‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 255 sur 314 · LITRE X. — SECOND DISCOURS SUR LK JUGEMENT DU ROI · texte numérisé non relu

LITRE X. — SECOND DISCOURS SUR LK JUGEMENT DU ROI

Bonemîsdela République, de leur donner la facilité de se compter? Oui, tous les intrigants s'empresseraient de courir aux assemblées primaires ; mais le cultivateur abandonnerait-il son champ, l'ouvrier le travail auquel était attachée son existence journalière ? Ici Robespierre combattait avec un grand sens politique cette thèse impossible du gouvernement direct du peuple par lui-même. Le peuple avait manifesté sa volonté après Finsarrection du mois d'août, et il avait délégué ses pouvoirs à des mandataires chargés du salut de l'État et de la rédaction d'une constitution qu'on soumettrait à sa ratification, parce qu'alors il s'agirait du pacte social et non point d'une circonstance particulière à laquelle se trouvait lié l'intérêt général.

En renvoyant aux quarante -quatre mille assemblées primaires la cause de Louis, voulait-on persuader au peuple qu'un roi était au dessus de l'humanité? £t si la Convention n'avait pas osé trancher elle-même, la question de la peine, les sections ne se croiraient-elles pas en droit de la discuter éternellement? Ainsi donc c'était un pro- |cès sans terme, engagé à l'heure où la guerre étrangère n'était I point terminée, où les despotes, alliés de l'accusé, se disposaient à : déployer toutes leurs forces contre la République naissante; et pour trancher la question, les intrigants attendraient peut-être le moment où les patriotes auraient abandonné leurs foyers pour courir aux frontières, où il ne resterait plus dans les assemblées primaire^ que des hommes lâches et faibles et les champions du feuillantisnje et fie l'aristocratie. Alors on verrait tous les bourgeois orgueilleux, tous les ci-devant privilégiés^ cachés sous le masque du civisme, décider insolemment des destinées de l'État. Ne remettrait-on pas en question jusqu'à la République elle-même, dont la cause était naturellement subordonnée au procès du roi détrôné ? Et cela pendant que la véritable majorité se trouverait bannie des assemblées primaires, puisqu'elle serait dans les camps, à l'atelier ou aux champs. N'était-ce pas se jouer de la majesté du souverain que de lui renvoyer une affaire qu'il avait . chargé ses représentants de terminer ? Si le peuple avait eu le temps de s'occuper de ce procès ou de décider des questions d'État, il n'eût point confié à une Assemblée nationale le soin de ses intérêts. Le seul moyen qu'avait la Convention de lui témoigner sa fidélité, c'était de lui donner des lois justes, non la guerre civile.

Jusqu'ici Robespierre, en répondant aux partisans de l'appel au

peuple, s'était tenu sur le terrain des principes; mais les précédents

orateurs, Buzot surtout, étaient entrés dans la voie des récriminations

€t des personnalités les plus regrettables. Robespierre les y suivit, et

, il les y suivit forcément, parce que certaines attaques, faites ainsi à

sensibilité naturelle au salut d'un grand peuple et de rhumaniié opprimée. Citoyens, i^ sensibilité qui sacrifie Tinnocence au crime est une sensibilité cruelle, la clémence qui compose avec la tyrannie est barbare. »

Était-ce, poursuivait-il, le désir de la nation qui forçait l'Assemblée à se montrer rigoureuse envers Louis XYI? Nullement; c'était la nécessité de cimenter la liberté et la tranquillité publiques. Or, que proposait-on? un mode de jugement ou de ratification devant facilement entraîner les retards les plus funestes. N'eût-on pas condamné dans les vingt-quatre heures, sur des preuves mille fois moins convaincantes, un malheureux accusé d'un crime ordinaire? Quand, après son arrestation à Varennes, le roi était rentré humilié dans son palais, une clameur universelle s'était élevée contre lui; mais on avait adroitement laissé reposer l'affaire ; peu de temps après, c'était un crime d'invoquer contre lui la sévérité des lois, de réclamer la punition de son attentat, et ceux qui étaient restés fidèles à la cause publique, aux principes sévères de la liberté, étaient persécutés et calomniés dans toute l'étendue de la France. Pareille chose n'arriverait-elle pas aujourd'hui? Et quel prétexte invoquait-on pour retarder le jugement? L'honneur de la nation, la dignité de l'Assemblée ! L'honneur de la nation consistait à foudroyer les tyrans, et la gloire de la Convention à sauver la patrie et à cimenter la liberté par un grand exemple donné à l'univers. « La postérité, » disait-il à ses collègues, c vous admirera ou vous méprisera selon le degré de vigueur que vous montreree dans cette occasion ; et cette vigueur sera la mesure aussi de l'audace ou de la souplesse des despotes étrangers avec vous; elle sera le gage de notre servitude ou de notre liberté, de notre prospérité ou de notre misère. Citoyens, la victoire décidera si vous êtes des rebelles ou les bienfaiteurs de l'humanité; et c'est la hauteur de votre caractère qui décidera la victoire. » On n'avait donc pas réfléchi à toutes les lenteurs qu'entraînerait cet appel au peuple? On allait convoquer les quarante-quatre mille assemblées primaires de la République, soit; mais n'était-ce pas décréter la guerre civile en permanence? Prévoyait-on les luttes orageuses auxquelles donnerait lieu une pareille question au sein de cette multitude de sections où ne manqueraient pas de se rendre en foule tous les mauvais citoyens, les Feuillants, les aristocrates et les émigrés, qu'on verrait revenir tout exprès pour peser sur les délibérations des assemblées primaires, pour influencer les hommes simples et corrompre à prix d'argent toutes les âmes vénales? Ne s'était-on pas aperçu qu'un semblable système était le meilleur moyen de rallier tous les royalistes, tous les

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