LIVRE X. — VIVE SORTIE CONTRE DUMOURIEZ
lAt se réaliser ! Le remède, où était-il i dans le peuple et dans la Cou- Tention. Qu'on se lève dans toutes les parties de la France pour écraser reonemi intérieur^ sans o^ tout est perdu. Le peuple sauvera la Convention, et la Gcmvention sauvera le peuple à son tour. Puis Robespierre ajouta : « Quand je propose des mesures fermes et vigoureuses, je ne propose pas ces convulsions qui donnent la mort au corps politique. Je demande que toutes les secti<Mis veillent, et s'assurent des mauvais citoyens sans porter atteinte à rinviolabilité des députés. Je ne veux pas que Ton touche à ces fragmens de la représentation nationale, mais je veux qu*on les démasque, qu'on les mette hors d'état de nuire. » £t, après avoir assimilé aux Cazalès et aux Maury tous ceux qui blasphémaient contre les vrais principes, il déclarait encore, aux applaudissements unanimes de FAssemblée, qu'en se levant pour exterminer ses ennemis^ la nation était tenue de respecter la Convention nationale (1).
Quelques jours plus tard, dans un long article de son journal, Robespierre défendait les troupes républicaines contre les calomnies du général Dumouriez, lequel, par compensation, avait fait l'éloge de Stengel et de Lanoue, si gravement compromis l'un et l'autre. Quelques personnes avaient paru attacher la destinée de la République à la tète de tel ou tel individu, de tel ou tel chef d'armée; c'était là, selon lui, un véritable blasphème. Le salut du peuple tenait à son caractère çt à son énergie. Comment 1 un général avait pu impunément fouler aux pieds les décrets et l'autorité du gouvernement français, emprisonner ses agents, paralyser les sociétés populaires, aliéner la Belgique, parler enfin et agir en dictateur 1 Un tel état de choses ne se pouvait supporter plus longtemps, c Reprenez d'une main vigoureuse les rênes de la Révolution, 3> s'écriait Robespierre en s'adressant à ses collègues de la Convention, a Destituez les généraux prévenus d'incivisme et de trahison; punissez sévèrement les coupables ; donnez-leur pour reœplaçans des citoyens avoués par l'opinion publique. Dans les états-majors, substituez par ordre d'ancienneté, aux officiers suspects, des hommes attachés aux principes républicains, et bientôt tous les François, embrasés d'un nouveau zèle, accourront avec confiance sous les drapeaux de la liberté, et le peuple tout entier formera derrière l'armée une armée invincible (2). »
Dans la soirée du 31 mars, parurent au nouveau comité de défense
(1) Journal des débaU etdeia correspondamce de la Société des Jacobins, numéro 384.
(2) Lettres de M. Robespierre à ses commeUasu, numéro 9, 2« série. Article intitulé : Des causes de nos revers j de la discipline (p. 443), Il a été reproduit dans les Œuvres, etc., t. III, p. 291.
ft52 . HISTOIRE DE ROBESPIERRE
générale les citoyens Proly, Pereyra et Dubuisson qui, chargés par le ministre des affaires étrangères, Le Brun, d'une mission particulière auprès de Dumouriez, venaient donner au comité lecture du procès-verbal des trois conférences qu'ils avaient eues à Tournay avec le générât, da 26 au 28 de ce mois. Dans ces conférences, Dumouriez, avec une brutalité toute militaire, avait laissé entrevoir ses desseins de jouer le rôle de Monk, et s'était emporté contre les principaux patriotes, contre Robespierre en particulier, aux plus violentes invectives (1). Séance tenante, le comité de défense générale, après avoir entendu le procèsverbal des trois envoyés de Le Brun, décerna des mandats d'arrêt contre un certain nombre de personnes, parmi lesquelles les deux fils de Philippe Egalité, le général Valence, Choderlos de Laclos et madame de Genlis, femme du député Sillery , et décida que les scellés seraient apposés sur les papiers de Tex-ministre de l'intérieur, Roland. On com* prend quelle irritation une pareille décision dut jeter dans l'âme des Girondins. Cambacérès fut chargé du rapport de toutes les mesures prises et des motifs qui y avaient donné lieii. Le comité avait siégé toute la nuit; il était près de midi quand le f avril 1793 il leva sa séance (2).
Ce jour-là, un déchirement suprême, une irréparable scission allait se produire à la Convention entre la Montagne et la Gironde. Après la lecture du procès- verbal des citoyens Proly, Pereyra et Dubuisson, le rapporteur du comité de défense générale, Cambacérès, donna en quelques mots l'explication des mesures urgentes prises pendant la nuit par le comité. Boyer-Fonfrède aurait voulu qu'avant toute discussion on entendit Dumouriez; il réclama donc Tordre du jour. c L'ordre du jour, » répondit Robespierre, « est de prendre les mesures nécessaires pour sauver la République exposée aux plus grands dangers. » L'attitude de Dumouriez, ses folles prétentions, son audace, prouvaient assez qu'il se croyait sûr du succès de ses hifàmes projets. Il n'y avait donc pas un moment à perdre, selon Maximilien, et il demanda l'ouverture immédiate de la discussion sur les moyens à prendre pour sauvegarder nos frontières.
L'Assemblée allait-elle se rendre à ce sage avis? On était en droit de l'espérer, car la situation était critique; il n'en fut rien pourtant. Les Girondins, profondément irrités du coup frappé sur Roland, s'en prirent à Danton, soit qu'ils le regardassent comme le principal au-
(1) Voyez co que dit à ce sujet Dubuisson au club des Jacobins, dans la séance du 2 avril. Journal dn débats et de la correspondance... numéro 387.
{2') Registre des procès- verbaux et lurrêtés du comité de Salut public, Arckwe* 433, A G. 70.