‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 26 sur 314 · LIVRE VI. — SA REPONSE MODEREE A BRISSOT · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — SA REPONSE MODEREE A BRISSOT

Patriote français^ citées plus haut, l'orateur ajoutait : « On croit déjà voir le drapeau tricolore planté sur le palais des empereurs, des sultans, des papes et des rois ; ce sont les propres expressions d'un écrivain patriote qui a adopté le système que je combats. D'autres assurent que nous n'aurons pas plutôt déclaré la guerre que nous verrons s'écrouler tous les trônes à la fois. Pour moi, qui ne puis m'empécher de m'apercevoir de la lenteur des progrès de la liberté en France, j'avoue que je ne crois point encore à celle des peuples abrutis et enchaînés par le despotisme. Je crois autant que personne aux prodiges que peut opérer le courage d'un grand peuple qui s'élance à la conquête de la liberté du monde ; mais quand je fixe les yeux sur les circonstances réelles où nous sommes ; lorsqu'à la place de ce peuple je vois la cour ; lorsque je ne vois plus qu'un plan imaginé, préparé, conduit par des courtisans; lorsque j'entends débiter avec emphase toutes ces déclamations sur la liberté individuelle à des hommes pourris dans la fange des cours, qui ne cessent de la calomnier, de la persécuter dans leur propre pays, alors je demande au moins que Ton veuille bien réOédiir sur une question de cette importance. »

En effet, poursuivait-il, si la cour et le ministère n'avaient pas un intérêt puissant à entreprendre la guerre, auraient-ils négligé les plus simples précautions pour la prévenir ? Ne les avait-on pas vus favoriser, encourager même les émigrations? Ne les avait -on pas entendus se plaindre amèrement des municipalités et des corps administratifs qui avaient tenté d'y mettre une digue et de s'opposer ainsi à l'exportation de nos armes et de notre numéraire? En vain venait-on parler de ces proclamations ambiguës adressées aux rebelles pour les engager à rentrer dans le sein de la patrie ; ces lettres mêmes, pleines d'indulgence pour des conspirateurs armés, se disant, il est vrai, les champions de la noblesse et de la cour, semblaient être une invitation tacite à persister dans leurs criminels desseins. Si le roi et ses ministres avaient réellement voulu la cessation d'un tel état de choses, et détruire sur nos frontières le foyer de la rébellion, auraient-ils opposé le veto royal aux mesures décrétées contre les émigrés par l'Assemblée nationale? Comment comprendre qu'après avoir usé de tant de ménagements à l'égard d'individus traîtres envers la patrie, on vienne aujourd'hui proposer la guerre contre eux au moment même, pour ainsi dire, où l'on repoussait également un décret destiné à réprimer leurs alliés natmrels, ces prêtres séditieux qui, au nom du ciel, troublaient l'ordre public et commençaient à allumer dans toutes nos provinces le flambeau de la discorde et du fanatisme ?

Rappelant ensuite les trames ourdies , dans les derniers temps de

rAssemblée constituante, pour altérer la constitution, par ceux qu'o 5..^ appelait, par dérision sans doute, les Constitutionnels, il montrait ce .5] mêmes hommes complotant, non pas le retour de Tancien régime, Oxv ils n'avaient point de place, mais rétablissement d'un état de chosetr • plus favorable. à leur intérêt personnel, à leur ambition. Il leur falla>. k une chambre haute, composée de nobles et même d'hommes des coin f: munes, à qui Ton conférerait la noblesse. Or nous savons aujourd'hui: par expérience, hélas! avec quelle facilité les meneurs de la hautt^^bourgeoisie, d'anciens révolutionnaires même, se laissent affubler dtrc titres d'emprunt, et, déserteurs du parti populaire, passent dans le camp > des privilégiés; oui, nous savons trop combien, depuis, se sont véri—-; fiées les prévisions de Robespierre. On comptait sans doute sur les-y accaparements, la famine, le chômage, la guerre enfin, pour amener : le peuple, par la lassitude, à une infâme composition. N'était-ce points -^ là le secret des faveurs ministérielles accordées à tous les contre-révcH.;^ lutionnaires, et de la persécution dont les patriotes étaient constamment ^, l'objet? Ah ! les nobles, les Feuillants, les intrigants de toutesles classes, ^ savaient bien qu'il valait mieux poursuivre la fortune en France même, ,; au milieu des troubles, que de l'aller chercher à Coblentz. Aussi les voyait-on s'attacher, par tous les moyens, à mettre obstacle à la loyale exécution de la constitution aujourd'hui terminée, et travailler ouvertement à diviser l'Assemblée législative. Eh bien 1 n'était-ce pas à tous . ces gens-là, aux ministériels, aux journalistes vendus à la cour, qu'on ^ entendait aussi pousser des cris belliqueux ? Le ministre de la guerre [ n'avait-il pas dénoncé du haut de la tribune nationale les patriotes dont l'opinion sur ce point n'était pas conforme à la sienne? La cour voulait donc la guerre, mais à son heure, à sa convenance ; elle la voulait, pour se parer, aux yeux de la nation, d'un semblant de patriotisme; elle la voulait, pour diriger à sa guise les forces du pays, tourner* un moment donné contre la Révolution elle-même cette épée dont la constitution armait sa main, et ressaisir le pouvoir absolu. Et, pour la réussite de son plan, elle comptait sur l'incivisme de certains corps administratifs, comme. ce directoire de Paris composé de ministériels tels que Beaumetz, Desmeuniers et Talleyrand; sur la corruption des fonctionnaires publics, l'ambition des uns, la pusillanimité des autres, la fatigue du peuple, et surtout sur ces égoïstes favorisés de la fortune, qui, aimant la Révolution parce qu'elle les avait égalés à ceux au-dessous desquels ils étaient Jadis, ne pouvaient consentir à leur tour à être les égaux de ceux qu'ils regardaient comme leurs inférieurs, c Législateur patriote, à qui je réponds en ce moment, » s'écriait

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