‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 276 sur 314 · LIVRE X. IL APPUIE LES PROPOSITIONS DE LACROIX · texte numérisé non relu

LIVRE X. IL APPUIE LES PROPOSITIONS DE LACROIX

ganisation de l'armée proposé par Dubois-CraDcé au nom du comité militaire, il avait publié dans son journal de remarquables observations sur ce sujet. Son but avait été de défendre ce plan contre les critiques dont il avait été Tobjet; car il le trouvait très-capable d'exalter le patriotisme des soldats français et de les transformer en héros, très-bien approprié en un mot aux défenseurs de la patrie, traités désormais en hommes raisonnables et libres (1). Mais revenons à la séance du 8.

« Vous venez d'entendre, » dit Maximilien, « de la bouche d'un de yos commissaires le récit du revers qu'a éprouvé Tune de vos armées dans la Belgique. Citoyens, quelque critiques que paroissent les nouvelles circonstances dans lesquelles se trouve la République, je n'y puis voir qu'un nouveau gage du succès de la liberté. Pour un peuple libre et naissant à la liberté, le moment d'un échec est celui qui présage un triomphe éclatant, et les avantages passagers des satellites du despotisme sont les avant-coureurs de la destruction des tyrans. Nous noue sommes trouvés dans des circonstances bien autrement difficiles, et nous sommes sortis victorieux du fond de l'abtme. Rappelez-vous l'époque glorieuse du 10 août, vos défaites du mois de septembre : . alors vous n'aviez point d'armée; des généraux perfides nommés par la cour, et d'intelligence avec nos ennemis, avoient livré nos places sans défense. Nos soldats nus, mal approvisionnés, étoient disséminés sans ordre sur une frontière immense. » Et malgré cela, poursuivait Robespierre, nous avons vaincu. Valmy et Jemmapes ont répondu aux menaces de la coalition. Il n'y avait donc pas, suivant lui, à se décourager pour un échec passager; car le peuple qui avait repoussé l'ennemi des plaines de la Lorraine et de la Champagne existait encore, et, s'écriait l'orateur dans un élan d'enthousiasme, « le génie de la liberté qui a précipité leur fuite est impérissable. » C'était à la Convention de diriger son impulsion toute-puissante vers la chute des despotes et la prospérité des peuples. Donc, point de pitié pour les traîtres, pour les conspirateurs puissants, pour les généraux perfides, que le glaive de la loi soit sans cesse levé sur leurs tètes ; mais protection à tous les amis de la liberté; et la nation entière seconderait le zèle de ses représentants, et bientôt la République sortirait triomphante de cette nouvelle épreuve. En terminant , Robespierre invitait l'Assemblée à adopter sur-le-champ les propositions de ses commissaires dans la Belgique (2).

(1) Voyez cet articlo dans les Lettres de M. Robespierre à ses commettons^ numéro 6 (lo la 2» série, p. 307 à 318. Il a été reproduit dans les OEuvres publiées par La-

^ponneraye, t. III, p. 258.

(2) Moniteur du 10 mars 1793.

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Un calme imposant présidait à cette séance de la Convention. Chacun comprenant la gravité de la situation, tout le monde, cette fois, était d*accord. Et c'est ce qui fait déplorer plus amèrement encore ces fatales querelles des Girondins et des Montagnards : les uns et les autres, — la plupart d'entre eux, du moins, — voulaient sincèrement le triomphe de la République. Pourquoi faut-il qu'ils se soient méconnus et déchirés! Séance tenante, l'Assemblée enjoignit aux militaires et officiers de tous grades d'avoir à rejoindre immédiatement l'armée ; puis, sur la proposition de Danton, elle décréta que des commissaires pris dans son sein iraient le jour même dans les quarante-huit sections de Paris les instruire de la situation actuelle de l'armée, rappeler à tous les citoyens en état de porter les armes le serment qu'ils avaient prêtéj de maintenir jusqu'à la mort Ja liberté et l'égalité, et les requérir, au nom de la patrie, de voler au secours de leurs frères (1). Dans la soirée, Robespierre et Billaud-Varenne se rendirent à la section Bonne-Nouvelle qu'ils avaient été chargés de visiter en qualité de commissaires et d'échauffer du feu de leur patriotisme. Cette mission allait attirer au premier une nouvelle et odieuse calomnie de la part du journal de Brissot.

L'avant-veille, aux Jacobins, Maximilien avait flétri de nouveau l'abus indigne qu'un ministre avait fait des trésors de la République en les employant à répandre partout d'atroces libelles contre les patriotes, et vivement reproché à Roland et à Brissot d'avoir égaré l'opinion publique et provoqué ainsi les divisions fatales existant entre les citoyens des diverses parties du pays; mais il s'était surtout efforcé de rallier tout le monde autour de la Convention, la meilleure Assemblée qu'on^ eût eue jusqu'à ce jour, à son avis. Fidèle à son amour de l'ordre et à son respect de la légalité, il avait de plus conseillé au peuple le calme et 1^ modération. « La patience, » avait-il dit, « doit être la vertu des républicains. Des mouvements précipités briseroient la machine politique. » Sans doute il était cruel de siéger dans une Assemblée à côté de libellistes infâmes qui, aux frais du trésor public, inondaient les départements du poison de la calomnie. Sans doute il était étrange qu'un ministre qui devait tout à la Révolution, eût pu diffamer

(1) tfoniteur du 10 mnrs 1793.

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