LIVRE X. — XESUBBS REVOLUTIONNAIRES
autres dispositions, il était dit que les prêtres, les cinlevant nobles, les ci-devant seigneurs, les agents et domestiques de ces personnes, etc. , subiraient la peine de mort (1), ce qui explique pourquoi tant de gens de condition inférieure ont été livrés au tribunal révolutionnaire. Le 21, là Convention, sur le rapport de Jean Debry, instituait dans chaque <X)mmune de la République et dans chaque section des communes divisées en sections un comité de surveillance^ d'où étaient exclus les ci-devant prêtres et les ci-devant nobles (2). Ce furent les fameux comités révolutionnaires, ces instruments si actifs de la Terreur. Le 26, sur la proposition de Génissieu, TAssemblée décrétait le désarmement de tous les ci-devant nobles, seigneurs et prêtres, de leurs agents et domestiques , et autorisait les communes, les directoires de districts et de départements à désarmer toutes les personnes reconnues -suspectes (3). Enfin, le 28 mars, la Convention nationale, sur le rapport de ses comités de législation , de fioances , de la guerre et diplo* ma tique réunis, rendait la terrible loi qui bannissait à perpétuité du territoire français les émigrés , punissait de mort toute infraction à ce décret de bannissement, les frappait de mort civile et déclarait leurs biens acquis à la République (&).
Robespierre, on le voit, était resté complètement étranger à ces mesures extrêmes, dont Tapplication deviendra d'autant plus rigoureuse que les périls de TÉtat grandiront. Au reste, ces mesures, commandées par une situation exceptionnelle et sans précédents , avaient sans doute son approbation; autrement il les eût combattues, a Quoi! » disait-il, « les prêtres, les nobles et leurs complices auroient plongé un fer sacrilège dans le sein de Lepeletier, et nous n'aurions pas le droit de nous défendre, nous n'aurions pas le droit de les bannir de nos sections, de mettre entre eux et nous les colonnes d'Hercule! » C'était aux assemblées seclionnaires, pensait-il, à purger Paris de tous les intrigants, de tous les scélérats, de tous les émissaires de l'aristocratie qui se faufilaient dans leur sein, couvraient la voix des meilleurs patriotes et prêchaient des excès funestes. L'intérêt de la Convention nationale et celui de toutes les sections de la République étaient identiques : celles-ci n'avaient donc rien à imposer à celle-là. Seulement la première avait besoin du peuple pour sauver le pays (5). Le peuple ne lui manquerait pas, Robespierre en avait l'assurance.
(1) Moniteur du 21 mars 1793.
(2) /&«., du 23 mars 1793.
(3) Journal de» débals et des décrets de la Contention^ numéro 189, p. 315.
(4) Ibid.^ supplément au numéro 191.
(5) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Jacobins, numéro 3tt3. Séance du 27 mars 1793.
«4e HISTOIRE DE ROBESPIERRE
En des conjonctures aussi pressantes, il fallait, de toute nécessité^ donner au pouvoir exécutif plus de force^plus d'action, etsurtout établir entre lui et la Convention des rapports plus intimes : c'est ce qu'avait récemment essayé de démontrer Robespierre. Il existait bien , depuis le U janvier précédent, un comité de défense générale, composé d'un certain nombre de membres tirés des divers comités de l'Assemblée , et dont Kersaint, Pétion et Guadet avaient été successivement élus présidents; mais ce comité, n'ayant pas d'attributions bien délimitées, fonctionnait mal. Le 25 mars, sur une motion de Quinette, amendée par Isnard, l'Assemblée remplaçait cet ancien comité de défense générale par une commission dite de salut public, laquelle, composée de vingt-cinq membres, était chargée de préparer et de proposer toutes les lois et mesures nécessaires à la défense extérieure et intérieure de la République. Les ministres étaient tenus de lui fournir les renseignements dont elle aurait besoin et de lui rendre compte dans la huitaine de tous les arrêtés généraux. Ce nouveau comité devait lui-même soumettre à la Convention celles de ses opérations susceptibles de publicité et désigner chaque jour deux de ses membres pour répondre à toute demande d'explication sur l'état de la République.
Dans une pensée de conciliation , on forma ce nouveau comité de membres appartenant aux diverses fractions de l'Assemblée : les Girondins et les Montagnards y entrèrent en nombre à peu près égal. Danton, Robespierre, Ruhl, devenu ardent Montagnard, Camille Desmoalins, Dubois-Crancé, y figurèrent à côté de Pétion, de Barbaroux, de Vergniaud, de Guadet et de Buzot. Composée d'éléments si contraires, cette commission portait en elle un germe de mort, et elle n'eut en effet qu'une existence éphémère. On a fort légèrement avancé que Robespierre n'y faisait que de rares apparitions, soit à cause de la présence des Girondins, soit en raison de son incapacité dans les questions militaires qui s'y agitaient. Cette assertion de Carnot est fausse d'abord, et en second lieu, ridicule (1). Il est constaté par les registres mêmes de cette commission que, jusqu'au 6 avril, date où elle fut remplacée par le grand comité de Salut public, Robespierre assista assez régulièrement aux séances, lesquelles avaient lieu deux fcos par
(!) Mémoires sur Carnot ^ t. T, p. 308.