LITRE X. — SECOND DISCOURS SUR LK JUGEMENT DU ROI
ennemis de la République, de leur donner la facilité de se compter? Oui, tous les intrigants s'empresseraient de courir aux assemblées pri- Hiaires ; mais le cultivateur abandonnerait-il son champ» l'ouvrier le travail auquel était attachée son existence journalière ? Ici Robespierre combattait avec un grand sens politique cette thèBe impossible du gouvernement direct du peuple par lui-même. Le peuple avait manifesté sa volonté après Tinsarrection du mois d'août, et il avait délégué ses pouvoirs à des mandataires chargés du salut de TÉtat et de la rédaction d'une constitution qu'on soumettrait à sa ratification, parce qu'alors il s'agirait du pacte social et non point d'une circonstance particulière à laquelle se trouvait lié l'intérêt général.
En renvoyant aux quarante -quatre mille assemblées primaires la cause de Louis, voulait-on persuader au peuple qu'un roi était au dessus de l'humanité? Et si la Convention n'avait pas osé trancher elle-même, la question de la peine, les sections ne se croiraient-elles pas en droit de la discuter éternellement? Ainsi donc c'était un procès sans terme, engagé a l'heure où la guerre étrangère n'était point terminée, où les despotes, alliés de l'accusé , se disposaient à déployer toutes leurs forces contre la République naissante; et pour trancher la question, les intrigants attendraient peut-être le moment où les patriotes auraient abandonné leurs foyers pour courir aux frontières, où il ne resterait plus dans les assemblées primaire^ que des hommes lâches et faibles et les champions du feuiliantisipe et lie l'aristocratie. Alors on .verrait tous les bourgeois orgueilleux, tous les ci-devant privilégiés^ cachés sous le masque du civisme, décider insolemment des destinées de l'État. Ne remettrait-on pas en question jusqu'à la République elle-même, dont la cause était naturellement subordonnée au procès du roi détrôné ? Et cela pendant que la véritable majorité se trouverait bannie des assemblées primaires, puisqu'elle serait dans les camps, à l'atelier ou aux champs. N'était-ce pas se jouer de la majesté du souverain que de lui renvoyer une affaire qu'il avait chargé ses représentants de terminer ? Si le peuple avait eu le temps de s'occuper de ce procès ou de décider des questions d'État, il n'eût point confié à une Assemblée nationale le soin de ses intérêts. Le seul moyen qu'avait la Convention de lui témoigner sa fidélité, c'était de lui donner des lois justes, non la guerre civile.
Jusqu'ici Robespierre, en répondant aux partisans de l'appel au peuple, s'était tenu sur le terrain des principes; mais les précédents orateurs, Buzot surtout, étaient entrés dans la voie des récriminations et des personnalités les plus regrettables. Robespierre les y suivit, et il les y suivit forcément, parce que certaines attaques, faites ainsi à
.T»S6 IHSTOiaE DE ROitetiPiBRRE
la face du pays, ne pouvaient rester sans réponse. « Citoyei», » «Kt-S, c je connois le zèle qui vous anime pour le bien public; yous étiez h dernier espoir de la patrie; tous pouvez la sauver encore. Pourquoi faut-il que nous soyons quelquefois obligés de croire que nous avons commencé notre carrière sous d'affreux auspices? C*est par la terreur et par la calomnie que Tintrigue égara TAfisemblée conatituanle dooC la majorité étoit bien intentionnée, et qui avoit fait d'abord de à grandes choees. ie suis effrayé de la ressemblance que j'aperçois entre deux périodes de notre Révolution que )e même roi a rendus mémo- Taises.. ••
(( Aujourd'hui Louis a encore cet avai^ge sur les défenseurs de k •liberté que ceux-ci sont poursuivis avec plus de fureur que lui-même. Personne ne peut douter qu'ils ne soient diffamés avec plus de aoin et à plus grands frais qu'au mois de juillet 1791... Alors nous étions des factieux, aujourd'hui nous sommes des a^^tateurs et des anarchistes.... N'est-il pas évident que c'est moins k Louis XVI qu'on fait le procès qu'aux plus chauds défenseurs de la liberté? Est-ce <3oatrela tyrannie de Louis XVi qu'on s'étève? non; c'est contre la tyrannie d'un petit nombre de patriotes opprimés. Sont-ce les complots de Taristocratie qu'on redoute ? non ; c'est la dictature de je ne sais quels députés du peuple, qui sont U tout prêts è la remplacer. On veut conserver le tyran pour l'opposer à des patriotes sans pouvoir. Les perfides I ils disposent de toute la puissance publique et de tous les trésors de l'État, et ils nous accusent de despotisme^ Il n'est pas un hameau dans la République où ils ne nous aient diffamés ; ils ^suiseot le trésor public pour multiplier leurs calomnies ; ils osent, au mépris de la foi publique, violer le secret de la poste pour arrêter toutes les dépêches patriotiques, pour étouffer la voix de Tinnocence et de la vérité! et ils crient à la calomnie! lis nous ravissent jusqu'au droit de suffrage, et ils nous dénoncent comme des tyrans! Ils présentent comme des actes de révolte les cris douloureux du patriotisme outragé par l'excès de la perfidie, et ils remplissent ce sanctuaire des •oris de la rengeance et de la fureur ! »
Si donc le projet d'avilir et d'anéantir la Convention existait, œ n'était ni parmi les défenseurs ardents de la liberté, ni dans le peuple qui lui avait tout immolé, ni dans l'Assemblée elle-même, laquelle cherchait le bien et la vérité, ni même dans les dupes d'une intrigue fatale, mais dans une vingtaine de membres s'achamant à priver da droit de suffrage les représentants du peuple qui avaient refusé de servir leur ambition. Pour éterniser la discorde et pour se rendre mal* très des délibérations, ils avaient imaginé de partager fa Convention en