‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 264 sur 314 · UVRE X. — REIET DU SURSIS · texte numérisé non relu

UVRE X. — REIET DU SURSIS

en pleine Assemblée : «C'est une occasion superbe d'anéantir tous les royalistes. i> — <c Et les Brissotins, » ajouta une voix. — Répandus confusément dans la salle, les membres de la Convention refusaient de se r^nettre en séance. L'obstination avec laquelle un certain nombre d'entre eux réclamaient le sursis fit craindre aux autres qu'on ne cherchât h soustraire par quelque intrigue le roi à sa condamnation. Au moment où Ton allait se séparer, Robespierre remonta à la tribune et supplia les bons citoyens d'user de tous leurs efforts pour empêcher le peuple, dans son impatience, de se porter à quelque extrémité, n demanda que le commandant général de la garde nationale, la muni* dpalité , les sections de Paris, les fédérés , ces braves citoyens qoi en cimentant par leurs embrassements fraternels la paix entre eux et leurs frères d'armes de Paris, allaient assurer à jamais la tranquillité publique , fussent avertis, et surtout qu'on leur recommandât le calme le plus profond. « Maintenant, citoyens, » dit-il, a retirons-nous; demain nous viendrons reprendre nos glorieux travaux pour épouvanter les rois et affermir la liberté (1). »

Le jour suivant 19, comme si déjà la Convention n'était pas assez divisée, Buzot, soutenu par Barbaroux et par Brissot, recommença ses éternelles diatribes contre Paris. On n'était si pressé de se défaire du roi déchu, prétendait-il, que pour en mettre un autre à sa place. A cette calomnie, l'Assemblée répondit en repoussant par 380 voix contre 310 la demande de sursis. Il était trois heures du matin quand elle se sépara. Dans la soirée du 20, aux Jacobins, Robespierre, après avoir fait réloge d'un tout jeune homme nommé Charles Bernier, qui avait perdu UQ bras au siège de Lille, engagea tous ses collègues du club à prémunir leurs concitoyens contre les pièges qu'on leur tendrait pour exciter de la fermentation dans Paris. Un calme imposant et terrible autour de l'échafaud de Louis XVI, tel était, selon lui, le moyen de glacer d'effroi les ennemis de la liberté. Il fallait oublier les intrigants, les laisser tomber sous le mépris public. « Nous n'avons qu'une passion, » dit-il, « c'est la liberté; nous en jouirons, et nous ferons le bonheur de la République. » 11 demanda donc qu'une. adresse, recommandant à la population parisienne la plus stricte tranquillité» ^(It affichée le lendemain dans les rues à la pointe du jour. La société s'empressa d'adopter cette sage proposition (2). Le lendemain, — c'était le 21 janvier, — Duplay tint soigneusement fermée, dès le matin, la porte cochère de sa maison, devant laquelle devait passer le

(1) Moniteur dit 22 janvier 17*93.

(^ Jourfial des débats et de la correspondance,.., numéro 342.

funèbre cortège menant Louis XVI à Téch^aud. Éléonore» l'atnée des filles du menuisier, étonnée de cette mesure inaccoutumée, en demanda la raison à Robespierre. Ahl répondit Maximilien, qui sans doute avait suggéré cette idée à son hôte afin d'épargner à Thonnéte famille la vue pénible d*un patient conduit au supplice, a c'est qu'il passera aujourd'hui devant la maison de votre père quelque chose que vous ne devez point voir (1). » Ce jour-là, vers dix heures et demie^ la tète du roi tombait sur la place même où s'élevait naguère la statue de son aïeul, de ce Louis XV dont il expiait le règne honteux. « Citoyens, j» s'était écrié Cambacérès à la Convention nationale, t en prononçant la mort du dernier roi des Français, vous avez fait un acte dont la mémoire ne passera point, et qui sera gravé par le burin de l'immortalité dans les fastes des nations (2). » — Quand jadis uo roi mourait à Versailles, on criait : Lb roi est mort^ fnvt le roi^ comme pour faire comprendre l'immortalité du despotisme, écrivit Robespierre ; lorsque tomba la tête de Louis, le cri de Vite la République s'échappa de cent mille poitrines, comme, pour apprendre à l'uniyers qu'avec le monarque était morte la monarchie (3).

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