‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 285 sur 314 · LIVRE X. — MOTION D'eXPULSER LES BOURBON · texte numérisé non relu

LIVRE X. — MOTION D'eXPULSER LES BOURBON

Les Montagnards, qui déjà s'étaient opposés à la motion d'exclure tous les Bourbon, en raison des grands services rendus par d'Orléans à la cause de la Révolution, la combattirent de nouveau ; Lamarque parut surpris d'avoir entendu Robespierre reproduire une proposition déjà (( faite par des ennemis de la patrie. ^ Cette fois cependant, la Gironde vota avec la Montagne, puisqu'à la presque unanimité l'Assemblée écarta par l'ordre du jour la motion de Robespierre. S*il faut en croire un ancien Conventionnel, quand Maximilien fut revenu à sa place, un de ses collègues, Massieu, évéque de Beauvais, qui siégeait à ses côtés, lui aurait demandé comment il se faisait qu'après avoir, dans le temps, combattu la motion de Louvet, il vint la reproduire aujourd'hui. A quoi Robespierre aurait répondu : a Je ne puis expliquer mes motifs à des hommes prévenus et qui sont engoués d'un individu, mais j'ai de bonnes raisons pour en agir ainsi et j'y vois plus clair que beaucoup d'autres (1). » Or cela est tout à fait inadmissible, par un excellent motif: c'est que, loin de combattre la motion de Louvet et de Buzot, Robespierre, comme on Ta vu plus haut, avait déclaré, en plein club des Jacobins, que s'il eût été présent à la séance où cette proposition avait été présentée, il l'aurait appuyée parce qu'elle était conforme aux principes. On trouve là une preuve de plus de la légèreté avec laquelle sont écrits la plupart de ces mémoires de personnages ayant joué dans la Révolution un rôle plus ou moins important, heureux encore quand ce ne sont pas tout à fait des œuvres de mensonge et de mauvaise foi. Mais, chose très-possible, comme le pense un illustre historien de nos jour& (2), Robespierre aura très-bien pu avouer à son collègue Massieu qu'il considérerait la République comme en péril tant qu'un membre de la famille des Capet serait en France (3). Moins de dix jours après, la Convention nationale donnait pleinement raison à Robespierre. Seulement au lieu de se contenter, comme il le demandait, de bannir tous les Bourbon du territoire de la République, elle ordonnait leur arrestation, sur la motion de Boyer- Fonfrède, et leur transfèrement dans une prison d'Etat, afin de les avoir sous la main en otages, et que leurs tètes pussent rouler au pied des échafauds, suivant Texpression de Tardent Girondin, si les tyrans osaient porter un fer assassin sur les représentants du peuple français.

(1) Mémoire» de Thibaudeau, 1. 1, p. 21.

(2) Lonia Blanc, Histoire de la Bévolution, t. VIII, p. 249.

(3) Mémoireêde Thibaudeau, t. I, p. 21. Levasseur a reproduit, diaprés son collègue, cette conversation manifestement inexacte de Robespierre et de Massieu. (Voyez ses Mémoires^ 1. 1, p. 46.) Plusieurs historiens, M. Esquiros entre autres, dans sa belle Biatoirt det Montagnarde^ B*y sont laissé prendre.

N'ayant pu obtenir rexpulsion des membres de la iamiUe Capet, Robespierre demanda qu'au moins toutes les pièces de la correspondance de Dumouriez fussent lues à la tribune. Le surlendemain 29 mars, aux Jacobins, il prenait directement à partie ce général dont il soupçonnait maintenant la trahison. H n'y avait plus à s'étonner de la politesse dont cet officier avait usé à l'égard du roi de Prusse, alors qu'il aurait dû le vaincre et ensevelir son armée dans les plaines de la Champagne. Malgré cela, il avait conservé la confiance du pays à cause de ses belles promesses et de son plan d'envahissement de la Hollande. Vaincu aujourd'hui, au lieu de s'en prendre de cet insuccès à des chefs imbéciles ou traîtres, il accusait l'indiscipline et l'insubordination des soldats, digne imitateur de ce La Fayette qui jadis avait compté tant de partisans au sein de l'Assemblée législative. Mais les soldats de la République avaient déjà prouvé ce que peut l'amour de la liberté, et, selon Robespierre, il ne leur manquait que des chefs dignes d'eux. Du reste, les ennemis les plus dangereux n'étsdent pas à l'extérieur, mais au dedans. « Voudroit-K)n nous faire accroire que nous n'avons plus d'ennemis parce qu'on s'est promené dans les rues et qu'on a visité les maisons? » disait-il. Allusion au désarmement des suspects qui avait eu lieu la veille. Il ne fallait pas s'y tromper, c'était à Paris surtout qu'on en voulait, c'était dans le sang de ses habitants qu'on chercherait à étouffer la dernière espérance du triomphe des droits de l'homme. Le peuple devait donc rester armé et demander actuellement des chefs qui le conduisissent à la victoire, non des bourreaux qui le menassent à la mort. Pour lui, quant à présent, il ne voyait pas d'un bon œil que les députés désertassent la Convention pour accompagner les défenseurs de la patrie, car l'Assemblée se privait de ses membres les plus ardents; et nous verrons bientôt les Girondins profiter de l'absence d'une foule de représentants patriotes pour obtenir de la Convention des mesures déplorables, telles que le décret d'accusation contre Marat par exemple.

Nos maux, poursuivait Robespierre, viennent en partie des corps administratifs, où se sont glissés un trop grand nombre d'aristocrates et de scélérats entretenant dans nos départements ce feu de la sédition qui s'approchait de nous, menaçant de tout embraser si l'on ne se hâtait pas de l'éteindre. Ah ! sombre prophétie, nous la verrons trop

Page 1