non; mais de la guerre formidable de tous les ennemis de la Révolution française contre cette Révolution. Or les plus dangereux, les plus redoutables de ces ennemis n'étaient pas à Coblentz , ils se trouvaient au sein même du pays; et c'était à eux, à la cour, au ministère, que Ton confierait la direction d'une telle guerre !

Puis, envisageant la question à un point de vue économique et philosophique, Robespierre traça une sombre peinture dés maux auxquels s'exposait un peuple en se laissant aveuglément entraîner dans les hasards de la guerre, ce premier vœu de tout gouvernement qui cherche à accroître sa puissance. Pour le ministère, c'était un moyen commode de couvrir d'un voile impénétrable ses déprédations, mais quelle cause d'épuisement et de ruine pour les finances de la nation ! La guerre! mais c'était le plus grand péril de la liberté naissante î Par elle s'établissaient les dictatures ; par elle l'attention générale, détournée des délibérations intéressant nos droits civils et politiques, se portait exclusivement sur les événements extérieurs, et les généraux, les ministres grandissaient au détriment des législateurs et des magistrats; par elle enfin se constituait dans les villes frontières ce régime arbitraire devant lequel disparaissaient toutes les garanties protectrices des droits des citoyens. Et quel danger n'y avait-il pas dans l'enthousiasme trop naturel d'une nation et des soldats pour un général victorieux ? L'histoire ne nous montrait-elle pas les chefs heureux faisant toujours pencher la balance en faveur du parti qu'ils avaient embrassé, s'emparant eux-mêmes de l'autorité quand ils avaient le tempérament des César et des Gromwell; ou, si c'étaient des courtisans sans caractère, renforçant le pouvoir du maître , à la condition d'être ses premiers valets? La guerre dirigée par un gouvernement perfide lui semblait donc recueil le plus ordinaire des peuples libres. Ah ! comme au dixneuf Brumaire, les survivants de la Révolution devront se rappeler ce magnifique discours de Robespierre !

Différent était, il est vrai, le raisonnement des patriotes qui, cédant à un généreux entraînement, paraissaient regarder la guerre comme la source de tous les biens ; aussi, faisant allusion à quelques lignes du

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