‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 273 sur 314 · LIVRE X. — r ADRESSE DES JACOBINS AUX SOCIETES AFFILIÉES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — r ADRESSE DES JACOBINS AUX SOCIETES AFFILIÉES

des Girondins, et te crédit de ces premiers dominateurs de la Gooren» tion y était fortement compromis. Une l^tre, signée des membres com» posant la société républicaine de Marseille, lettre à laquelle avaient adhéré toutes les sections de la cité phocéenne, venait d'être adressée i Barbaroux. On y traitait de perfide et de parjure ce véritable don Quichotte de la Gironde , et Vxyn vouait lui et ses adhérents au « mépris, à rinfamie et Texécration nationale (1). >

Les députés dont le rappel était demandé par les sociétés jacobines de province étaient les ennemis personnels de Robe^ierre , ceux qui depuis si longtemps n'avaient reculé , pour le perdre, devant aucun mensonge, devant aucune calomnie, et qui, dans ce cœur si disposé aux sentiments fraternels, avaient fini par faire germer cette haine dont ils étaient animés. Malgré cola, il n'en blâma pas moins la mesure proposée par les sociétés affiliées. Ce n'était pas au moment où l'on avait à se défendre à la fois contre Fennemi extérieur et celui du dedans qu^l fallait songer à troubler la paix par des élections nouvelles, où la cabale et l'intrigue ne manqueraient pas d'user de tous leurs ^orts. Pour déjouer les complots des infidèles mandataires du peuple, il suffisait de démasquer entièrement ces députés indignes et de les marquer du sceau de l'ignominie. Cétait là l'affaire des sociétés populaires. Armés de leurs droits de censure, et forts de l'opinion publique, les patriotes pouvaient aisément briser le sceptre du despotisme et de l'intrigue. Voilà, selon Robespierre, tout ce qu'il y avait à répondre aux sociétés affiliées; séance tenante, l'assemblée le chargea de rédiger pour elles une adresse dans ce sens, et de les éclairer en mèm& temps sur les causes et la nature des événements survenus à l'occasion de la cberté des denrées (2) .

- Le surlendemain 1*^ mars, il reparaissait à la tribune dès Jacobins et y donnait lecture de son travail. Après un exposé de la situation, Robespierre rendait compte de la pétition inconvenante lue à la barre de la Convention par un orateur plus que suspect, des efforts tentés par les dépuiés de Paris pour amener le peuple à demeurer calme en présence des manœuvres imaginées pour Virriter, et enfin des désordres du 25 février, dus plutôt à des menées contre-révolutionnaires qu'à la rareté et à la cberté des denrées, dont on avait saisi le prétexte. Et cependant, ajoutait Robespierre, les mêmes hommes qui ont plaidé la cause du tyran et vomi tant de blasphèmes contre les défen-

(1) Toyez le Journal des débats et de Ta correspondance... miméro 360, et le numéro 7 des Lettres de M. Robespierre à ses commettans (2« série), où se trouvent la lettre de la société répul)Kcaine de MarseiUe etles adhésions des sections 20, 21 et 22 (p. 341 à 345.)

(2) Journal des débats et de la cêrrespondance de la société des Jacobins, numéro 363.

ea4 HISTOIRE DB ROBBSPIBRRE

seurs de la République n*ont pas rougi d'accuser les Jacobins de ce mouvement, auquel les vrais patriotes s'étaient opposés de toute leur énergie. Alors, retournant Taccusation contre ses adversaires, il vengeait la population parisienne des calomnies répandues contre elle, comme on l'a vu plus haut : « Le peuple de Paris sait foudroyer les tyrans, mais il ne visite point les épiciers... Il n*a point assiégé les comptoirs de la rue des Lombards. Quand les oppresseurs de Thumanité ont comblé la mesure de leurs crimes et que le peuple irrité sort de son repos majestueux, il ne s*amuse point à écraser de petits accapareurs, mais il fait rentrer dans la poussière tous les despotes, tous les traîtres et tous les conspirateurs. Il établit solidement l'édifice de la prospérité publique sur les bases de la justice et de la raison (4). » Quant à ses calomniateurs éternels, qui étaient-ils? N'étaient-ce point ceux qui sans cesse outrageaient ses plus intrépides défenseurs? ceux qui , à la tribune , avaient insulté Michel Lepeletier, le glorieux martyr? ceux qui, en ce moment même, à Lyon, patrie et domicile du vertueux Roland, venaient de dissoudre les sociétés populaires, de profaner l'arche de la liberté et de persécuter les patriotes ? Mais la liberté triompherait d'une faction qui n'avait pas hésité à employer le plus vil des moyens, celui du mensonge et de la calomnie; car il s'agissait, disait-il , d'avancer d*un demi-siècle la félicité du monde. <c. Au reste, » ajoutait-il en terminant, « soyez sûrs que nous sonunes toujours les Jacobins de 1789, les Jacobins du 10 août... Si vous en doutez, venez voir, venez observer les Jacobins et leurs adversaires. Venez jurer une nouvelle alliance contre les tyrans et les intrigans, et dès ce moment tous les ennemis de la liberté pâliront devant vous, comme ils pâliroient devant les fédérés, qu'ils avoient eux-mêmes appelés contre nous (2). » Cette adresse avait été , à diverses reprises, très-vivement applaudie ; l'impression et l'envoi à toutes les sociétés affiliées en furent sur-le-champ arrêtés.

(1) Voici maintenant de quelle façon odieusoi sans tenir compte des efibrts conitants de Robespierre pour calmer le peuple, le journal de Brissot travestit ces pazdei : K Quand le peuple se lève, est-ce pour s'amuser à piller du sucre? De plus grands projets doivent Toceuper ; les téteê des coupabUê doivent rouler dans to poussière. Je Ini ai dénoncé les coupables; ce sont ceux qui négocièrent, r année dernière, avec Brunmpiek. » Après quoi Brissot ou son méprisable compère, Girej-Dupré, pouvait se donner le plaisir d'ajouter : « Et Ton dira que Robespierre ne provoque pas ton peuple à l'assassinat, ainsi que son chef Marat ! Et Ton dira qu'il ne veut pas un pendant au 2 septembre ! » {Patriote frmiçois^ numéro 1301.) 0 les honnêtes gens ! Ils étaient d'ailleurs coutumiers du fait. On se souvient du petit discours que Louvet mettait dans la 1)0ucbe de Robespierre.

(2) Moniieur du 27 février 1793et Lettres de M. Robespierre à ses commett«i#, numéro « de la 2« série, p. 379 à 385.

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