‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 268 sur 314 · UVRE X. — DES PERILS DÉ LA SITUATION · texte numérisé non relu

UVRE X. — DES PERILS DÉ LA SITUATION

les fureurs de la contre-révolution victorieuse, et pour s'être désigné d'avance et sans peur aux coups de la réaction. Il le montrait alors toujours ferme, inébranlable, indifférent aux attentats préparés contre sa personne. « On croyoit, » disait-il dans son enthousiame, « entendre l'infortuné Rawleigh dire à ses bourreaux : Frappez ; quand le cœur est droit, qu'importe où va la tête (1) ?» De son côté, l'ingénieux Girey- Dupré mettait en couplet une phrase d'un article de Condorcet :

Suivi de ses dévotes, De sa eonr entoaré, Le dieu des sans-otdottes, Robespierre est entré... (2).

Ainsi s'évanouissaient les espérances chimériques d'une réconciliation générale des patriotes scellée du sang du dernier roi.

Sans daigner répondre à ces calomnies indignes d'un prêtre chrétien et à ces plaisanteries de gamin, Robespierre examinait froidement la situation, et s'occupait de rechercher les moyens d'y remédier. Sentant combien les événements extérieurs avaient d'influence sur ceux de l'intérieur, il se prenait à regretter cette diversion de la guerre qui forçait la République à s'épuiser d'hommes et d'argent, dévorait à la fois la fortune publique et les meilleurs citoyens, et favorisait les projets ambitieux en distrayant la Convention des soins nécessaires à l'établissement delà liberté. Touteales raisons invoquées paf lui Tannée précédente dans ces grandes discussions sur la guerre, où avait pris naissance la haine implacable des Girondins contre lui, il les faisait de nouveau valoir, et il est impossible de nier que la guerre extérieure n'ait singulièrement contribué à compliquer la situation. Pour lui, il craignait moins les despotes étrangers et l'Angleterre, dont la neutralité semblait sur le point d'être rompue^ que les intrigues du dedans; là était le véritable danger de la liberté. Le succès de la guerre dépendait moins» selon lui, de

(1) Voyez notre premier jrolame (liv. V, p. 511).

(2) Ce couplet est tiré d*un Nœi que la Chranique de Paris s'empressa de reproduire, •t où se trouvaient cbansonnés les principaux membres de la Montagne. Un exemple fera voir jusqu^à quel point le Patriote françoit, le journal de Brissot, poussait Tart de la calomnie. Dans la séance du 13 janvier, aux Jacobins, le boucher Legendre s*était écrié : « C*est en vain que vous plantez Tarbre de la liberté dans les quatre-vingtquatre départemens, il ne rapportera jamais de fruit si le trône du tyran n*en fume les racines... » (Journal du déhatê et de la corrupandanee,,,, numéro 339.) Or, le Patriote français du 15 janvier rapporte la phrase de la manière suivante, comme un ixlirait littéral de la séance des Jacobins du 13 : « Legendre veut qu*on le coupe (le Toi) en quatre-vingt-quatre quartiers, pour en envoyer une pièce à chaque département, et fumer, en le brûlant, l'arbre de la liberté. » Cest cette version qui a fait fortune, une foule d'écrivains Tayant trouvée plus émouvante.

la grandeur des préparatifs et du nombre des soldats lois giir pied^ cgam

de l'esprit du gouvernement et des principes républicains dont la natioo serait imprégnée. Les représentants du peuple français étaient à ses yeux la providence du genre humain, ils pouvaient» à leur gré, renauer la machine du monde. Et s'adressant à eux : c C'est à vous surtout que ce destin est réservé, h vous a qui la plus puissante nation de runi vers a confié tout pouvoir, excepté celui de l'asservir; à vous qui avez fait descendre la royauté au tombeau; à vous qui pouvez imprimer le plus grand essor au courage d'un peuple magnanime que l'enthousiasme de la liberté rend capable de tous les prodiges. Seul entre tous les peuples du monde, il est fait pour rétablir sur la terre le règne de la liberté. Seul il joint les vertus douces aux vertus énergiques, et la modération des peuples éclairés à la vigueur des peuples libres. »

Que ne pouvaient obtenir les législateurs d'un tel peuple, poursuivait-il, si, foulant aux pieds les viles passions, ils s'élevaient à la hauteur de leurs destinées, s'ils consentaient à devenir les bienfaiteurs de l'humanité? Pour cela il fallait anéantir Tintrigue, confondre les factieux, punir le ministre dont la coupable condescendance avait entretenu pendant quatre mois le trouble et l'inquiétude au sein de la République, réprimer enfin l'audace de certains directoires qui, trop dociles instruments d'une faction pernicieuse, et d'accord présentement avec la Gironde comme jadis ils l'étaient avec la cour, osaient, àe leur autorité privée, lever des armées pour marcher sur Paris. On se souviendra de ces paroles de Robespierre, quand trop prochainement, hélas ! on verra, à la voix des Girondins, une partie des départements se soulever contre Paris et contre la Convention nationale. Mais ce n'était pas tout, continuait l'inflexible logicien ♦: il fallait encore, par des lois sages et humaines, assurer la subsistance da pauvre, l'arrafcher aux spéculations barbares d'une adniinistration dévorante et à la cupidité homicide du monopole; il fallait surveiller l'emploi des finances et les soustraire k l'empire de Tagiotage et de la friponnerie, se hâter d'abroger les lois oppressives, héritage de la tyrannie royale. — Hélas I ces sortes de lois, on le sait, trouvent toujouis moyen de surnager au milieu des révoluticms et de leur survivre. — H feillait enfin s'occuper des moyens de*terminer promptement la guerre, ne pas permettre ajux généraux de violer jamais impunémfiDt la kÂ^ et surtout exciter le zèle des défenseurs de la patrie en leur garantissant tm sort, à eux, à leurs femmes et à leurs enfants, dette contractée envers >eu^ et qu'on n'avait pas assez fidèlement acquittée jusqu'ici. A ces coi»* étions, on pouvait espérer de faire enfin i^égner en France la droi-

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