LIVRE X. ~- SUR l'instruction PUBLIQUE ET LA CONSTITUTION
avait répondu que la seule ambition de la République était de porter aux peuples esclaves cette liberté sans laquelle tous les autres biens n'étaient que des calamités publiques. Sur la proposition de Robespierre, la société avait voté Timpression du discours des délégués bataves et de la réponse du président, comme devant contribuer au triomphe des gueux et des sam-eulottes (1). De cette sorte d'attrait qu'exerçait sur les peuples voisins notre Révolution, Robespierre tirait cette conséquence qu'on avait tout intérêt à les traiter avec le plus grand ménagement. Ainsi, il recommandait qu'après les avoir laissés absolument maîtres de délibérer sur leur constitution, on apportât le plus grand soin à ménager leurs intérêts pécuniaires en opposition avec les idées politiques et philosophiques importées chez eux, et il souhaitait vivement que ta Convention nationale décrétât ia restitution de tous les navires pris par la République aux peuples qui feraient alliance avec elle. Êa agissant de la sorte, on était sûr, à son avis, de fraterniser avec les nations étrangères, de les intéresser à la cause de la Révolution, et de changer en actes utiles et glorieux les magnifiques formules déjà promulguées (2).
La mort du roi semblait avoir donné à la Convention nationale une vie nouvelle. A l'ordre du jour se trouvaient incessamment les ques* tioDs les plus importantes : guerre, finances, réorganisation du gouvernement, instruction publique. Quand Robespierre ne prenait point de sa parole part aux débats provoqués par ces importantes questions, il ne manquai t pas de les étudier avec un soin tout particulier dans son journal . C'est ainsi qu'il avait rédigé des observations générales sur un plan d'instruction publique proposé à l'Assemblée. Que de préjugés à vaincre,, pensait-il, pour obtenirune bonne loi sur cette matière, qui pourtant était intimement liée aux destinées de la République. De même que le premier objet des institutions politiques devait être de défsndre la liberté des citoyens contre le gouvernement lui-même, de même le but de l'édu* cation publique devait être de poser une nouvelle barrière autour des droits du peuple : d'où résultait nécessairement, selon lui, la liberté de
(1) Journal dêt débat» et de la corrtspondanci de la Société des Jacobine, numéro 352.
(2) Lettre* de M. Bobespierrê à ees commettons, numéro 5 de la 2« sérié, p. 243 à 267. Ce numéro 5 contient nn plan d^organisation du ministère de la guerre par Fabre d'Êglantine.
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renseignement ; car l'éducation des citoyens laissée dans lai A^^wirtonce absolue des gouvernants courrait risque de devenir un obâade aux progrès des lumières. Dans les plans d'éducation proposés jusq|tt*à ce jour il avait trouvé quelques institution&antiques» des réminiscence& faistoriques, mais point de principes, point de conceptions morales ni philosophiques* Au reste il fallait d'abord, pensait-il^repeusser les ennemis de la République, déconcerter les complots qû cbaque jour se renouvelaient dans l'intérieur, et l'on serait digne alors d'entreprendre le grand ouvrage de l'instruction publique (1). Nous aurons à eiaminar plus tard avec un peu plus de développen^nt ses vues sur cet objet.
Vers le même temps, la Convention nationale songeait à la nouvelle constitution à donner à la France; la société des Jacobins s'en préoo cupait surtout singulièrement : on semblait appréhender d'avaoœ qu'elle ne renfermât les mêmes vices qui avaient déparé l'oeuvre de la Constituante. Non, disait Robespierre à la séance du 15 février» le jour même où Condorcet avait présenté k la Convention le plan de l'ade constitutionnel, ces vices ne reparaîtront pas; ils ont été génàraleosent sentis, et les principes éternels de la raison et de la justice ont£ait assez de progrès pour qu'on ne retombe pas dans les mêmes erreurs. Le seul obstacle à craindre, c'était peut-être le reste de défiance dont quelques membres de la Convention, influencés par les libelles de la (action gi* rondine, semblaient encore animés à Tégard de quelques-uns de leurs collègues*; mais Robespierre n'en croyait pas moins très-prochain le triomphe des vrââs patriotes, auxquels il garantissait fat vicUiire s'ils prenaient une attitude calme et déployaient la raison dvis toute sa majesté. On arriverait par là à présenter au niûiide une consikutka empreinte du caradère de la fierté réputdicaine et de la philMiihro pie. Seulement, il était indiapensaUe de montrer un naptdi iavio^ table pour la loi, afin de ne pas fournir aux ennemis de ta liberté l'occasion de décrier le gouvernement pojpiilaire el de le présealer comme un foyer d'anarchie, cooMose une source d'étenrittes diaaca* sîoQs. On parviendrait ainsi, a|oiitait*il, à déjomr ks noirs desaôna à'é* nussaires payés pour diviser les dftoyens et trouMo* la eqMtale(2)L Quelques jours après, il toit nommé membre d'un comilé orgaasé par bso» dété pour Didier les bases d'une nouvelle coastitutioffe r^ptibbcaine (3).
iumoment même où RobespictredonaaitàsescoocitoTenadesK sièges
(1) Voyez les observatioDS de Robespierre sar un projet d^édacation publique duu les LeUrin ds Jf. Bobespierre à «e« comnuttansy niunéro 2 de la 2* séné, p. 49 à60L
(2) Journal des débats et de la correêpondance de la aociéié dêt Jacobins^ nninéro 356.
(3) Ibid.j numéro 358. Avec lui avaient été nomnaés membres de ce comité : Jean- Bon Saint-André, Robert, Tlmriot, Bentabole, Billaud-Varenne, Anthoine,