LIVRE X. — LE TBIBUNÀL RIÎTOUJTIONNAIRE
Tburiot et Albite invitèrent Robespierre % fonnuler sa proposition en article, mais il n'avait rien préparé. Le Girondin Isnard présenta la rédaction suivante que la Convention adopta sur-le-champ : c II sera établi à Paris un tribunal criminel extraordinaire, qui connottra de toute entreprise contre-révolutionnaire, de tous attentats contre la liberté, Tégalité, Tunité et Tindi visibilité de la République, la sûreté intérieure et extérieure de TÉtat, et de tous les complots tendant à rétablir la royauté ou à établir toute autre autorité attentatoire à la liberté, à l'égalité et à la souveraineté du peuple, soit que les accusés soient fonctionnaires civils ou militaires, ou simples citoyens. »
Cinq juges chargés d'appliquer la 1(h d'après la déclaration du jury, un accusateur public et deux adjoints ou substituts, nommés les uns et les autres par la Convention nationale à la pluralité relative des suffrages; douze jurés, et quatre suppléants, nommés aussi par la Convention, et pris dans le département de Paris et les quatre départements voisins, tel était le principal personnel de oe tribunal. Une commission de six membres de la Convention était chargée de rédiger et de présenter les actes d'accusati<xi, de surveiller Tinstruction et de rendre compte à l'Assemblée de toutes les afifoires envoyées à ce tribunal. Les jurés devaient voter à haute voix et formuler publiquement leur déolftraftion. Cette disposition tout à fait en dehors des usages admis jusque-là avait été adoptée après quelques débats, dans la soirée du 1 0 mars, sur la proposition de Hiuriot. Enfin les biens des individus condamnés à mort étaient acquis à la Répid)lique, à la charge par elle de pourvoir à la subsistance des veuves et des enfants, s'ils n'avaient pas de biens personnels (1). On voit quelle part tout à fait indirecte Robespierre prit à l'établissement de ce tribunal révolutionnaire enfanté à la voix de Cambacér^s et de Danton sous l'empire d'inexorables nécessités, et qui, formé pour être un moyen dé salut public, devait devenir l'instrument de mort de tant de républicains illustres et de généreux patriotes. Qui le croirait cependant? certains historiens n'ont pas craint de présenter Robespierre comme le créateur du terrible tribunal (2). Faut-il voir là l'ignorance au service de la
(1) Voyez le Moniteur deg 13 et H man 1793. — Oe neiîit qoe ûx mou pïxu tard qu«î, sur une proposition de Billaud-Varenne, le tribunal criminel extraordinaire prit légalement le nom de Tribunal Eévolutionnaire.
'2) M. Mortimer Temanx, par exemple, — poor en parler une deniiëfre fois, — qui à\t en propres termes : « C'est Robespierre qui le SU établir le 10 mars 1793 c (tfù- Mire de la Terreur, t. III, p. 31). Or, Robespierre, comme on l'a vu, ne dit mot le 9 et le 10 mars, et, s'il parla le 11, ce fut surtout pour demander une rédaction plu^ précise, afin de donner moins de prise à l'arbitraire.
mauvaise foi? Ah! misérable esprit de parti qui entraîne des honunes honnêtes et estimables dans les choses ordinaires de la vie à mentir ainsi à la vérité !
A rheure même où la Révolution forgeait le redoutable instrument de ses vengeances, la Vendée était en feu: les défenseurs du trône et de Tautel, inaugurant par d*épouvantabIes massacres leur premier triomphe, instituaient, suivant Texpression de M. Michelet, c un * comité d^honnites gens qui fit périr, en six semaines, cina cent quarante-deux patriotes (1). » L'établissement de la Terreur blanche précédait celui de la Terreur révolutionnaire. Mais celle-ci du moins n'avait qu'une chose en vue : sauver la patrie et la liberté ! Or, l'assassinat, à Rome, de notre ministre plénipotentiaire Hugon de Basseville, cet ancien collaborateur de mademoiselle de Kéralio au Mercure national^ tué pour avoir substitué aux armes royales Técusson de la République, le meurtre de Lepeletier Saint-Fargeau, les mouvements contre-révolutionnaires excités à Lyon, les troubles fomentés à Paris par l'or de Pitt, par les émigrés revenus en masse depuis peu, le soulèvement de la Vendée, tout cela, joint à la nécessité de se défendre contre les trois quarts de l'Europe coaUsés était bien fait pour allumer les colères de la Révolution et rendre impitoyables ses défenseurs. Quelle excuse à ses fureurs pouvait au contraire invoquer la contrerévolution? une seule, et la moins honorable de toutes, l'intérêt particulier. C'est pour cela que, de toutes parts, elle pactisait avec l'étranger, crime impardonnable dont ne se souillèrent jamais les patriotes, et qu'en Vendée elle tendait les bras aux Anglais.
Il était donc tout naturel qu'alors Montagnards et Girondins fussent unis dans une même pensée de défense et de vengeance contre les ennemis déclarés de la Révolution ; sur ce point ils étaient parfaitement d'accord. Si Robespierre avait contre la faction girondine les plus justes griefs, il ne fut pas de ceux qui à cette époque conseillèrent contre elle l'insurrection. Il écrivit dans son journal un nouvel article pour avertir ses concitoyens des dangers amenés par les troubles publics, et pour conseiller à la Convention nationale de soulager la misère du peuple en rapprochant le prix des denrées du salaire de l'ouvrier,
(1) Histoire de la Révolution, t. V, p. 397.