‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 263 sur 314 · LIVRE X. ~ LE TOTC M PHILIPPE EGALITE (SOS · texte numérisé non relu

LIVRE X. ~ LE TOTC M PHILIPPE EGALITE (SOS

tribunal criminel de Douai. Sans doute pour la déclaration du fait, il

fallait non pas seulement les deux tiers des voix , mais dix sur douse :

or, sur ce point la Convention s'était, on l'a vu, prononcée presque à

^unanimité ; mais il n'en était pas de même quand il s'agissait de Tap^

plîcation de la peine : trois voix sur cinq suffisaient dans ce cas (1).

Robespierre reprit la parole pour combattre à son tour le discours

insidieux de Guadet (2); et, sur sa proposition, l'Assemblée, déclarant

qu'il n Y avait pas Heu à statuer sur rajoumemcnt demandé par Guadet,

rejeta Tappel interjeté par Louis; puis elle ajourna au lendemain la

discussion de la question de savoir s'il serait sursis h l'exécution de

rarrôt de mort (3). Ce fut le dernier acte de cette longue et dramatique

séance ; elle n'avait pas duré moins de trente-six heures. Quand, le

jeudi, les membres de la Convention quittèrent la salle de leurs

séances^ il était près de onze heures du soir.

Robespierre avait joué dans ce procès un rôle considérable, et il est possible, comme le prétend Garât dans son Mémoire justificatif, que les considérations politiques développées par lui aient décidé un certain nombre de ses collègues à voter une mesure que réprouvaient I leurs cœurs. Lui-même avait dft faire violence à ses sentiments les phis chers pour insister avec autant de force sur la nécessité d'appliquer la peine capitale au dernier roi des Français. Il y eut cependant on homme dont le vote rigoureux l'étonna et l'affligea singulièrement, ce fut celui du ci-devant duc d'Orléans : « Uniquement occupé de mon devoir, convaincu que tous ceux qui ont attenté ou attenteront par la smie k la souveraineté du peuple méritent la mort, je vote pour la mort! » avait dit Philippe Égalité, et ses paroles arraient été accueillies par une sourde rumeur. Comment la parenté séculaire qui l'unissait à Taccusé n'avait-elle pas arrêté sur ses lèvres ce mot terrible : la mort! La crainte de compromettre sa réputation de patriote avaiteDe étouffé dans son cœur tous les sentiments de famille, ou, comme on Va dit, espérait-il ramasser un jour la couronne de France dans le sang de Tafné de sa race? Ah ! sombres abîmes du cœur humain, pi pourra vous sonder jamais! Quoi qu'il en soit, Robespierre ressentit de ce vote une impression affreuse. Il rentra tout attristé dans la maison de Duplay, où on l'attendait avec impatience. En racontant à ses hôtes toutes les péripéties de la longue séance, il ne put s'empêcher de revenir sur ce vote d'Égalité, dont iL avait été si péniblement af*

(1) Voyez le Moniteur du 21 janvier 1793.

(2) Voyez les Lettres de M. Robespierre à ses commettans (numéro 4, 2* série, p. 226), ou 86 trouve analysé le second discours de Robespierre.

(3} Moniteur du 21 janvier et Journal des débats et des décrets ^ numéro 123.

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fecté: tQuoi! » dit-il, « lorsqu'il pouvoit se récuser si aisément (!)!> Le lendemain s'agita, dans une séance orageuse, la question dn sursis. Au début, Bréard proposa à la Convention de rédiger une adresse au peuple pour lui expliquer les motifs qui Tavaient détermÎDée à voter la mort de Tex-roi. Robespierre, après divers membres, Thu* riot, Tallien et Lacroix entre autres, prit la parole afin de combattre et le projet d'adresse et le sursis. Pourquoi une adresse au peuple? Bien de plus impolitique à ses yeux. La mesure prise par l'Assemblée était donc tellement audacieuse et étonnante qu'elle eût besoin d'excuse et d'explication? Il fallait écarter par l'ordre du jour une propositioa injurieuse même pour le peuple, dont elle semblait révoquer en doute les sentiments, les vertus et l'énergie républicaines. Quant au second point, i] ne concevait pas par quel prétexte, après les délibérations précédemment prises, on pouvait chercher à éluder ou à retarder Tezécution d'un jugement rendu. Voulait-on, en invoquant des sentiments de pitié ou de terreur, réveiller des espérances coupables et funestes? L'humanité même, pensait-il, commandait une prompte exécution ; car n'était-ce pas une torture horrible que celle qui, chaque jour, à toute minute, présentait au condamné Timage de son supplice et de sa mort? A ce prQpos, il rappelait, comme un monument honteux pour le gouvernement brisé par la Révolution, qu'un des édits de Lamoignon mettait un intervalle entre la condamnation d'un accusé et son supplice. Enfin tout délai était un danger pour la tranquillité publique. Garderait-on Louis comme otage , pour transiger au besoin avec les despotes coalisés contre la République? Quel Français ne frémirait à cette idée? s'écriait Robespierre, c Si nous pensions seulement à composer avec la tyrannie, nous serions déjà vaincus, notre liberté seroit ébranlée ou anéantie par ce caractère honteux de servitude et de pusillanimité. » Si l'Assemblée se refusait à prononcer sans désemparer, il lui demandait de décréter au moins qu'il serait statué le lendemain sur la question de sursis, et que , si le résultat était contraire au condamné, Texécution aurait lieu dans les vingt-quatre heures.

On vit une fois de plus, dans cette séance, combien étaient violentes toutes les passions qui agitaient la Convention nationale. La Montagne, dont les rangs se grossissaient, devenait menaçante à son tour. Au sein du comité de défense générale, Guadet, s'adressant à Marat, lui avait dit qu'on ne devait condamner le tyran à mort qu'après avoir prononcé cette peine contre tous les coquins (2), et Ton entendit Poultier s^écrier

(1} Note dictée à M. Philippe Le Bas, par madame Le Bas, fille de Daplay. (2) Moniteur du 20 janvier 1793.

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