UVRE X. — SECOND DISCOCKS SUR LE JUGEMENT DU ROI
majorité et en minorité. Mais la naajorité, est-ce qu'elle appartenait à aucun parti? Est-ce qu'elle ne se renouvelait pas incessamment, là où les délibérations étaient sérieuses et calmes? Est-ce qu'elle ne devait pas être acquise à la cause publique et à la raison éternelle ? Pour lui, il répudiait ces majorités formées dans des conciliabules ténébreux, autour des tables ministérielles ; et, après avoir invoqué le droit des minorités de faire entendre partout la vérité, il ajoutait ces paroles si connues: t Lavertufuttoujoursenminoriiésurlaterrel » Acette noble protestation contre l'oppression des minorités par les majorités, des ap • plaudissements, que ne put réprimer le président, partirent des tribunes et d'une partie de l'Assemblée ( 1). « Sans cela » continuait-il, » la terre seroit^-elle peuplée de tyrans et d'esclaves?Hampden et Sidney étoient de la minorité, car ils expirèrent sur un échafaud ; les Critias, les Anitus, les €ésar, les Clodius étoient de la majorité, mais Socrate éloit de la minorité, car il avala la ciguë ; Caton étoit de la minorité, car il déchira ses entrailles. Je connois ici beaucoup d'hommes qui serviront, s*il le faut, la liberté à la manière de Sidney et d'Hampden; et, n'y en eût-il que cinquante, cette seule pensée doit faire frémir tous ces lâches intrigans qui veulent égarer la majorité. » Les dernières paroles de Robespierre furent encore un appel à la conciliation et à la concorde; tl engagea même le peuple à ne donner, par Texpression un peu trop vive de ses sentiments, aucun prétexte à des mesures dangereuses et à garder ses applaudissements pour le temps où TAssemblée aurait fait quelque loi utile à Thumafiité. Lui rappelant le jour oh un simple ruban tricolore, étendu par les citoyens eux-mêmes dans le jardin des Tuileries, avait suffi pour garantir la demeure de Louis XVI encore sur le trône, il lui disait : « Souviens-toi de la police maintenue jusqu'ici sans baïonnettes,^par la seule vertu populaire ; » et il le conjurait de déjouer la malveillance perfide et d'arrêter dans ses écarts le patriotisme trompé (2). Ce discours magistral avait été écouté au milieu d'un silence religieux'; jamais la Convention n'avait présenté le spectacle d'un calme pareil : elle s'était trouvée comme subjuguée par la grandeur et par la
(1) Moniteur du 30 décembre 1792.
(2) Voyez œ disooun dans les Lettrm de M, Hobêefnerreàées eommeikm», numéro 12 1 p. 533 à 571. Il se trouve dans le Moniteur du 30 décembre 1792 et dans le Journal Ses débaU et des décrété (supplément au numéro 101), mais avec des variantes et des abréviations. Ce second discours a eu également deux éditions à Pépoque, Pune de l'imprimerie natiomile (In-8« de 20 p.,) Tautrede rimprimeriede DupUin, 1792 (lu-S" de 40 p.) Il a été reproduit d'après le journal de Robespierre, dans VHittoire parlemMr taire, t. XXII, p. 103 à 123, et dans les Œuvres de Robespierre, t. III, p. 126.
Trop rares sont les occasions où M. Michelet s'est montiééqui table envers Robespierre pour que nous ne signalions pas la justice qu'il lui a rendue en celte occasion. (Voyez son Histoire, t. V. p. 211.)
majesté de la discussion. Le discours de Robespierre eut sur elle une influence décisive. Inutile de demander si son immense succès exas* péra les feuilles girondines. Le journal de Brissot notamment vomit contre l'orateur un torrent d'injures, et Ton put lire dans le Courrier des quatre-vingt-trois départemens^ que ce discours était un chefd'œuvre d'astuce, où la perfidie se pliait et se repliait sous toutes les formes (1). Cette nouvelle infamie de Gorsas fut vivement dénoncée aux Jacobins dans la séance du 30 décembre; mais, s'écria Thuriot, que nous importent les diatribes de Gorsas et de tous les journalistes ven* dus à la faction brissotine (2)! Au reste, entre ses critiques et lui, Robespierre résolut de prendre le public pour juge : il inséra dans son propre journal, à la suite de son discours, les appréciations émises par les feuilles de Brissot et de Gorsas, dont chacun put ainsi juger la bonne foi (3). Bourdon, aux Jacobins, traita d'admirable, de sublime, le discours de Maximilien, et il demanda que, toutes affaires cessantes, on invitât son auteur à en donner lecture à la société. Cédant aux instances de l'assemblée, Robespierre monta à la tribune. Son discours fut écouté au milieu d'un calme imposant, accueilli par des applaudissements enthousiastes, et plusieurs membres s'empressèrent de souscrire afin qu'il fût répandu par la voie de l'impression, au plus grand nombre d'exemplaires possible (4). Nous verrons tout à l'heure quelle influence il eut sur la décision de la Convention nationale.
Vin
Laisser l'Assemblée sous l'impression des paroles de Robespierre, c'était abandonner à peu près la question de l'appel au peuple ; la Gironde chargea donc son plus brillant orateur du soin de combattre Maximilien. Le 31 décembre 1792, Vergniaud montait k la tribune et y prononçait un des plus beaux mais aussi un des plus haineux discours qui soient sortis de sa bouche éloquente.
Nous n'avons à le considérer, quant à nous, on le comprend, qu'au point de vue des attaques dont il est rempli à l'égard de Robespierre. Nous
(1) Voyez le Patriote françoit, numéro 1235, et le Courrier det quotn-vingt-trois départemens du 29 décembre 1792.
(2) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Jacobins ^ numéro 330.
(3) Lettres de M. Robespierre à ses commettans, numéro 12, p, 571 et 572.
(4) Journal des débats et de la correspondance,,, numéro 330.