‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 279 sur 314 · LIVRE X. — DBMANDB D UN GOUVERNEMENT PLUS ACTIF · texte numérisé non relu

LIVRE X. — DBMANDB D UN GOUVERNEMENT PLUS ACTIF

Mais reveDons aux événenoents du noois de mars. Dans la soirée du 9, la Convention, après avoir appris par une simple lettre particulière le pillage des preiisses de Corsas, lesquelles n'étaient autres que celles de Tabbé Royou concédées au journaliste girondin après le 10 août, et que Billaud-Varenne lui reprocha durement d*avoir prostituées ccMiune ce royaliste, la Convention, dis- je, enjoignit à tous ses membres d'avoir à opter entre la qualité de journaliste et celle de représentant du peuple, mesure infiniment grave, adoptée sur la motion de Lacroix, et évidemment attentatoire à la liberté (fe la pensée (1). Marat y échappa en supprimant de sa feuille le titre de Journal, ne voulant pas, dit-il, donner l'exemple de la désobéissance à une loi même irrréfléchie. Quant à Robespierre, il continua pendant quelques semaines encore la publication de ses Lettres à ses eammettanêy et s'arrêta au numéro 10 de la deuxième série» vers la fln du mois d'avril.

On rendra à la Convention nationale cette justice que dans les cir* constances critiques où elle se trouva, elle ne désespéra jamais du salut de la République. Elle fut admirablement secondée d'ailleurs par le patriotisme des citoyens. Pache, récemment promu à la mairie de Paris, en quittant le ministère de la guerre, où l'avait remplacé Beurnonville, avait paru le 9 à la barre et assuré l'Assemblée du zèle ardent dont étaient animées toutes les sections delà capitale. Le lendemain, un deâ secrétaires venait de donner lecture de quelques lettres rassurantes de Dumouriez quand Robespierre monta à la tribune. Son discours fut à la hauteur de la situation, et bien de nature à rendre cœur aux plus effrayés. Pour sa part, il était loin de se décourager de la marche rétrograde de notre armée; car, selon lui, il n'était point de revers réels pour des hommes. On irait de nouveau à l'ennemi, et de nouveau l'on terrasserait les despotes qui voulaient attenter à notre liberté. Seulement, il fallait seconder le courage de nos soldats par de sages mesures, par la punition des officiers coupables et par une meilleure organisation du pouvoir exécutif. D'après le rapport des commissaires Lacroix et Danton, le général Stengel se trouverait convaincu de trahison; comment un décret d'accusation n'avait-ii pas encore été rendu contre lui? On devait, pour l'exemple, le renvoyer devant les tribunaux, ou, s'il avait fui, confisquer ses biens Quant à Dumouriez, à qui Danton venait de servir en quelque sorte de caution en rendant témoignage de son patriotisme, Robespierre déclarait alors avoir confiance en lui, parce que l'intërét personnel de ce

(1) Voyez le Moniteur du 11 mars 1793.

général, Tintérét de sa gloire même, lui semblaient attachés au su< de nos armes. Assez médiocre, en définitive, était son estime pour officier, puisqu'il fondait sa confiance en lui sur une question d'intéi personnel, et non sur le profond et sincère amour de la patrie. C( ment imaginer qu*à quelques semaines de là, Dumouriez, calomnie Robespierre à l'instar des Girondins, infidèle à sa gloire et à son proj intérêt, trahirait odieusement la République, et, de gaieté de cœui vouerait sa mémoire à Tinfamie !

Mais ce n'était pas assez, continuait Robespierre, de porter ses n gards sur un fait isolé, il était de toute nécessité de pousser la guei avec vigueur, avec audace même, afin de la finir bientôt, afin de\ mettre un terme à des dépenses énormes et d'établir la liberté sur h débris de toutes les aristocraties. Au nom de la patrie, il engageait donc la Convention à modifier le gouvernement actuel, privé de force par un défaut absolu d'unité, et d'en instituer un, agissant sous les yeux mêmes de la Convention, et dont toutes les parties fussent rapprochées. Ainsi l'on ne serait plus exposé h marcher sans se rendre compte de ce qu'on avait fait et de ce que l'on allait faire; ainsi Von ne verrait plus se répéter les opérations invisibles d'un ministre trop puissant, dont on n'avait jamais examiné la conduite. Et quels avaient été les résultats de sa gestion? « Une calomnie perpétuelle contre la Révolution, l'envoi avec profusion, dans tous les pays, de libelles où les principaux événemens de notre Révolution étoient dénaturés, et dont l'effet étoit d'aliéner l'opinion des peuples et de dénigrer les hommes qui ont le plus à combattre pour la liberté (1). » Tout le mal venait, suivant Robespierre, de ce qu'on avait un gouvernement sans activité et sans unité, où tout était livré aux influences individuelles. Il concluait en conséquence à beaucoup de réformes sur ce point, sinon , disait-il à ses collègues en terminant, « vous irez toujours de révolutions en révolutions, et vous conduirez enfin la République à sa perte (2). »

Après Robespierre on entendit Danton. Il nous suffit d'indiquer son apparition à la tribune. Tout le monde sait comment, après un pompeux éloge de Dumouriez, il apostropha les Girondins. « Dans des circons-

(1) ' n se mit (Robespierre) à remâcher ses étemelles dénonciations de la Gironde, i a écrit M. Michclet (t. Y, p. 385). Or nous avons cité à dessein les seules paroles qui, dans le discours très- étendu de Robespierre, eussent directement trait au s/stême de gouvernement des Girondins. Sont-elles rigoureusement exactes? ne le sont-alIes |ms? Toute la question est 1&. C'est au lecteur, aux yeux duquel nous avons déroulé tontes les manœuvres du ministre Roland, à décider.

(2) Voyez ce discours de Robespierre dans le Moniteur du 12 mars 1793.

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