‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 251 sur 314 · LIVRE X. — • SON OPINION SUR LA PROPOSITION DR BANNIR LES CAPET STI · texte numérisé non relu

LIVRE X. — • SON OPINION SUR LA PROPOSITION DR BANNIR LES CAPET STI

Ah! que les Girondins ne se rendirent-ils alors aux sages observations de Robespierre! Examinant dans quelle mesure les représentants relevaient les uns des autres, Maximilien regardait comme absurde Vidée de supposer qu'une Assemblée nationale pût arbitrairement retrancher de son sein quelques-uns de ses membres, chaque député appartenant an peuple et non à ses collègues. Le peuple seul avait le droit de révoquer ses mandataires ; autrement ses représentants pourraient altérer d'eux-mêmes la représentation nationale, et la souveraineté et la liberté publique ne seraient bientôt plus. Oui , si les Girondins avaient écouté ces conseils si sensés, ils n'auraient pas provoquéchaque jour la Convention à se décimer elle-même; ils se seraient bien gardés d^entamer la représentation nationale, et n'auraient pas à répondre devant la postérité d'avoir pris l'initiative de proscriptions dont ils devaient finir par être victimes eux-mêmes. Toutes ces réflexions n'empêchaient pas Robespierre de se rallier à la proposition de Buzot. Cependant, en principe, il était d'avis qu'une nation puissante, bien pénétrée d'horteur pour la tyrannie, n'était point réduite à redouter des individus, quels, que fussent leurs noms et leur famille; c'est pourquoi, afin de concilier l'intérêt de la liberté avec celui de la justice, il assignait pour terme de l'exil des membres de la famille d'Orléans l'époque, assez prochaine selon lui, où la constitution serait affermie. En effet, ou le peuple était mûr pour la République, et une proscription plus longue était inutile, ou bien il ne Tétait pas, et elle était impuissante. Le meilleur remède à opposer aux périls de la liberté n'était donc point là. Il fallait, disait-il à ses adversaires, s'occuper avant tout et uniquement du soin d'élever l'édifice du bonheur public sur les bases de la justice et de l'égalité, et non présenter à tout moment au pays les deux seuls fléaux qui pussent détruire la République : la guerre civile et l'anarchie. « Pour moi, je voterai volontiers avec vous pour l'exil des Capet; mais garantissez-moi que ce sera là le dernier acte de proscription; garantissez-moi que le lendemain vous nous permettrez de présenter de bonnes lois (1). » On voit une fois de plus combien modéré il était encore auprès de ses adversaires. Mais l'Ami du peuple n'était point de son avis; il s'opposait absolument à la proscription d'Égalité, p^rce que, suivant lui, la faction girondine ne voulait frapper la représentation nationale dans d'Orléans que pour atteindre les amis

(1) Voyez le Journal des débats et de la correspondants ds la Société des Jacobins, nnm^ro 321, et dans les Lettres de Jf. Robespierre à ses commeîtans, le long et remarquable article intitulé : Sur la proposition faite de bannir tous les Capet, lequel xi*est que le développement du discours improvisé prononcé par lui aux Jacobins dans la séance du 16 décembre 1792. (Numéro 11, p. 486 & 512.)

»78 HISTOttiE U£ ROBKSPiLKRE

du peuple ; t vouft-méme, iiebei^Herre, » ajoutait-il, « vous séries à 1» tète. > On lésait de reste, ai Maximilien ne fut point proscrit dès cette époque, ce ne fut pas la faute des Girondins.

La Convention avait volé d'enthousiasme le bannissement de toute la famille des Bourbon et lyourné sa décision à deux jours en ce qui concernait particulièrement Philippe Égalité. Mais ce jour-là, c'était le 19 décembre, se présenta une députation des quarante-huit aections, ayant è aa tête le maire de Paris, Nicolas Chambon. £Ue était chargée de remettre k l'Assemblée une adresse de protestation tendante a» rapport du décret de proscription. La présence des commissaires autour de la Convention avait excité dans les couloirs et au dehors un assez grand tumulte. Robespierre demanda la parole, et TayaDt obte* nue, non sans peine« il essaya de démontra combien étaient dange* reuses en ce moment les motions de la nature de celle de Buzot et de Louvet. Il y voyait un complot contre la tranquillité publique, comme dans la proposition récemment émise par Guadet de faire reviser par les assemblées primaires la nomination des députés élus à la ConveiH* tion nationale. Ceu3L->là mêmes qui accusaient Paris d'être un foyer de troubles semblaient prendre à tâche de fomenter le désordre; tandis que les députés sur lesquels on déversait la calomnie à peines maina ne cessaient de prêcher le calme* De violents murmures et des applaudissements non moins vifs accueillirent ces paroles.

Les auteurs mêmes de la motion objet des réclamations populaires étaient, à ses yeux, les véritables instigateurs du désordre. On n'avait, dit-il, provoqué la pétition des sections parisiennes que pour faire croire aux départements qu'on voulait influencer les délibérations de la Convention nationale, que Paris n'était pas digne de la posséder, et qu'il fallait la transférer ailleurs, était-ce là un pur effet de Timagi* nation de Robespierre, ou bien y avait-il dans la circonstance quelque chose qui pût prêter -matière h ses soupçons? 11 dut fort s'étonner k coup sûr de voir Chambon, créature des Girondins, à la tête d'une députation venant protester contre une motion girondine. Bazire étant allé trouver les pétitionnaires pour leur faire comprendre combien leur démarche était intempestive, on lui avait répondu : « Cetle démarche nous a été suggérée par des hommes qui nous sont suspects; c'est Chambon surtout qui tient à ce que nous soyons admis, et vous savez avec qui Chambon a*des relations (1). » On voit d'où étaient nés les soupçons de Robespierre, et ils s'accrurent certainement quand il entendit Tallien déclarer qu'il avait engagé en vain le

(1) Déclaration de Bazire. Voyez le Moniteur du 20 décembre 1792.

Page 1