LIVRE X. -^ LA COMMISSION DE SALUT PUBUC
jour, à midi et à sept heures du soir (1). Je ne le vois absent que dans la matinée du samedi 30 mars et dans celle du 2 avril, et rarement la commission comptait la moitié de ses membres. Quant aux questions débattues, c'étaient surtout des questions intérieures, et il n'était nullement besoin d'être militaire pour s'occuper des moyens de défense du pays. Sans avoir la prétention de tracer aux généraux leur ligne de conduite au point de vue de la stratégie, Maximilien leur avait souvent donné, dans son journal, d'excellents conseils; si Dumouriez les avait suivis, il aurait vraisemblablement débarrassé en très-peu de temps la République de ses ennemis et n'aurait pas terminé sa carrière politique d'une ausâi déplorable façon.
Sur la foi de Danton, Robespierre, jusqu'à ces derniers temps, avait eu assez de confiance en Dumouriez, l'intérêt même du général lui paraissant un gage de sa fidélité à la République. Et puis, dans un de ses der^ Diers voyages à Paris, Dumouriez ne s'était-il pas, aux Jacobins, jeté avec affectation dans les bras du rude et austère tribun? Commentcroire tout d'abord que cela n'était que comédie et hypocrisie? Mais les derniers événements survenus en Belgique, les lettres ambiguës du général, qui attribuait nos revers à l'indiscipline de nos soldats et non à l'impéritie ou à la trahison de quelques officiers supérieurs, commencèrent à inquiéter Robespierre et à jeter dans son âme de violents soupçons contre le vainqueur de Jemmapes. Dès le 27 mars, îl éclatait à la tribune de la Convention. Précisément Danton venait d'accuser les Girondins d'avoir conduit le général à sa perte par des insinuations perfides; Dumouriez, prétendait-il, lui avait montré une lettre de Roland par laquelle ce ministre l'invitait à se liguer avec lui et ses amis pour « écraser le parti de Paris et surtout ce Danton (2) ».
Sans s'occuper des Girondins dans cette séance, Robespierre poussa droit au général. Par quel phénomène les brillantes espérances dont on s'était bercé il y avait à peine quelques jours s'étaient-elles si vite évanouies? Comment la liberté avait-elle été trahie à Aix-la-Chapelle,. au moment même où l'on comptait accomplir en Hollande la révolution de TEurope? Et c'était à l'heure où l'on se croyait à la veille d'un triomphe complet qu'on apprenait la nouvelle de tant de désastres, que nos principales places fortes, Lille, Givet, Thion ville, étaient sans garnison, que nous étions de toutes parts cernés par nos ennemis, qu'un, général commandait en dictateur dans le pays, où il occupait encore
(1) Beglstre des procès-verbaux et arrêtés du comité de Salut public, Archires 433. A G. 70.
(2) Voyez le discours de Danton dans le Journal des débats et des décrets de to Cofivmlto»,
numéro 190, p. 326.
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quelques places, et qu'il avait dans sa retraite abandonné quatre miltiens à l'ennemi ! De plus, ajoutait Robespierre» c( nous recevons des lettres qui annoncent qu'il est très-prévenu contre la Convention, que ses opinions politiques doivent alarmer tous les ennemis de la liberté, et nous ensevelissons dans un comité toutes ces nouvelles importantes, toutes ces dénonciations! » Et, singulière coïncidence, continuai t-il, les ennemis de Tintérieur avaient en même temps des armées forniidablés et entraient en lutte ouverte contre la Révolution. En eùt-il été de la sorte si les fonctionnaires publics prévaricateurs^ si les chefs d'armée infidèles n'avaient pas joui d'une longue impunité? Comment! pour réduire les rebelles de la Vendée, on avait été choisir des officiers aristocrates tels que Marcé, Menou et Vittenkoff! Dans une telle crise, il était indispensable de déployer toutes les vertus que supposait la République, toute l'énergie du patriotisme, de sévir contre tous les agents coupables. « Vous ne vaincrez, » s'écriait Robespierre, « que lorsque le peuple se lèvera en masse contre les ennemis de l'intérieur, quil mettra à sa tète des chefs qui auront sa confiance... Un général, quelque puissant qu'il soit, n'est à craindre que lorsqu'il n'est point environné d'une grande nation, supérieure aux trahisons comme aux talens. Mais, si vous ne ralliez pas les parties pures du peuple, si vous ne donnez pas l'éveil au patriotisme, depuis très-longtemps comprimé, alors la puissance de certains généraux pourra devenir vraiment redoutable^ alors vous aurez tout à craindre. »
Toutefois cela ne suffisait pas. Dumouriez avait sous ses ordres un membre delà famille d'Orléans, le fils aîné de Philippe Égalité. Était-il téméraire de supposer le général capable de conspirer dans l'intérêt de cette famille? Dans tous les cas, il parut à Robespierre qu'au moment où la République était outragée avec tant d'insolence, trahie avec tant d'audace, elle devait donner une nouvelle force à l'esprit public et une preuve de plus de son antipathie pour la royauté. En conséquence, il renouvela une proposition précédemment faite par les Girondins et défendue par lui à la tribune des Jacobins, celle d'ordonner à tous les membres de la famille Capet d'évacuer, dans un délai de huit jours, le territoire français et toutes les contrées occupées par les armées de la République. 11 demanda en outre que Marie-Antoinette d'Autriche fût traduite devant le tribunal criminel extraordinaire, comme prévenue de complicité dans les attentats commis contre la liberté et la sûreté de la nation(l). Robespierre fut vivement applaudi (2), mais en pure perle.
(1) Moniteur du 29 mars 1793 i Lettres dt M, Robespierre à 8(4 commettons, 2* série, nvinéro 9, p. 419.
{2) Journal des débats et des décrets de la Contention , numéro 190, p. 331.