‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 275 sur 314 · LIVRE X. LE CORDilSNE LANGUE · texte numérisé non relu

LIVRE X. LE CORDilSNE LANGUE

L'Assemblée, en effet, maintint Tarticle concernant les garçons et substitua, pour les filles, la déportation à la peine de mort, en cas d'infraction à la loi (1).

Si, dans toutes les circonstances où le triomphe de }a liberté et le salut de la République lui semblaient engagés, Robespierre n'hésitait pas à se montrer inflexible, il témoignait le plus grand éloignement pour toutes les pénalités inutiles, comme cela se vit dans la séance du 1^^ mars. Héritière d'un régime pénal inhumain, la Révolution, tout en supprimant les rigueurs excessives, n'avait pas moins conservé certaines peines en disproportion évidente avec le délit commis. De même que l'ancien régime frappait de mort lesfabricateurs de fausse monnaie, de même elle prononça la peine capitale contre tout fabricateur ou distributeur de faux assignats. Or, le vendredi l^mars, au moioient où Ton allait commencer la discussion d'une nouvelle loi contre les émigrés, le ministre de la jus* tice, appelé à rendre compte d'un sursis qu'il avait accordé à l'exécution du jugement d'un nommé Philibert Lanoue, condamné à mort pour distribution de faux assignats, s'excusait en disant que l'exécution avait été suspendue, non de son fait, mais par suite d'un recours en cassation. Pour sa part, ajoutait-il, il eût été tout disposé à présenter à la Convention ses scrupules sur un jugement qui frappait si sévèrement un malheureux non convaincu de complicité avec les fabricateurs de faux assignats ; la crainte de suspendre le cours de la loi l'avait seule retenu» Robespierre,ému, prit aussitôt la parole. « Je frémis, » dit-il, « en son-géant qu'un homme qui paroit n'avoir été séduit que par la crainte de perdre un assignat qu'il avoit reçu sera puni de mort. Je crois qu'il nous^ seroit facile de concilier l'intérêt de la fortune publique avec celui de l'humanité en suspendant l'exécution du jugement déjà rendu, et en perfectionnant la loi pour l'avenir. Souvenons-nous que sous l'ancien régime, l'homme qui donnoit une fausse pièce de monnoie après l'avoir reçue, ne perdoit point la vie, et que ce soit une raison de plus pour adoucir, sous le régime de la liberté, la peine appliquée à une faute souvent involontaire. » En conséquence, il proposa à l'Assemblée de charger son comité de législation d'examiner de nouveau la loi, et il demanda en outre que, « cédant à un sentiment de bienfaisance et de pitié bien naturel à l'homme, » la Convention décrétât rajournement de l'exécution du jugement prononcé contre Philibert Lanoue. L'une et l'autre proposition furent aussitôt adoptées. Plus tard, dans des circonstances à peu près semblables, la Convention rejettera, sur un

(1) Moniteur du 7 mars et Journal des débats et décrets de la Convention ^ numéro 1C8, p. t>0 et 61.

rapport de son comité de législation, un sursis vivement sollicité en faveur d'un notaire de Paris (1). Nous insistons à dessein sur ces détails peu importants en apparence, mais qui prouvent assez de quels sentiments humains était animé ce Maximilien Robespierre si injustement et avec tant de mauvaise foi accusé de cruauté.

Dans les premiers jours de mars, tout contribua à assombrir la situation, à irriter les esprits. Le 5, la Convention apprenait la cessation du bombardement de Maëstrich, au milieu d'une séance extrêmement orageuse où Buzot et Isnard s'étaient livrés à de nouveaux emportements ridicules contre la capitale, à ce point que Thuriot avait comparé les paroles du premier à ces feuilles incendiaires deTaristocratleoùron écrivait que Therbe croîtrait dans les rues de Paris. Le lendemain, une lettre des commissaires Lacroix, Merlin (de Douai) et Gossuin, annonçait l'évacuation d'Aix-la-Chapelle et la déroute de l'armée française. Le 7 mars, après un rapport de Barëre sur les actes d'hostilité commis . par l'Espagne depuis le commencement de la Révolution, la guerre était déclarée à cette puissance. Ainsi la France avait à lutter à cette heure contre l'Allemagne tout entière, contre l'Espagne, contre l'Angleterre, et l'on n'ignorait pas que Pitt négociait avec la Russie pour l'entraîner dans la coalition. Mais l'énergie de la République croissait avec ses dangers, et, d'un front indomptable, elle se disposa à faire face aux revers.

Dans la séance du 8 mars, un des commissaires de la Convention dans la Belgique, Lacroix, confirma à la tribune les nouvelles désastreuses parvenues les jours précédents, et proposa d'énergiques moyens pour conjurer les périls de la situation. Robespierre, prenant ensuite la parole, appuya de toute sa force le rapport de son collègue. Lorsque Carnot a déclaré qu'au sein du comité de Salut public Robespierre ne prenait aucune part aux délibérations concernant la guerre, il en a imposé à l'histoire sur ce point comme sur tant d'autres; nous verrons au contraire Maximilien très-assidu aux séances du comité dans lesquelles il sera question de la défense du pays. Il ne resta étranger à rien de ce qui intéressait la grandeur, la prospérité et le salut de la République. Tout récemment, à propos du plan d'or-

(1) Journal des débats et des décrets de la Concentiùti^ numéro 164, p. 9.

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