LIVRE X. — LE TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE
les plus difficiles, quand rennemi étoit aux portes de Paris, j*ai dit Siauxqui gouvernoient alors : Vos discussions sont misérables; je :2^:connois que Tennemi, battons Tennemi. Vous qui me fatiguez ^^ #os contestations particulières, au lieu de vous occuper du salut de :^-âépublique, je vous répudie tous comme traîtres à la patrie. Je
- :i.ts mets tous sur la même ligne. Je leur disois : Eti ! que m'importe iàri réputation! Que la France soit libre, et que mon nom soit flétri I --- .'fc m'importe d'être appelé buveur de sang? Eh bien! buvons le sang
S ennemis de l'humanité, s'il le faut; combattons, conquérons la :^r ^rté... » On sait aussi de quelle indéfinissable émotion fut saisie cT .^eoablée à ces paroles d'une sauvage grandeur. *. . JLa Convention, résolue, conformément au vœu exprimé par Robes- «^^trre, à examiner de très-près la conduite des officiers auxquels : ^ent imputés nos derniers échecs, décréta que les généraux Stengel Lanoue vivement inculpés par les représentants Carra, Lacroix, ireau et Gaston, seraient traduits à sa barre (1). Mais là ne fut it le grand intérêt du jour. Dans cette séance à jamais fameuse, ^ait être forgée Tarme terrible de la Révolution : le tribunal révolumaire, dont le principe avait été décrété la veille. Il convient de lus arrêter un moment sur cette institution extraordinaire, non que »bespierre ait pris une part active à l'organisation de ce tribunal, lis parce que, grâce à la légèreté et à la mauvaise foi avec lesquelles .^été trop souvent écrite l'histoire de notre Révolution, on a voulu
- plus d'une fois le rendre responsable de la création de ce formidable
- instrument de la Terreur.
On venait d'ordonner la comparution des ..généraux Stengel et Lanoue à la barre, et l'on allait se séparer, lorsque Cambacérès, le futur archichancelier de l'Empire, s'écria : « Il s'agit de sauver la chose publique, il faut des moyens actifs et généraux. Je m'oppose à
(1) Moniteur du 12 mars 1793. — Toiyours dominés par la crainte que le pouvoir ne paasilt entre les mains de leurs adversaires, les Girondins parvinrent, le lendemain Il mars, à faire écarter une proposition de Danton diaprés laquelle la Convention aurait «a le droit de choisir les ministres dans son propre sein. L'Assemblée passa à Tordre du jour, malgré Tavis de Robespierre, qui, sans partager Topinion de Danton, demandait qu'au moins la proposition de son impétueux collègue fût sérieusement discutée. {Moniteur du 14 mars.)
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ce que la Béatice soit levée avant que tmmk ayons décnélé Torganisatiai du tribunal révolutionnaire et d'un ministère moins ino(Aérent. » La crainte de voir Tautorité suprême passer entre les mains de la GcmveD^ tion, souleva i«s vives critiques de Buzot, ce qui lui attira de Marat cette réponse assez fondée : < Il ne s'est pas plaint quand tous les pouvoirs étoient entre les mains de Roland. » La discussion s'ouvrit aussitôt sur deux projets d'organisation du tribunal révolutionnaire présentés par Lesage (d'Eure-et-Loir) et par Robert Lindet. Elle fut extrêmement animée; Robespierre n'y prit aucune part. Comme la Convention se disposait à lever sa séance sans avoir rien décidé, Danton courut à la tribune, et de sa voix impérieuse : < Je somme tous les bons citoyens de ne pas quitter leur poste. » Puis il demanda, comme Casobacérès, l'organisation immédiate du tribonal révolutionnaire, et que le pouvoir exécutif fût pourvu des moyens d'action et d'énergie qui lui étaient nécessaires.
La discussion fut reprise dans la séance du soir, et continuée le lendemain 11 mars. Après avoir entendu le rapportde son comité de législation, l'Assemblée décréta, à une énorme majorité, l'organisation d'an tribunal criminel extraordinaire, après avoir introduit de légères modifications au projet primitif. Le premier article proposé par le comité était effroyablement vague ; il s'appliquait indirectement à tous les conspirateurs. Ce défaut de définition, si propre à prêter k l'arbitraire, effrayait Robespierre et Taniena à la tribune. < Il est important, » dit-9, € de bien définir ce que vous entendez par conêpirateun ; autrement les meilleurs citoyens risqueroient d'être victimes d'un tribunal institué pour les protéger contre les entreprises des contre-révolutionnaires. » Il fallait spécifier bien exactement, selon lui, ce qu'on entendait par conspirateurs, contre-révolutionnaires, de peur qu'à l'aide de ces expressions élastiques, un tribunal aristocrate ne vînt à poursuivre les amis mêmes de la liberté et de l'égalité. 11 lui semblait également indispensable qu'on avertit de la sévérité des lois révolutionnaires tous les individus animés de mauvaises intentions contre la sûreté de la République, en inscrivant dans le décret même la peine qui les attendait. « Puisque, » dit-il, « vous avez déclaré révolutionnairement que quiconque provoqueroit le rétablissement de la royauté sera puni de mort, je veux que le décret le mentionne. » Devaient être aussi, à son avis, justiciables du nouveau tribunal les administrateurs coupables d'avoir, de leur autorité propre, et au mépris des lois, envoyé des forces armées contre la capitale, et les auteurs d'écrits tendant à provoquer le renversement des principes de la liberté et de l'égalité et la restauration de la monarchie.