LIVRE X. — EVENEMENTS DU 10 MARS
Au moment où la Convention nationale s'épuisait en efforts pour réparer nos revers en Belgique, où à la voix de Carnot, parlant au nom du comité de défense générale, elle décrétait l'envoi de quatre-vingtdeux de ses membres dans les départements afin d*y hâter le recrutement et de pousser la nation aux frontières, où enfin, décidée à punir sévèrement tous les traîtres et les conspirateurs, elle décrétait en principe rétablissement d'un tribunal criminel extraordinaire jugeant sans appel et sans recours au tribunal de cassation, on vit un certain nombre d'agitateurs, menés par les Varlet,les Fournier et autres énergumènes dontlesexagérationsdevaient tant contribuer à compliquer les embarras de la Révolution, essayer, mais en vain, de soulever le peuple contre l'Assemblée. Le simple examen des discussions qui eurent lieu aux Jacobins dans les séances des 8, 9 et 10 mars 1793, prouve jusqu'à Tévidence que la société fut complètement étrangère et se montra opposée aux mouvements partiels dont Paris fut le théâtre dans les journées du 9 et du 40 mars. Dans la soirée du 9, une bande d'hommes armés alla briser les presses du Courrier des quatre-vingt-trois dipartemens et de la Chronique de Paris, comme en 18/i9 on a vu des bataillons de la garde nationale en délire mettre à sac et à pillage Timprimerie de certains journaux démocratiques. Mais cet acte de vandalisme ne tenait à aucun plan concerté; ce fut l'effet de l'effervescence du moment, le crime de quelques individus égarés. 11 n'y eut nul complot contre les Girondins, sinon dans l'imagination de Louvet qui, sur le récit de sa Lodoïbka, trace de la séance des Jacobins, dans la soirée du 10, une effrayante peinture (1). Robespierre n'assistait pas d'ailleurs à la séance du 9 ; il était alors assez peu assidu aux séances de la société. Ayant, dans l'après-midi du 9, rencontré Desfieux, il l'avait prié de recommander à tous les députés de se rendre exactement le soir à la Con-
dés procès -verbaux des sections, n'ait pas cru devoir, en cette circonstance, recourir à celùidela section Bonne-Nouvelle. Il n'eût pas mérité le grave reproche d'avoir légèrement adopté une version caloftinieuse qu'il a trouvé moyen d'aggraver. En effet, dans son récit, ce n'est plus un canonnier accompagnant Robespierre, c'est c un des siens qui l'attendait à la porte, disant qu'on devait massacrer, non les Girondins seulement, mais tous lés signataires des fameuses pétitions, les huit mille et les vingt mille » (T. V, p. 374). Dépasser Brissot et Girey-Dupré! ! ! (1) Mémoires dt Lovnetj p. 72.
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vention afin de ne pas laisser inachevées les grandes mesures de salut public ébauchées dans la journée (1 ).
Dans cette journée, et au milieu du trouble où semblaient plongés les esprits, une grande mesure d'humanité avait été adoptée: la Convention avait décrété Fabolition de la contrainte par corps sur une motion de Danton et de Jean-Bon Saint- André, vivement appuyée par Robespierre, qui réclama l'exécution immédiate de cette loi de justice (2). N'est-ce pas, en effet, chose souverainement inique que la personne d'un citoyen soit le garant de sa dette, et que pour une' question d'argent on puisse être, comme un malfaiteur^ privé de sa liberté, le bien le plus précieux de l'homme? En vain objecte-t-on la nécessité de sévir contre les débiteurs de mauvaise foi ; s'il y a abus de confiance, le code pénal est là. Mais les détenteurs du pouvoir, si empressés d'ordinaire à mettre à exécution les lois rigoureuses, paraissent avoir beaucoup moins de hâte quand il s'agit de lois intéressant l'humanité. Un mois après, le décret relatif à l'abolition de la contrainte par corps n'était pas encore exécuté, et, le 12 avril, Robespierre venait se plaindre amèrement du retard apporté à l'exécution d'une mesure dictée par l'humanité et par la justice. <r 11 y a un mois, » dit-il, « que vous avez détruit l'usage inhumain de la contrainte par corps et ordonné l'élargissement de tous les prisonniers détenus pour dettes, et ces lois salutaires, ces lois de bienfaisance, ne sont pas encore exécutées. » Il demanda qu'enfin les pères de famille fussent rendus à leurs femmes et à leurs enfants, des défenseurs à la patrie menacée, d'estimables et utiles artistes à leurs travaux ; que les représentants du peuple et tous les agents de la République s'intéressassent plus vivement à l'infortune du pauvre ; que désormais il n'y eût plus un si long intervalle entre la création d'une loi et son exécution ; que le ministre de la justice fût tenu de prendre les mesures lies plus promptes pour la mise en liberté de tous les prisonniers pour dettes, et que sous deux jours il eût à rendre compte à la Convention de l'exécution de ce décret. Tout cela fut adopté sans discussion dans les termes mêmes proposés par Robespierre (3).
(1) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Jacobins^ numéro 369.
(2) Journal des débats et des décrets de la Convention. Supplément au mtméro 172.
(3) Voyez le Moniteur du 14 avril 1793 et le Journal des débats et des décrets, nnmûro 207, p. 200. Pour toutes le6 bonnes et grandes dioses, nous ne sommes guère que les plagiaires de la Convention. La Révolution de 1848 avait aboli la contrainte par corps, une assemblée républioune Ta rétablie. Aujourdliui enfin Ton noos eo promet l'abrogation. Félicitons-nons-en, et n'oublions pas de faire remonter notie reconnaissance à la glorieuse Assemblée qui, la première, avait supprimé cette institution barbare.