‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 253 sur 314 · LIVRE X. — PLAIDOYER DE DESÈZE · texte numérisé non relu

LIVRE X. — PLAIDOYER DE DESÈZE

Le mercredi 26 décembre, Louis reparut à la barre de l'Assemblée. Ce jour-là Desèze, avocat de Bordeaux, protégé par la Gironde, pro • nonça la défense du monarque déchu. Robespierre la trouva « simple et foible. « Elle ne répondit pas, à son avis, à ce que les partisans de la royauté étaient en droit d'en attendre, ni à ce que les amis de la liberté pouvaient craindre des efforts de Téloquence unis à des préjugés très-vivaces encore. Dans une pareille cause, il eût été nécessaire de déployer ces mouvements pathétiques, de pousser ces cris du cœur auxquels on est rarement insensible : Tavocat de Louis n'en avait rien fait, et il lui avait paru au-dessous de sa tâclie (1). Nos lecteurs connaissent le plaidoyer de Desèze, il leur est donc facile d'apprécier par eux-mêmes la justesse des observations de Robespierre; ce qu'il y a de certain, c'est que la Convention ne fut nullement touchée.

On sait de quel indescriptible tumulte l'Assemblée devint le théâtre quand vers cinq heures Louis XVI se fut retiré avec ses défenseurs. L'accusé, après avoir prononcé quelques paroles, ayant déclaré qu'il n'avait rien à ajouter à sa défense, le débat était clos, disait un député de Paris, le vieux Raffron du Trouillet, et l'on devait passer tout de suite au jugement (2). Mais ce n'était point là le compte d'une partie des membres de la Convention; toutefois, après une séance des plus orageuses, l'Assemblée décida, sur la proposition de Couthon, que la discussion était ouverte sur le jugement de Louis Capet, et qu'elle serait tontinuée, toutes affaires cessantes, jusqu'à la prononciation du jugement.

Un incident inattendu surgit tout à coup au milieu de ce procès, et compliqua les embarras. Un ancien constituant, enrôlé dans les rangs de la Gironde, le député Salles, vint inopinément, dans la séance du 27, proposer à ses collègues d'ériger en quelque sorte toutes les assemblées primaires en tribunaux et de leur abandonner la ratification du jugement prononcé par la Convention. Les Girondins, a-t-on dit, avaient imaginé ce système de l'appel au peuple dans le but de sauver le roi. Ne voulant pas compromettre leur popularité, — hélas! déjà bien comrpromise! — en essayant ouvertement d'arracher eux-mêmes le roi aune condamnation capitale, ils comptaient sur leur nombre et sur leur influence dans les départements pour obtenir des assemblées primaires une décision favorable. C'est du moins ce qu'un des leurs a soutenu (3) , mais cela ne me parait nullement conforme à la vérité. Comment ! ils voulaient sauver Louis XVI, et ce dessein ils l'auraient hypocritement

(1) Lettres de M, Roitespierre àêea commettanê^ numéro 12, p. 573.

(2) Journal des débati et dee décrète de la ConeerUion^ numéro 100, p. 441.

(3) Mercier, dans son Nouveau Parier oeuvre d'un maniaque, 8*il en fut jamais.

Wl HISTOIRE DB ROBESPIERRE

dissimulé sous une question de forme; et les plus fougueux défenseurs de ce système de Tappel au peuple, comme Buzot et Vergnîaud, auraient ensuite voté la mort! Non, c'eût été une lâcheté dont je ne crois pas de tels hommes capables. Passe encofe pour Salles; lui du moins •ne se prononça point pour la mort. D'ailleurs, comme ne manqua pas de le rappeler Robespierre, Salles était précisément le membre qui, du temps de l'Assemblée constituante, alors 'qu'après la fuite de Varennes on proposait déjà de mettre le roi en jugement, avait défendu la <ioctrine de Tinviolabilité absolue, et qui, deux jours après les massacres du Champ-de-Mars, en juillet 1 19\ , avait soutenu unprojet de décret portant établissement d'une commission chargée de juger souverainement dans ie plus bref délai les patriotes désignés aux vengeances de la cour (1). Un tel homme était naturellement bien disposé à prêter son concours à toute mesure contre-révolutionnaire.

Ge qui nous semble, à nous, bien évident, bien constaté, c'est qu*en provoquant l'appel au peuple, les Girondins reprirent tout simplement. en sous-œuvre et sous une autre forme, l'étrange proposition, récemment iaite par Guadet, de convoquer les assemblées primaires afin de soumettre à leur révision le choix des députés, proposition insidieuse, ae tendant à rien moins qu'à remettre en question l'existence de la ^ Convention, et que l'Assemblée avait repoussée avec horreur, disait ^Robespierre (2). Salles avait eu le tort de terminer son discours en insinuant qu'on attribuerait au seul peuple de Paris le jugenôent de Louis XVI, comme si la Convention n'était pas la France entière. C'était d'ailleurs une injure gratuite à cette grande Assemblée que de la supposer capable de voter sous la pression de la place publique en cette solennelle circonstance. Buzot, qui dès le lendemain soutint aussi l'appel au peuple en ce sens que les assemblées primaires auraient seulement à ratilSer la peine de mort portée par la Convention, eut le tort plus grand, selon son habitude du reste, de provoquer inutilement ses adversaires, de parler d'un ton de mépris de ces hommes qui •imroquaient sans cesse dans leurs discours la souveraineté du peuple pour l'en dépouiller, de les traiter de déclamateurs insensés, -et de les «ccuser d'agiter la République par leurs calomnies (3). De leiles paroles,

(1) Yoyex le ditooms d« Robespierre dans les LBttr$a de M, Mobttpiêm àatt commettait numéro 12, p. S61 et 562. — Salles se défendit en disant, sur le premier point, ({uii fallait se reporter aux circonstances d'abord ; sur le second, qu'il n'avait parlé que comme nonlnredacoimté des rapports. Misérable excuse ! Est-oe que jamais on est obligé d'^ lapporteur d'un projet de loi dont on est l'adversaire ? Voyez le Moniteur du 30 décembre 1792.

(2) Lettres i$ M, Rokeii^iirre à ses commêUcmsj numéro 12, p. 553.

43) Yoyaz le dÏMcrars de Buot dans VBiaioirt farlemêtUaire, t. XXII, p. 102*

Page 1